LIV. I, CH. Tin. STHIOLIS ARTIFICIELS ; SILLB, UT
« la bouche même du prince (l). » Au«si, est-ce aTecun certain orgueil et avec raison qu'un ancien pranier président du parlement faisait remarquer que les magistrats parlementeires portaient les robes, les manteaux, les mortiers, qui « étaient les habillements et les couronnes
• des anciens rois et qu'ils étaient assis au-dessous de la
• rqxrésentation de Dieu, en la place et en l'habit des « rois (2). »
On trouve mcore une application du eosiume, comme Bjmbole juridique, dans une peine infligée de nos jours à certains méfaits commis dans les bagnes (3).
Selle. — La selle, sur laquelle l'homme se place lorsqu'il est à cheval, joue un rôle symbolique comme peine infanante (4).-
Lit.-^Le lit, sur lequel Thomme repose, est le symbole do mariage ; d*ot enfant du premier, du deuxième lit ; et, dans l'ancienne Coutume de Bar, lit brisé, pour signifier la séparation de corps (5).
Ait. II. — Symboles artificiels en rapport avec rot^jet figuré.
Cette subdivision comprend les symboles artificiels,
(1) Id,f p. S93, 294 ; — Laroche-Flavin, Us treize Hf>res despariements d( Ptanee^ 1. X, ch. ixiv et xxr ; — Floquet, Hist, dv parlem, de Norm., U m, p. &66, 567; 1. 1, p. 479, 480. Le nom de Palais^ Palais defustice rtveDdique une origine tout aussi symbolique que le costume des magistrats. Le Palais de justice de Paris fut jadis habité par nos rois, qui le cMèrent au parlement ( Ducange , p. S93). La justice habite un palais, comme la royauté, qu'elle représente.
(2) Harangue du !•' président François de Rei; Floquet, Bist. du par fmeat d» Norm., t. lU, p. 479, 4S0.
(I) Voy, Gi-aprè«oh.xn»p, tol,et«oyes, dans ce même ch. m, p. sos, un autre exemple de peines symboliques pris dans la nature du costume. (4) Toy, ci-eprès ch. zn, p. M6à S19.
(&) Foy. cMevanlà rintroductkm, p. 67, etci-aprte le eh. xiii.
164 B8SAI SUR tk snaouQin du dioit.
dont la forme j n'ayaat plus aucun rapport arec les syiiirboles naturéhy indique, directement ou indireetementi d'une manière évidente et sans effort, le caractère on la naturedelacho8efignrée.Telle88ont, par exemple» ïestUff qui représentent la maiion donnée on vendue, n en est de même des gondê de la porte et de la porte elle-même. La cloche d'une iglin, d'un fnùnoêtire, les eorâsi qnis'j adaptent et qui serrent à mettre la cloche en mooTeoiwt , figurent parfaitement la saisine d'une cwre , d'une abèaye^ d'un movujutére. Le joug ^ comme aigne de soumisaioA) est paiement en if apport atec l'objet figuré.
Clefi.—L&Aclefi sont le symbole, non-seulementduSaîni- Siége, comme autorité spirituelle, mais aussi de la cour de Rome considéréeoommepuissancetemporeUe. Ace dernier titre, elles font partie du domaine juridique. Elles ont pour origine les clefs du paradis confiées à la fidélité du Prince des apôtres, de saint Pierre, le premier évèque de Rome, dont les papes sont les successeurs. Ces clefs sont elles-mêmes l'image du pouvcôr de lier et de délier sur la terre et dans le ciel, qui appartient aux papes ; et la pensée se reporte naturellement sur cette clef de la maison de Dtfvid, attribuée à Jésus-Christ, qui en faisait partie, clef mystique , qui possédait la merveilleuse faculté que ce qu'elle avait ouvert ne pouvait plus être fermé et ce qu'elle avait fermé ne pouvait plus être ouvert (i). Ce symbole rappelle encore les clefs ^ qui formaient l'attribut de Janus, chargé d'ouvrir et de fermer les portes des cieux et de la terre, gardien du ciel, comme saint Pi^re est gardien du paradis (2).
