LIV. I, CH. Vm. STMB. NATURELS VIVANTS (bÊTJ»); COQ
Coq (1). — Le^cog, cet ancien emblème de quelques tribus galliques, devint plus particulièrement, pendant le moyen âge, Fun des principaux symboles de la maison, de la famille. C'est le sens que signale M. Micbelet dans cette circonstance, relevée, mais non comprise par les historiens, que, lors du siège de Calais, par Tannée française, en 1 436, les Flamands, nos alliés, qui avaient pris ce si^e à cœur, apportèrent avec eux quantité de meubles, de bagages et jusqu'à leurs coqs , pour montrer qu'ils s'établissaient à demeure sous les murs de la ville, jusqu'à sa reddition (2). Dans les Établissements de Saint-LouiSy le coq désigne, en effet, le principal manoir, celui qui doit revenir à la fille aînée du gentilhomme, lorsqu'il ne laisse à son décès que des filles (3). De là peutêtre l'usage de placer au-dessus du faite des châteaux la figure d'un coq qui en surmonte les girouettes (4). ^
(1) Voy. au chapitre m, § 1, 4, 5, 6, et ci-après, au chap. xv, d'autres SYmboies pris dans le règne animal. Voy, aussi à Vlntroductionj p. 82 à 86, 102 à 104 et 108.
(«) Michelet, Hist. d$ Fr., t. V, p. 515.
(8) Livre I, ch. x, da gentilhomme quin'a que fiUes; — Ducange, en ses Observations^ s'exprime ainsi, au sujet du passage indiqué : «11 semble que le cocg, en cet endroit, est ce que l'ancienne Coustume de Paris, art. 8, appelle le vol du chapon, que celle d*Anjou , art. 122, réduit à une pièce de terre ou jardin près la maison , que l'atné ou Tatnée a par préciput, qui est icy appelle héritage, jusques & la valeur de cinq sols de rente et non plus. » (P. 164 k la suite de Joinville.) Ducangen*a fait qu'entrevoir ce qui a été nettement distingué par M. Micbelet.
(4) Au sujet de ces figures de co9# placées sur les girouettes, voici ce que dit M. Marchangy : « Sur les tours des ch&teaux méridionaux on voyait des coqs en forme de girouettes. Le simulacre de la vigilance , qu*on place encore de nos jours sur les flèches des clochers villageois, a parmi nous l'origine la plus ancienne. Le eoq était le symbole de quelques tribus gauloises et desVisigotbs établis dans notre Occitanie. Ces peuples avaient Tusage de placer re£Bgie de cet oiseau sur le fatle de leurs forteresses, et cet usage se perpétua jusqu'à nous. Le droit de placer des girouettes sur un château n'appartint, dans l'origine, qu'à ceux qui, les premiers, étaient montés à Tassant et qui avaient arboré leur bannière
d04 nSSÂI 8UK Ll STMBOLIQCB DO DtOlT.
Ciomme symbole de la ^ie domeBtiqQe, le coq présente un rapprochement avec Tattribut de Minenre-Arganë, adorée particulièrement à Athènes et à Samos, en qualité de déesse du travail et de protectrice de Tindustrie, déesse à qui était consacré un coq^ dont le chant annonçait k retour de l'aurore et couToquait les hommes au trayail (1). C'est dans ce sens aussi qu'était expliqué la eôq qui surmontait le casque d'une statue de Minerre qu'on voyait à Élis (2)«
Coq, serpentj ckien^ singe.*^ Dans le supplice du parricide romain, ces animaux jouaient un rôle syml^olûque, dont le sens est jusqu'à présent incompris (3).
Chien, — Le chien a un r61e symbolique plus intelligible dans certaines peines infligées pendant le moyen âge, ainsi que dans la cérémonie de la fraternité d'armes (4).
