‹ Essai sur la symbolique du droitChapitre 49 sur 91 · UY. I, CH. XIII. APPLICATION AUX PBBSTÀTIOKS ET EKDEVAIVCBS · texte numérisé non relu

UY. I, CH. XIII. APPLICATION AUX PBBSTÀTIOKS ET EKDEVAIVCBS

gent, et, à ce titre, on conçoit bien qn'ils aient pu se transfonner en droits fiscaux, en redeyances pécnniaires. Mais Toici un symbole qui a subi la même métamorphose fiscale que les précédents, quoiqu'il ait consisté en un acte phrtM qu^en une chose, acte physique sans doute , mais qui, par sa nature, n*est pas susceptible d'être livré dans le commerce. Je veux parler du baiser que le vassal devait à son seigneur lorsqu'il lui rendait hommage, et qui s'appliquait ordinairement surlabouche, d'oii sont venues ces locutions symboliques : Être engagé de la bouche ; devenir Vhomme de bouche et de mains de quelqWun ; devoir à quelqu'un la bouche et les mains. Il faut probablement rattacher à une réminiscence affaiblie de cet usage le droit de baise-main consistant en quelques deniers que l'on baillait au seigneur foncier, lorsqu'il arrentait ses héritages, moyennant certains devoirs annuels (I). Le baiser intervenait aussi dans les contrats ordinaires, notamment dans les fiançailles romaines , où il obtenait un certain effet juridique, lorsqu'il était donné par le futur et rendu par la future épouse (2) ; car, dans ce baiser mutuel , il y avait une sorte de prélibation de l'ambroisie conjugale (3). La même cérémonie, avec la même signification symbolique, avait lieu dans les fiançailles des Allemands. De là, le jus osculi qu'on lit dans les vieux documents (4). Le même symbole intervenait dans les donations pour cause de mariage, qui étaient accompagnées d'un baiser. Bientôt le symbole absorba la formalité ; l'idée passa du

(1) Laurière, Baiser.

W L. 16, Cod,, de donat, ante nuptias, V, 3.

(B) « ùscuiiim, dil Antoine Perei, siquidem quoddam initium consummationis miptiarom esse videtur 6t firuitio spoossB quodammodo. » /n Codiemn, «od. tU*, 1. 1, p. 8M. YoyeM, dans ce seos, Reyscher, S^mb. det^tnii. AfeM*.

(4) Reyscher, (oc. d^.,*— I^ucange, Otcukm, 0ieUar$.

230 1S8ÀI SUR LA STXBOLIQUB DU DROIT.

noyau à l'écorce, pour me servir d'ane expression du docteur Dûmge. Les donations de ce genre s'appelèrent simplement le baiser j osculunij de telle sorte €[ue donation, douaire et osculum^ osclage (d'où oscle , ode , ouclage, oclage)j devinrent synonymes (1). Ainsi,dans la Goutome de La Rochelle, l'osclaga ouïe baiser signifiait une certaine sonune que la femme survivante avait le droit de prendre sur les biens de son mari, et qui était fixée à la moitié de ce que la femme avait apporté en mariage (2).

Il est une prestation, d'où s'exhale un suave parfum de poésie ; c'est celle qui consiste dans l'obligation d'offrir des bouquets de fleurs, un chapeau de roses ou de violetleSy ou même une simple rose. Ces prestations paraissent n'avoir été qu'une substitution de services onéreux, anciennement rendus par les premiers tributaires. C'est l'idée indiquée par un document relatif à une prestation de ce genre, que Ducange a eu soin de rapporter (3). Car, comme Littleton le fait observer, il importait au seigneur que tons ceux qui se reconnaissaient ses vassaux fussent obligés à quelque service, et si le tenant n'en avait eu aucun, il eût pu arriver que, par ce laps de temps, il n'aurait plus été possible au seigneur de reconnaître si la terre relevait ou non de lui (4). De là, la nécessité de ces redevances sans aucune valeur pécuniaire, et notamment de ces paestations

(1) «I Osculum, donatio propter nuptias quam solet sponsus, intervenienle osculo, dare sponsae, in lege 5 God. Theod. de sponsal. » Ducange, Osculum,-^ « Osclium... donatio propter nuptias... nomine dotis sive osdii,.. » Id., vo ûsdium. — a Osdare, oscleare, dotare : douer une femme de certains biens.» Ibid., his verhis.—Yoyez aussi Laurière, Ousdage,

{%) Laurière, loc, dt,

(8) « Ita ut hsac rosa singulis annis ad festum nativitatis S. Jobannis BaptisUB prœbita ioco fùerit omnium praBstationam. » Ducange, Aofo. — Vay. les documents rapportés à la note 8 de la page suivante.