Cl) Ital^ cap. XXII, tO et sq.; '^Àpoeaiypir 3^ 7 ; -^Dvcange» Clacb, 11,678*
(2) Il y a d'autres rapprochements à faire à œ s^jeta^ec la mythologie des religions de rantiqviité païenne, notamment avec Mâserve « atec Isis
UT. I,ai. TIIK8THB0US AETIFiCms; CLBFB, POftTI, GONDS. \6S^
La clef dmt ici aa ccmtact des choses r€iigiease8 on sens très-éieré qne ce sysaibole est loin d'avoir dans les dispositions dn Droit romain, où il figure comme représentant l'autorité domestique on intérieure des matrones romaines. C'est dans cette intention qu'on présentait une clef h la nouvelle épouse (I) ; car r<^ce de l'épouse était de tenir les clefs do coflSre-fort (2). En cas de séparation ou de diveroe, on les lui retirait ou elle les reuTôyaiit (3) . C'est aree cette signification que le symbole passa dans les usages et dans le Droit du moyen âge. La femme qui renonçait à la eommunauté déposait les clefs sur la tombe ou sur le corps de son mari pour marquer qu'elle se dépouillait de Fadministration des biens (4). La remise des clefs d'une ville présente le même sens. De la part de la ville, c'est l'emblème de la soumission ; de la part de celui à qui les clefe sont données» elles sont le symbole de l'autorilé qu'on lui confère. Le prince de Capoue^ dit une vieille chronique, envoya à l'empereur de Constantinople les elefs d'or de la ville, pour reconnaître qu'il se plaçait, lui, la viUe et son État tout entier, sous l'obéissance de l'Empire (5).
et avec la déesse Bhayani de la mythologie indoue. Voy., sur ces diverses divinités, Greuzer— Guigniaut, 1. 1, part, i, p. 162 et 2i0 à la note ; t. H, pan. 1, p. 432, 438, 449; part. î, p. 743, 744, 771.
(i; Uxori dawt dantur. Gicero , PhUip.;—Viej9cher , Spmb., p. 48 ;^ MoDtfaucoD, Ant. wpl,, t. in, part. 2, 1. 1» cb. vni, p. 21S ; — Aagueau et Laurière, GU>8S., 1. 1, p. 258, 259.
(2) Ragueau et Laurière, loc, cit,
(8) Divortio focto adimuntur. Gicero, loc, cU, — Quo muller offensa claoei remisit, doinum revertit. S. Ambros.» «pif^. 47 ad Syagriwn, — Ducaoge, Clavis, II, 678 \— Reyscher, 43 ;— Ragueau et Laurière , loccU,
(4) Gou tûmes : de M eaux, 52, 58; Lorraine, tit. ii, art. 8; Matines, 8; Melun,187; Gbaumont, 7; Vitry, 91; Laon, 26; Ghâlons, 80 ; Bourgogne, 41; —Ducange, Ragueau et Laurière, loeis dfafif;— Monstrelet, u I, ch. xyiii; — Reyscher, Sffmb., p. 48, 44 pour le Wurtemberg;— Loysel, Tnst. coût., 1. 1, 1. 1, tit. n, n. 182, p. 164, édit. Dupin et Laboulaye.
(5) Ghronicon cassinensis, lib. Il, cap. xxxix, apnd Galland, FranO" oUeu, ch. XX, p. 844.
166 1S8AI SUR LA SnaOLIQUB DU DEOrr.
Le sens da symbole devient tout à fait rulgaire, il est simple et se rapporte directement à la chos^ même, lorsqnUl s'applique à la tradition d'une maison et qu'il a pour objet de représenter l'édifice lui-même. Ce procédé symbolique, usité dans notre ancien Droit, a été conservé par notre Code civil. Il sera l'objet d'une explication particulière, lorsque je m'occuperai de la Symbolique de ce Code (1). Mais le symbole semble retrouver quelque chose de ce caractère mystique de surveillance et d'administration, qui lui a été assigné dans ses rapports avec le doinaine religieux, lorsqu'on le voit servir à l'investiture d'un évêque ou d'un abbé.
