‹ Essai sur la symbolique du droitChapitre 36 sur 91 · HO B88AI SUR LA 8T]I1K>UQUB DU DKOIT · texte numérisé non relu

HO B88AI SUR LA 8T]I1K>UQUB DU DKOIT

n'e8t pas seulement un cheval, c'est surtout le chevaJ blanc qui est pour les héros Scandinaves l'objet d'une Yénération suprême. Ils l'immolent avec de grandes marques de respect dans leurs trois grandes fêtes religieuses (1). Ainsi s'explique l'emblème du cheval blanc peint sur l'étendard des deux chefs saxons qui, les premiers, s'étaUirent en Angleterre, emblème qui fut loi^temps pour lo Saxons du continent et pour ceux de cette île, même après la conquête normande , le symbole de la nationalité (2). Ainsi se justifie encore le mythe de ces deux célèbres chefs saxons qui se fixèrent en Angleterre , Henghist et Horsa , dont le nom teutonique , conforme à remblème national, n'est autre chose que le symbole lui-même (3). Dans toutes ces religions, on le voit, dans tontes ces traditions mythologiques, dans ces coutumes judiciaires et dans ces fêtes et cérémonies symboliques, l'idée de conquête, de triomphe, de domination, d'autorité apparaît, toujours liée à l'idée astronomique , représentées Tune et l'autre, soit dans le culte, soit dans le droit, par la forme symbolique du cheval et par la couleur plus all^orique encore du blanc qui , dans ses rapports avec le sens astronomique, est, par excellence, la couleur de la puissance, du triomphe et de la force (4).

(1) Marinier, loc. cit,

(2) C*e6t ce que dit, dans IvaDhoë, ch. xli, Walter SooU, si versé dans les antiquités anglo-saxonnes.

(8) En vieux saxon henghist signiûe étcUon ; en alleoiand naoderae hmghiii et hore ou hross^ un chwal en général ; encore aujourd'hui rois, d*où, en français, rosser d*api es Tusage de prendre souvent en mauvaiie part les mots étrangers qu*un peuple s^approprie.

(4) Au sujet du sens symbolique de la couleur Uamehe, je ne peux m'empècber de faire ici un rapprochement avec les usages catholiques, où le Uanc a non-seulement un sens de pureté, mais encore et plus souvent peut>étre une signification de victoire, de joie et de triomphe, qui ne laisse pas que d*avoir sa raison d^étre dans les vieilles allégories calendaires et d^avoir aussi sa liaison avec les symboles astronomiques du paganisme.

UT- I, CH. VIII. STMB. NAT. YIVANTS (BfiTBS); AGNEAU; OISEAUX. 111

Agneau. — Voyez ci-après, à la section II, art. 1 , aux mots Êpée» Lance, dans une note au bas de la page.

Oiseaux. — Le symbole du chevaï blanc^ quoiqu'il ait un sens primitivement astronomique et une origine religieuse, est cependant un symbole civil et judiciaire ; car il représente l'idée d'un véritable rapport juridique. Mais il est permis de demander si le caractère juridique appartient à ces essaims de petits oiseaux de toute espèce, apportés en cage et dans des paniers au chœur de la cathédrale de Bhèims, auxquels on donna leur volée dans l'église même, au moment où le jeune I^uis Xni venait d'être sacré roi de France (1)? «Le Roy, dit une relation « anonyme, prit grand plaisir de voir ces petits animaux « voleter et chanter autour de lui (2). v Cette charmadte allégorie figurait dans une fête des anciens peuples de la Floride (3). Mais on n'en trouve, jusqu'alors, en France, aucune mention publique (4). Quoique placée à la suite d'une cérémonie religieuse, elle n'en a pas moins, jusqu'à un certain degré, comme d'ailleurs cette cérémonie ellemême, une couleur juridique, par l'idée de liberté qu'elle exprime, et qui est une poétique allusion à l'affranchissement du peuple, auquel les rois de France, et surtout

(1) Le voyage de Rheims,avec l'entière et très-exacte description, tant des cérémonies de la confirmation, sacre, couronnement, etc., que du fouehement des malades du roy Louys XIII, Pan 1610, par le sieur D. L. R. Voy. CrfrA». /*■.,!, 4S«.

(2) Ibid., loc. cit. — Il était à peine âgé de 9 ans.

(3) Voy. ci-devant ch. m, § 4.

(4) J'ai parcouru avec attention toutes les relations imprimées dans le Cérémonial françois sans trouver d'autre mention de cet usaf^e que celle-là. n est même à remarquer qu'une autre relation de ce même sacre de Louis XIII, imprimée en 1610, par Jean Richer et extraite du Mercure françois, que ce libraire publiait, ne^dit pas un mot de cette circonstance. On peut voir cette relation dans le Cérém. franc., p. 404 et suiv.

ilâ E88AI SUE LA STMBÛLIQUB DU BROJT.

ceux de la troisième race, n'avaient jamais cessé de coopérer .çle toute leur puissance.

Cette allégorie a été renouvelée de nos jours à l'oGcask» du sacre de Charles X, et les poètes contemporains n*ODt pas manqué de la célébrer dans leurs vers (1).