Àbeille^ — Les abetlïes figarent, comme attribut de l'Artémise d'Ephèse, sur les médailles de Naples et dcMétaponte (5). Elles étaient empreintes sur celles des Ioniens. Les Muses, souslaforme d'un essaim d^abeillesy avaient mautié auxioniens, partis de rAttique, laroutede l'Asieetlesbords du Mélès(6). V abeille fut, dans l'antiquité, un symbole religieux représentant la migration des âmes, car Vaheilk n'oublie pas sa patrie, dans laquelle elle aime à reve-
sur le rempart ennemi. Aussi donnait-on à ces girouettes la figure d'im drapeau, et Ton y peignait les armoiries du matire du Uen. » GaïUi poét., t. IV, p. «94, «95, lr« édit.
(1) Creuïer, Symbolih, 11, «-771 (trad. fr.).
(«) Gulgniaut, Mig. ds Vant., Il, «-771, note 4.
(Sj Foy. ci-après ch. xv.
(4) Voy, ci-après aux ch. xii et ly.
(5) Greuzer, Symb. (trad. fr. de Guigniaut, II, i, 1S7, 14«).
1.IT. I, CH. Till. 8THB.1VAT. V1YAIIT8(BÊTB8); ABBILLB; CHBV. BLANC.i05
iir (1). Cette idée a conduit à considérer V abeille comauQ^ '^jvûJMAe des colonies (2) ; et c'est dans ce eens qn'il faut; sntendre M. Ballanche, lorsqu'il dit que Vabeille est rem- blême des cités f atares (3) . L'antiquité j rattachait aoêsi , l*ldée de la société primitiye des premiers hommes (4) et s'est ainsi qoe sont considéréesles abeilles issues des flancs la taureau immolé par Aristée (5). A ces deai points de rae, le symbole touche au domaine du droit, mais il rerrét an caractère éminemment juridique dans la Symbolique ' %7ptienne, où Vabeille désigne soit un roi, soit un peuple > obéissant à son roi (6). De là le manteau impérial semé i^abeilles d'or.
Cheval blanc. — Les écrivains, les coutumes et les do- caments du mojen Age signalent l'importance symbolique du cheval blanc, comme signe de domination, de Buzeraiaeté. C'est surtout dans les coutumes du Saint- Empire Germanique, que ce symbole de domination était jadis reçu. Aussi, lorsque, en 1377, l'empereur Charles IV (7) Tint en France visiteuiotre roi Charles V, le rm lui enyoya-t^il un cheval morel (bai brun foncé), évitant., à dessein de le faire monter sur un cheval blanc , afin« que l'empereur , conformément au droit et à la cou-* tume de l'empûre, ne pût invoquer, un, jour, contre son. hdte aucun symbole de domination; car^ tel était l'usage, des empereurs, lorsqu'ils entraient dans les villes de leur
(1) Creuzer, W., I4f, Ht.
ll)£1ian., Hitt,^ V, f3 ;-*-Creuzer, Symb, (trad. Dr. de Gnignfaat , U, 1,141).
(8) Tome V, S15 ; édit. in-18.
(4) Creuzer (trad. Guigniaut), II, i, 141.
(5) Voy. ci-deyant, ch. m, § 5.
(6) Creuzer, Symb. (trad. Guigniaut), !, ii, 950 et note S.
(7) Et non Si^^ismond, comme le dit M. Michelet, Origines, p. 969; Le continuateur de Nangis et le CéréfMnial français (t. Il, p. 710) désignent Charles IV.
juridiction, de paraître sar an cheval blanc. Hais tandis qu'on faisait monter, avec intention, l'empereiir sur un chenal noir, le roi de France qui le recelait dans ses propres domaines, partait de son palais sur un palefroi blanc (1). C'est aussi un cheval blanc que le maître forestier était obligé de fournir à Tempereur, lorsque celui-ci lui faisait savoir que son intention était d'aller au delà des monts (2). Lorsque, en 1265, le pape Clément IV donna à Charles d'Anjou l'investiture du royaume de Sicile, au nombre des conditions attachées à cette inyestitare, était la réserve d'un pale/roi blanc, que Charles était obligé de présenter chaque année au Souverain Pontife, ea signe de reconnaissance de la suzeraineté des papes sur la couronne des Deux-Siciles (3). La cour de Rome, en qualité d'héritière des traditions de l'ancienne Rome, parait avoir singulièrement affectionné et cette couleur et cette forme symboliques, comme signe de suzeraineté. En 1 1 77, le pape Alexandre III fait son entrée dans une ville de sa juridiction sur un cheval blanc; et le document remarque que telle était la coutume romaine (4). Jean VIII accorde à Tévéque de Pavie le droit de monter un ekeval blanc le jour de la seconde fête de Pâques (5). En 1217, Honoré m confirme la même concession (6). A l'imitation des empereurs et de la cour de Rome, la plupart des rois , des princes et des seigneurs suzerains s'arro-
(1) ContinuaU de Nangis, ap. Ducange , Egnus, lU, 119. — Cbrislme de Pisan a rendu compte des oièmes circonstances de cette entreYoe. Voy. le passage cité par M. Michelet, p. 163.