Porte; gonds. — La tradition d'une maison par la porte même de l'édifice, per ostium domûs , se comprend trèsaisément. En livrant la porte d'une habitation, on livre l'habitation elle-même. La porte qu'on fait toucher à l'acquéreur ou au donataire représente évidemment la maison, dont elle est une partie essentielle. Ce symbole était trèsusité dans le moyen âge (2) ; mais on n'en trouve aucune trace dans le corps du Droit romain.
Les gonds y sur lesquels la porte repose, impliquent la même idée. Ils représentent la porte, qui elle-même figure la maison. En faisant toucher les gonds de la porte, on livre aussi la maison. Ce mode symbolique de tradition , per anaticula^ anaticlaj appartient encore exclusivement au moyen âge (3).
Le symbole de la por(« a un sens moins naturellement
(1) Voy. ci-après ch. xiv.
(2) Voy, les testes cités par Ducange, III, 15i9, i681» 15S5, In/œstUvro; 1068, Hatpa; I, 627, irotoiia; II, 699, Cloca^-parGaUand, F^rano-aUeu, ch. XX, p. 38i; — par Houard, Ànc> lois franc., I, p. 101. — Voy. aussi à la note % ci-après, p. 167.
(3) Voy. les textes cités par Ducange, Anatkia, I, 415.
LIT. I» CH. TIU« STKBOLES AKTIFiaBLS; POlTl; CLOCHB. 167
intelligible et moins direct avec la chose représentée, lorsqu'il est employé dans ses rapports avec Taffiranchissement. Quand la mannmission avait lien dans une maison, on devait, indépendamment de quelques autres formalités symboliques, laisser les paries ouvertes et les montrer à resdave en prononçant les paroles d'affranchissement, pour lui indiquer par là qu'il était libre d'aller où il voudrait (1). Ge rite avait donné lieu à une locution symbolique consacrée par la loi des Bipaaires. Donner à un esclave les portes ouvertes^ portas apertas conscribere, c'était affranchir par testament ou par les livres domestiques (2). Dans ce dernier cas, le symbole était parlé ; il était réel dans rhy pothèse précédente.
On défendait à un marchand Texercice de sa profession en vertu d'une formule emportant privation de» portes de la maison, per atnissionem portarum (3). C'est ce que nous avons rendu par cette locution : fmre fermer boutique (4).
Cloche ; cordes de la cloche , du clocher. — Les cloches , la corde du clocher servirent autrefois dans la cérémonie de l'investiture d'un monastère, d'une abbaye, d'un évèdié. On prenait la corde dans la main, on la tirait en faisant sonner les cloches. C'était un acte de possession que le bruit des cloches portait à la connaissance de tous (5). Le signe se trouvait en rapport avec la diose ou avec l'administration de la chose représentée. Mais il n'était plus en rapport qu'avec la personne soit du donataire et de l'ao-
(1) Leg. WiUelm. Noth. reg. Angl., cap. ucv, apud Ducange, IV, 470» 471 ; tN)y. au88i au tome V, 667.
()) Lex Rip., tit. lu, § 1, apud Ducange» Y, 667. (S) Ord. du roi Jean de France, ap. Ducange» Y, 667.
(4) Ducange, loc. ctt.
(5) Voyes les textes cités par Ducange, Clooa, II, 6M; Ifumiitwra pêr Amw, IU^ 1629, 1581.