(4) Ifutitutes, 1. II, ch. v, sect. cxzx; — Houard, Ancittmei MifrûH" çaius, 1, 191.

UT. I, CK. Xni. ÀPPUCATION AUX PRESTATIONS BT RIDSYAlfGBS. 231

consistant en an bouquet de fleurs, qui servaient à déguiser la dépendance, la servitude, en lui donnant une forme élégante, mais qui impliquaient néanmoins d'une manière expresse ridée de la soumission d'une part, et d'autre part de la prééminence. A ce titre, on le voit, ces prestations sont vraiment allégoriques, elles sont le symbole de la dépendance , comme le fait judicieusement remarquer Dacange (1). Un diplôme anglais, du temps de Henri YI, parle de la baillée d'une rose due chaque année au comte Richard, à l'époque de la Saint-Jean (2). Deux autres diplômes, dont l'un porte la date de 1429, font mention d'une semblable redeyance comme substituée à d'autres services séculiers (3). Littleton parle d'une pareille redevance, consistant en une rose on en un bouqi^t de roses dû à la nativité de saint Jean-Baptiste. En cas de décès du vassal dans la saison d'hiver, le seigneur ne pouvait exiger le payement de son relief qu'à l'époque où naissaient les roses ; car son relief consistait dans une quantité de fleurs on de bouquets, égale à celle de la redevance dont on était tenu envers lui (4). En Normandie, la terre nommée le BosC'Breuncoste, située dans la paroisse de Gueuteville, devait chaque année à l'abbaye de Fécamp un ekûpeau de roses, indépendamment d'une somme de 20 livres (5). L'hôtel de ville de Rouen devait aussi , le premier jour du mois de mai, envoyer aux seigneurs de l'éehiqoier de Monnandie, et même aux anciens avocats, des

(1) « Merum signum minims subjectionis. » V* Rasa.

(t) Bladox, Formai, angdic,, p. IM, op. Ducange, Rosa.

(S) « Pro omnibas serviciis et secularibusdemandis. »C2^to,ann.t6 BmrM /Uii, Madox, p. 187, op. Ducange, loc, cit. — « Pro omnibus serviciis, exactionibus et demandis. » Madox, id., p. 146, ap. Ducange, loe. tU.^d. la note 8 de la page précédente.

(4) Sect. cxxix ; — Houard, 1, 190.

W Floquet, Biit. étt pùirûmmU de Norm<mdi$, 1. 1, p. 198.

232 B88ÀI SUE LÀ STHBOLIQUS BU DROIT.

chapeaux de roses et de violettes {{). On retrouyele même usage, mais encore embelli par des cérémonies plus poétiques, dans la redeyanee en bouquets de roses apportée chaque année au parlement de Paris et à celui de Toulouse par les pairs de France qui avaient leur pairie dans le ressort de ces cours souveraines (2).

Ces prestations avaient lieu en nature. En Toici nne qui se donnait en argent et qui, sous le nom de droit de branche de cyprès, n'était autre chose qu'un impôt en numéraire se prélevant jadis à Bordeaux sur les Anglais qui venaient dans cette ville. On avait sans doute youIu cou* sacrer par ce moyen la mémoire de l'heureuse délivrance de Tancienne domination anglaise. Du cyprès^ symbole de deuil et d'affliction, n'avait-on pas voulu faire le signe de l'administration des Anglais , pour marquer que le pays en conservait encore un triste souvenir ? Ce n'aurait été là, on le voit bien, qu'un symbole parlé. Hais Timpôt n'en aurait pas moins un caractère symbolique (3).

Page 1