(ft) Grimm (année 1S80), p. i60; — Michelet, i48.
(8) Sismondi, Hist. des Républ. italiennes, III, S41.
(4) Itaqae pmparato sibi, de romano more, aU>o cdballo, processionaliter duzerunt eumpermediam civitatem. Acta Àleœandri III ^ an. il77, dêejus ingressu m urb. Jûdertinam, ap. Ducange, Squus, III, 119.
(6) Ducange, lil, 119.
(6) Ducange, ibid.
UT.I, CH. Tin. 8Y1U. NATiniLS VIVANTS (bÊTIS); CHKVAL BLANC. 107
gent le droit de monter sur un cheml blanc. Toutefois le bk^ coursier du petit markgrave de Juliers doit être borgne (1), et celui du messager du seigneur d'Odenheîm doit être à poil blanc et borgne aussi, comme le messager lui-même (2). Cette particularité se comprend comme critique de la vaniteuse prétention de ces petits seigneurs féodaux.
Les rois de France ont quelquefois usé de ce symbole à Foccasion de leurs entrées solennelles dans les villes de leur royAume et surtout dans les villes et pays de conquête. En 1461, après le sacre de Bheims , Louis XI entra dans Paris monté sur un cheval blanc (3). C'est aussi sur une haquenée blanche^ couverte de drap d'or, que, le 5 juillet 1484, Charles YIII revint à Paris après son couronnement (4). Ce symbole ne servait pas seulement àsolenniser l'entrée des rois de France dans leur capitale, ils l'employaient encore avec la même pensée, quand ils faisaient apporter à Bheims la sainte ampoule destinée à donner la consécration divine à Taulorité royale. C'est, en effet, une haquenée de poil blanc qu'ils envoient au religieux de Saint- Denis chargé d'apporter l'huile sainte (ô). Ce symbole ne fut pas seulement usité dans le moyen âge; on le trouve surtout dans toute l'antiquité, et Bome s'en servit dans la cérémonie du triomphe. C'est aux triomphateurs romains que les princes du moyen âge l'empruntèrent pour les solennités de leur entrée dans les villes de leur juridiction (6).
(1) Droit de Francfort, an. i486, Michelet, S46.
{%) Gnmm, t57 ; ~ M ichelet, 347.
(8) Moostrelet, III, an. 1461 ; — Cérém, franc,, 1, IftO.
(4) Jean Molinet, Hist. an choiet mémor, adimiuet é$ Pays-Bas^ ap. Cérém. fir., 1, 317.
(5) C'est ce que remarquent une relation manuscrite du sacre de Charles VIII insérée au Cérém. fr,^ 1. 1, p. IM, et une autre relation manuscrite du sacre de Louis XIII, insérée dans le même volume, p. 446.
(S) m olim triumpbantium fuére, quod dooent Demsterus (lib. X, ^nf*
i08 BS9À1 SUR LA SYMBOLIQUE DU DROIT.
QaéUeeftt l'origine de cet U8age?Il est bien évident qoe le palefroi blanc du moyen âge, et le cheval bianc^ encore ngitë de nos jours, ne sont qu'une rémihiscence du blanc c(mrsier, monté par les généraux romains dans la grande solennité du triomphe. C'est donc l'usage romain qu'il faut interroger pour avoir le sens de ce syn* bole.