168 W»kl Bm tk SniBQLlQTO DU BIOIT.
quéreur, soit da dmateur etda tendear» lonqu'ane église <m. on monart^ figurait comme partie dans la traditkm d'an héritageopérée pair les earie$ du docker de relise on damonastère ( 1 )• Le rapport do symbole avec Facte se présentait avec les earactères les plus évidents , lorsqu'on homme libre plaçait antosr desonoou la corde du clocher ^ pour indiquer qo'il se mettait Tolontairement et poor tonjonrs en senritade an profit d'nn monastère on d'nne église(2). Mais il n'y a pas de rapport intelligible» dn moins dans tous les temps, entre la oommnne et la cloche ^ comme représentation de la commune. Le rapport entre ces denx choses, qui a pu être très-évident en Europe à l'époque du moyen âge» est un rapport local, relatif à une époqae et à une certaine étendue de terrain ; il n'a riai d'absolu (3).
Joug. — Le symbole, dont il vient d'être parié en dernier lieu, la corde du clocher passée autour du cou, rappelle le symbole usité chez les Romains, qui consistait à ftnre passer les vaincus sous un joug. Ils employaient le même symbole dans la cérémonie du mariage. Un joug était placé sur le cou des nouveaux mariés, pour marquer que les deux époux devaient courber la tète sous le joug des mêmes peines, et qu'ils étaient destinés à tracer ensemble le même sillQu dans le sentier de la vie. C'est de U que vient le mot eonjugium des Romains ponr signifier le mariage (4).
La même idée se retrouve dans les bœufs accoupla en-
Ci) Voyez les textes cités par Ducange, IfwettUftra, III, 16S1 ; — > Gailand , FroÊuyoUm^ cb. xx, p. 3M»
(t) y oyei les textes rapportés par QaUand, loo. cU.; voy. aussi Ducange» AMif,UI,75l.
(S) Voyes ci-après 1. II, ch. m.
(4) Ifontfaucon, Ant, expl., t. III, part. S, p. 216.
UT. I, OUF. Vm. STMB. iATinGBKL» 6Alf9 HÀPPORT COURU. 469
MDble aa même joug QuncH bovM), qneTéponx donnait à sa jeune épouse dans le mariage des anciens Germains (1),
Aw. III. -— Symboles artiflcieUy aans aucun rapport connu ou apparent
avec la chose figurée.
« Dans la plupart des symboles, dit J. Grimm, le rap-* « port da signe avec la chose qu'il représente se laisse « aperoeroir ; mais dans un grand nombre il est entiè- • rement eflhcé » (2). H faut mettre dans cette dernière catégorie les nombreux objets artificiels que la volonté capriciease de Thomme a appelés, sans intelligence ou du mrnns sans motif apparent, dans les cérémonies symboliques da Droit. Pendant le moyen âge, en effet, la grande . inbitude des symboles amena les hommes à employer , Ains les usages juridiques, tout ce qui leur tombait sons la main, sans examiner si la matière du symbole, sa forme en sa nature avait un rapport quelconque avec la natuVe, les caractères ou la destination de l'objet représenté ou de l'acte qu'on devait accomplir (3).
Dans cette catégorie figure la paillé comme signe d'in- Yestiture (4), le conçue, comme emblème de tradition d'un héritage (ô). C'est ainsi qu'on rencontre l'investiture d'one église par la tradition de chiens de ctuuse , canum ^^tnaticarum apprehensitme (6) . Une donation est faite par
(1) Tacite, Gtfrmofi.
(I) c In dsp néisten dymbolen taMst sicli der Becag des Zeicliens auf die Saolie naelnreiflen , in manehen iet er gans verdenkell. » BmUth. aKhlMlt., EinleltVDS', cap. iT, liO. ' *<
(8) a Denique quidquid ad manum fuit, poethaMtis' vetertbus treai^ tionum fonnis... ad inveetiturarum symbola adtaiUtuia tuAU » Mbange, JwmtUiÊra, III, 15Si.
(4) foy. ci-derant, sect. i, art. 1, p. 75 à 78, y PaUl9; et diaprée, 1. II, ^« m, et la note N à la fin du volume.
(8) Tcy. ci«devant sect. n, art. J, p. 151, v Coiqm.
(6) Ducange, Inv^itOwra, m, i5Sl.