Œuf. — V(Buf^ émanation du symbolisme animal, donne sa forme à quelques symboles cosmogoniquo. l^els sont, entre autres, Vœuf du Monde, chez les Égyptiens (2) , et Vœuf mystérieux suspendu au fond dés temples grecs , représenté dans les croyances populaires de THellénie par l'œuf dé Léda (3). Leis cosmogonks de llhde (4) et de la Phénicie, admettent'anssi le même syinbole (5), qui correspond toujours à l'idée d*en&nt^ ment, de production. Cette idée se retrouve dans les coutumes d'une petite république italienne, connue sous le îîom des Sept-Communes (le Sette Gommuni). II est d'usage, dluns ce pays, qu'à une certaine époque de Tannée, les jeunes filles ofi^ent aux jeunes garçons qu'elles préfèrent, un, deux ou trois osufs. Offrir trois œu/>, équivaut à une déclaration d'amour et à une demande en mariage (6). On peut, avec raison, les appeler tes trois ctufi des fiançailles. Ce symbole, dont le caractère est tout à fait juridique, se rattache directement à V<Buf mystérieoi des cosmogonies de l'antiquité.

(1) Foy, ci-devant, cbap. m , g 4.

(a) Greuzer — Guigniaut, Relig, dêVantiq. 1, a-sas.

(3) Id., Il, 1-309.

(4) Id., 1, 1-179; I, î-646; note G ; II, 1-13, 14»

(5) Id., II, 1-12. —On peut conférer Vœuf de serpent que les Druides pçr^ient au cou, ce t^lismap qui avaif la vertu de f^xre gagner les procès; et d*ouvrir racpès auprès des grands. Pline, L XXIX, cap, ni v; - Miçbelet, Hist., t. J[, p. 4C>t

(6) F. Merçey, article .sur, les Sette commis dans la Hevw dês deusB Afondef.t.XXV, p. 930.

LIT. I, CH. Tin. 8YXB0LB8 PraSOlfnBLS (l'hOMMB) ; MAIlf. il3

Aht. III. — Symbole naturel vivant et pensant ou symboles personnels ' ■ ^rhomme).

'* 'lAperèonne de ffaonime avec ses membres principaux et' 868 gestes j son (Ktttude, son regard^ foarnit de nom- 'breades et de riches variétés an symboHsme jnridi<](Qe. Le 'êeœê même, s'il Hnl en croire un grave auteur, le sexe et 'Vorgane de la ginérationj chez la femme, sont des emblèmes juridiques.

Cette troisième subdivision des symboles naturels est

d'un grand intérêt. Elle n'a pas de rapport, it est vrai,

avec le culte des éléments et des astres, mais elle est fré-

'^quèmment tinie à l'histoire des moeurs publiques et à la

^eoiinaisiBance des usages privés des peuples.

'^ Uain. -^ La main représente la force {diysique et per- •sonniglle de l'homme. 'Me devient dès lors le signe de sa puissance. De là, l'usage admis presque chez tous les peuples, d'après Yico, d'employer la main comme symbole du pouvoir (1).

A Rome, le fils de famille et l'esclave, pour étreaffran* chis de la puissance du père et du maître, sont placés hors de sa main (emancipatio, manumissio), et c'est par la tradition des mains que l'afiranchissement s'opère chez les Lombards (2). La femme romaine qi^ prend un inari| tombe en sa main (in manu mariti).

Pendant le moyen àge^ la tradition de la pro)[)nété est conisacrée par le symbole de la main. Pour l'acquisition comme pour la vente, la main est indispensable, car ces deul actes sont toujours snivis, l'un d'une main mise sur

(1) PrinatfidiStlêMUfiuova.

(t) Sur teirftdilN» par 4,7 et iftmain^ Foy. ci-après le ch. m du

iw. n.

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la chose par l'acquéreur, l'autre d'une main levée de k part du Tendeur. Quand un sergent faisait une saisie, il posait sa main sur la chose qu'il voulait saisir (1).

Les hommes qui n'avaient pas le droit d'acqaérir, dV liéner, de mettre leur main sur une chose, étaient appelés hommes demain morte; c'est le sens primitif et symbolique de cette qualification, qui finit par se réduire à la défense de disposer par testament, défense qui était déjà un progrès, un adoucissement pour ces malheureux. tX comme les gens d'une infime condition sont sans pouvoir, presque toujours sans propriété, source du pouvoir, on les nomma des hommes de basse main (2).

Ce n'est pas seulement la puissance domestique du père de famille que la main a pour objet de représenter ; les Romains l'appliquent en outre à la puissance politique, à la force d'un gouvernement, d'un peuple. L'expression manus gentis est employée dans ce sens par Tadte (3).

(i) Somme rurale, tit. xxxii, ch. viii ; — Michelet , iSO. — Cet Tient sans aucun doute des Romains; il a été emprunté à la consertio usitée dans la litis vindicatio et que les poètes rappellent en plusieurs occasions. Ovide a dit :

lojiciam dominas in mea jura manus.

ailleurs :

Bt dicam mea gunt, iigidamqtte manus.

Les Germains avaient imité cet usage. Le droit municipal de Magdebourg {WekhbOd, art. 183), l'a suivi pour la revendication d'un cheval. Foy. Hommel, Juritp. num. UlwL^ 185-187.

(%) Tandem rex Francorum à latere suo duos milites medùg mtmmt homines... direxit in Angliam. Rodolfns de Diceto, an. 118«, ap. Dbcaoge, IV, 480. — InferiorU et in/îwœ mainus homo. (/d., an. 1188; Ducange, ihiâ,), — Chevaliers ne doivent pas estre ensi menez com bourgés ni bourgés et gens de baste main com chevaliers. (Assis, de Jérusalem, ch. ii; Ducange, ihid.)

(8) Parva civitas, sed gloriâ ingens, veterisque fiunelatè vestigia manent , utrâque ripa castra , ac spatia , quorum ambitu nunc quoque metiaris molem manusque gentis. Tacite, Gfrm., cap. zxzvii. — cr«i

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