Une fête allégorique de l'ancienne Borne en donne seole Texplication.
L& premier jour de janvier, le consul monté snr on cheval blanc, vôtu lui-mAme d'une toge toute blanche et soivi d'un nombreux cortège, se rendait pompeusement au Gapitole , en l'honneur de Jupiter, considéré comme dieu du soleil, à qui le cheval 6Ianc était consacré, en cette qualité. Cette cérémonie avait pour objet de célébrer la fameuse guerre des Géants où Jupiter vainquit Briarée aux cent bras , c'est-à-dire l'iiiver. Dan» le sens de cette dlégorie, dont le caractère est entièrement astronomique, le dieu vient de triompher des ténèbres de l'hiver ; il commence en vainqueur une nouvelle et brillante carrière (1). De là, la couleur blanche du cheval et des vêtements du consul, allusion au cheval blanc dédié à Jupiter, comme auteur de la lumière , couleur qui s'explique au surplus très-bien par la pensée toute sidérique qui caractérise.cette cérémonie.
Dans tout le paganienne ancien, en effet, le ehevai blanc figure en qualité de symbole du soleil et se présente comme une allégorie sidérique , comme un signe destiné à consacrer la victoire des forces créatrices de la chaleur sur l'engourdissement de la nature pendant l'hiver , le
rom,\ et alii criiicorum sibi ; ità et principum in solemDibus in nriiei ingr^sibus. Ducanpe, Equus^ III» 1t9. . (i) Grouzer, SymMik, U, 1-460 (trad. fr.) ; II, f-lW (id.).
LIT. I, CH. VIII. STMB. KATOBBIiS VITANTS (bÉTES); CHmrAL BLAUC. 109
triomphe de la lamière sur les ténèbres, tel est le sens, et telle est Torigine do fameux aheval blanc de Sandacas, raercnle de Gilide; da mythe eélèbre de TIthon, Vnn des ancêtres de Sandacns, de son aïeul Leucippas, V ardent Leudppas, Thomme au blanc coursier y et enfin, des Leocippides de Sparte, filles d'Apollon et amantes des Dioscnres aux eltemtuù blancs , qui descendaient de ce même Leucippe, dont le blanc coursier n'est autre chose qaele cbe^al du Soleil, l'une des représentations symbo- Uqoes d'Apollon, dieu delà lumière (1).
Le mème^ens se retrouve dans la cosmogonie des Hindous, à laquelle le paganisme grec fit tant d'emprunts, eomme on le sait. Dans sa dixième incarnation, Yichnou jÀraît 9 k la consommation des âges , armé d'un glaive resplendissant et monté sur un blanc coursier. H vient mettre fin aux crimes de la terre (2). C'est toujours l'idée de victoire, de triomphe, la pensée astronomique et calen-^ dftire, la lumière ou le bien subjuguant le mal représenté illégoriquement pdr la nuit, par les ténèbres ; de là, la eoaleur blanche, la couleur resplendissante du cheval que moule la divinité indienne.
la mythologie Scandinave elle-même, qu'Odin, soldat de Mithridate , initié aux mythologies asiatiques , apporta du pays des Ases , dans le nord de l'Europe , ûonsidère comme un animal sacré, le cheval (3), animal pur chez les anciens Perses, ces pieux sectateurs du culte du feu, ces adorateurs de la lumière (4). Mais ce>
(1) Creuser, Symb., II, «-796, note 8, et II, l-917-li8 (trad fr).
(t) fd., 1 , 4-190 ( trad. fr. ). — Le thetfàl, quelle que soit sa couleur, ioQe d'ailleurs UD rAle symbolique très-élevé dans les saintes Ecritures <1^ Indiens. Dans les Védas il est un emblème du Tiraâi ou del'ôtre primordial et universel manifesté. Golebrooke, NMiee tur les Védas^ tra- ^eiion de 11. Pauthier {Liwêê sacrés de rOrient, p. 89S).
(t) Marmier, Lett. sur Visl. ^ Cf. la note 9 ci-dessus.
(4) Creuzer Symb., II, S-797.