170 BSSil SUR hJL SYMBOLIQUE DU DROIT.
le syoïbole d'une amphore pleine d'eau de la mer ( l) ; une antre investiture a lieu par une colonne (2) ; d'antres» par une bourse ou gibecière (3). Ici, c'est une feuille de noix^ dont on âe sert pour cette formalité (4) ; là , c'est une fourche de bois (5); ailleurs » c'est un morceau de Iîn^(6), un morceau de marbre (7), une corde à plusieurs notuis fûts par la partie ou par des témoins (8). Je m'arrête, car cette énumération pourrait être infiniment longue , sans être pour cela plus intéressante. On devrait placer aussi dans cette catégorie le vin^ production indirecte du sol, créée par l'industrie de l'homme, s'il était vrai que k vin eût pour objet, dans une ancienne loi royale de Home, de représenter les droits civils. Car les rapports entre cette liqueur et les droits de cité sont tellement obscurs et si mystiques que ni la forme ni la matière du symbole ne peuvent certainement servir de gui^e pour les déterminer (9).
Abt. IV. — Symboles en action.
Ces symboles, création particulière du^génie de l'homme, ont cela de spécial qu'on y trouve une espèce de mise en scène, vivante, animée, saisissante, formant une véri-
(i) Id., iStS.
(S) Id., 1519.
(5) Id., 1581, 1685.
(4) Id,, 1581.
(6) Id,, lft8S.<*ToutefoiB cette dernière forme symbolique peut offrir quelque rapproGhement avec celle qui avait lieu par la mr^fe ou le MfONy la ffquê ou la lanc$, La fourche peut être prise comaie symbole de oommudement ou d'autorité.
(6) Dttcange, id., 1614.
(7) Id., 1585.
(8) /<Im 1585 ; — Galland, ch. xx, p. 848.
(9) G^est M. Ballancbe qui signale ce symbole, sans indiquer les sources où il a puisé. — Voy. ce que j'ai di4 à ce siget» p. «9, 70, et p. Ite, V* Organe de la (fénéraUan.
Uy. I, CHAP. YIII. SYMBOLES BN ▲CTION. 171
table action dramatique, qui frappe les sens et agite Tème, dont elle s'empare. Ce champ da symbole , surtout dans l'aUégorie» était sans bornes chez les anciens. Il embras-' sait la vie publique et la Yie privée, la religion , l'art et le Droit(l).
Quoiqu'il y ait un peu de la forme du drame dans l'emploi de la plupart des symboles, on ne peut vraiment donner le nom de symboles en action qu'à ceux de la cat^rie dont il est ici question, parce que Voftion en oom* pose le fond et la forme. Elle en est l'élément principal , essentiel, de telle sorte que ces symboles n'existent qu'à l'état de drame ou d'actton , tandis que, dans les autres sjmboles, le drame ou Vaction n'est qu'une partie accessoire et quelquefois accidentelle.
Les symboles en action sont parfaits ou imparfaits, Vaction symbolique est parfaite lorsque, pour avoir «toute sa signification, elle n'a pas besoin du secours d'un autre symbole, et qu'elle s'exprime par elle-même, pure de tout alliage, dans son indépendance et dans son énergie. De ce nombre sont : l"" l'enlèvement de la nouvelle Biariée déguisée en homme, qui avait lieu à Sparte et qui leliaitàroriginehistorique de laloideLycurgue sur lemariage (2) ; — 2« le rapt de la jeune épouse romaine, qui avait pour but de représenter symboliquement l'enlèvement des Bibines et d'indiquer à la femme , par ce souvenir , là condition de dépendance où elle entrait (3). Dans ce der*
(1) Creuser, SymMik, irad. franc., Introd., cb. m.
(%) Lycnrgue avait emprunté cet usage aux lois de nie de Crète, dont Uvoalait sans doute, par cet emprunt, consacrer le souvenir. Voy. Ro- Wmon, Ani. gncq.^ 1. 1, p. M (trad. franc); — Gucrard, Dr. prM des ^^PmolRf, p. Sets. <* Foy. ci-dev. p. 163.
(S) II. Troplong signale aussi comme une réminiscence du rapt des ^rges sabines la disposition du Droit romain, qui rendait le mari mattre ^ Ut personne et des biens de sa femme, à peu près comme si la conquête
in B8SAI SUR LA 8TMB0LIQUB DU DIOIT.
ni^ exemple, V action sjmboliqae est parfaite à on plus haut degré que dans le premier : car l'enlèyemeiit seul 7 eonstitue le symbole, sans le secours d'an déguisement, comme cela a lien dans le mariage lacédémonien.
Le symbole en action^ pour être complet et intelli^^le, a pins souTcnt besoin de l'assistance dn symbole matériel, n est alors imparfait. La fnanumi$$ion et VémancipatUm romaines sont des symboles de ce genre. On peut citer encore le combat symbolique de la Utis viniieaiio qm, pour ayoir sa signification figurée, exige, aTCc rinterrention de la gïibe^ emblème du sol, celle de la baguettej antre emblème tenant la place de la lance, a^ec lequel les parties, après avoir touché la glébe^ se livrent un combit simnlé qui rappelle le duel judiciaire des temps primitifs.
L'action de Jérémie qui, par Tordre de Jéhovah , brise un vase en présence du peuple d'Israël pour figurer le sort qui attend ce peuf^e, dont l'existence doit être brisée comme ce vase (1), cette action est aussi un symbole du même genre, étranger cependant à la Symbolique du Droit. Mais il y a un rajqport juridique dans l'action de ce fédal romain, qui, à l'occasion de la paix oonclue avee Albe, disait : « Si le peuple romain est le premier à s'en « départir, publieo eonsilio dolo malo^ j'adjure Jupiter « de le frapper comme je vais frapper l'animal que je tiens « dans les mains, » et qu'il abattit aussitôt d'un coup de caillou (2). C'est encore dans la catégorie du symbole en
l'eût mise daBS ses mains. Inflmince du chriêtianistne mr U DraU romain, p. S3.
(1) Jôrém., XII, 1, 10, 11.
(t) a Si prior defbit publier consiUo dolo malo ; tvi illo die, Jupiter, popnlum Rooianum sic forito^ utego huoc porçum hXc hodiè fieritoi : tantôque maips ferito, quantô magis potes pollesqup. Id ubi dixit, por« cum saxo aiiice pereussiu » (Tite-Live, Hist., I, ^h).
UT. I» CHAP. Tni. SYVBOLIS BU kCTUm. 175
oeltonqu'il faut mettre, chez les Bomains, lejactus lapilli de la dénonciation da nouvel œuvre et le bris d^un rameau^ comme mode d'interruption de la prescription , étudiée nous, la rupivre d'un rameau^ le bris d'une vitre j d'une tmle^ comme modes divers de prise de possession, encore usités de nos jours, notamment en Normandie, où les huissien ne manquent pas de constater ces actions symboliques dans leurs procès-verbauxde prise de possession d'un hfritage.
L'une des sources les plus poétiques et les plus riches de Vaetion allégorique, en matière religieuse, consistait dans la célébration des anciennes fêtes, ces drames rèligieox de l'antiquité, qui traduisaient en action les diverses époques de l'année et qui avaient pour objet une comnémoration solennelle des forces génératrices de la nature, des progrès de la civilisation, des grands avantages de la ne des champs et surtout des bien&its de l'agriculture. « n y avait, dit Greuzer, une année sacrée, personnifiée « en quelque sorte dans une série de scènes allégoriques « qui, dans l'absence de l'écriture, tenaient souvent lieu « aux peuples d'annales écrites. Toutefois, par un effet « même de son antiquité, cette coutume subsista long- « temps eneore après l'introduction de l'écriture, et nous « la rencontrons chez les nations les plus éclairées de • l'ancien monde. Un riche appareil environnait d'ordi- « naire, et relevait, avec plus ou moins d'éclat, ces pan* < tomimes religieuses (l). » L'Église catholique a aussi ses drames avec leur signification allégorique. Le cathotî^me prodigue les scènes de ce genre dans les fêtes de son calendrier et dans ces brillantes processions, oîi l'arnmgement, les ornements, les personnages, l'ordre et l'(Ajet de la cérémonie , tout, en un mot, a un sens mys-
(1) Sffmb., trad. flranç., Introd., ch. m.
174 ESSAI SUR LA STMBOLIQIIB DU BKOIT.
tique, et qui, pour l'appareil ou pour la pensée allégorique, ne le cèdent en aucune manière, à l'éclat et aux magnificences des fêtes religieuses de l'antiquité (1).
Notre ancien Droit français a plusieurs drames qui présentent quelque analogie ayec ces scènes allégoriques. Chaque année, le jour de la Nativité de Notre-Dame, la population des vingt-cinq plus belles paroisses des Amo* gnes, dans le Nivernais, arrivait processionnellemait au prieuré de la Charité, avec croix et bannières et arec grande pompe religieuse et champêtre, pour rendre hommage à la juridiction seigneuriale de ce prieuré, dont ces paroisses relevaient. A la porte du monastère, quatre jeunes vierges offraient aux religieux une hèmine de froment posée sur un char triomphal orné de guirlandes de feuillage et traîné par quatre taureaux (2). Au printemps de chaque année, les pairs de France du ressort des parlements de Paris et de Toulouse offraient à ces compagnies des bouquets de roses en pleine audience, au bruit des hautbois et avec un appareil de solennité propre à rehausser l'éclat de cette pantomime allégorique, dont j'ai d^i indiqué l'origine (3).
Ces grandes allégories mimiques du monde ancien, on a voulu essayer de les transporter dans le droit français moderne. Nous les retrouvons dans cette série de scènes
(1) Cf. Baisons de Vof/ice et cérém. de VÈglise catholique, par le chanoine Claude Villette, p. 417 à 425, des Processions.
(i) Lebeuf, Hecueil de divers écrits pour servhr à l'histoire de France, 1. 1, p.sa ;~Antony Duvivier, notice sur les kmognes,U Nivernais, AÊtmm historique et pittoresque, — Les symboles de ce genre se rencontrent asset souvent en France. On ne les trouve pas en Allemagne dans le même style, ce qui peut les faire considérer comme propres à la France. — Cf. DQmge, Symb. der germ. Vôlk. in etnijjr. RechUgeioohn. , p. 34 te princip,
(3) Voy. ci-devant ch. m, § 4, p.81 , S%, et ci-après ch. ziii, pour le sens ie Cl s sortes de symboles.
LIT. 1, CHAP. 1X« APPLICATION QNlTEaSELLB DBS SYMBOLES. 175
et d'actions symboliques que Tàge cosmogoniqae (1) de l'ère actuelle voulut instituer, et qui avaient pour but, non plus de personnifier l'année sacrée, mais de figurer k nouvelle année civile, en célébrant avec pompe la grandeur et la puissance de l'auteur de toutes choses, les bienfaits de ragricultnre et du mariage, les charmes de la concorde et Télan des cœurs reconnaissants, la gloire passée, dans la personne des vieillards, la gloire à venir, dans celle des jeunes gens, la dâivrance de la patrie consacrée sur l'autel de .la Victoire, et, sur l'autel de la Li* l)erté, Taffranchissement de l'esprit humain (2).
Bien de plus magnifique et de plus solennel, à la lecture, que ces fêtes civiques. Mais ces actions allégoriques, inspirées par un sentiment d'imitation, n'ayant leur source ni dans les mcenrs, ni dans la religion des peuples, comme chez les anciens, commandées par la loi plutôt que par la coutume, sauetionnées par le bourreau et non par l'adhésion du cœur, ne furent jamais que le fruit avorté d'une conception où manquait l'intelligence de son époqae, symboUsme mort et religion d'emprunt, qui ne vibraient pas au cœur du peuple (3).