APTITUDE SUR LA SYMBOLIQUE JUDICIAIRE
Le trait qui domine dans la physionomie de plusieurs nations de l'antiquité, c'est leur sympathie profonde, ardente et prolongée pour le symbole. On retrouve cette sympathie au milieu des plus grands progrès. Leur amour des représentations symboliques résiste même longtemps au développement de la civilisation. L'art, le Droit, la Religion, les usages domestiques, comme ceux de la vie publique et civile, sont également empreints de cette passion du symbole. Ils retendent à tous les actes , à toutes les parties et à tontes les phases de leur existence (1). L'univers lui-même, l'univers entier n'est, à leurs yeux , qu'un symbole (2). Il n'est pas Dieu, mais il est sonimage.
La Grèce et l'Italie ne sont pas les seules contrées de l'antiquité possédées de l'amour du symbole. L'antiquité orientale et l'antiquité de l'Occident, l'antiquité éclai*
(1) Cf. Creuzer, SymboUk (trad. fr., Introd., cb. v) ; et, en ce qui concerne les Grecs, Reyscher, Symb, dês germ. Rechts, p. 99. {%) Salluste le Philosophe, De âHs §i tmmdû, cap. m.
980 RssAi sut LA snnouQui du droit.
rée et Tantiquité barbare éprouveiit la même sympathie. Les peuples mêmes, dont le culte réprouye les idoles , sont paiement pénétrés de l'amour du symbolisme. La religion d'Iran , chez les anciens Perses , ne consistait qu'en un culte simple, l'adoration des astres , de la nature et des éléments (1). Elle n'était pas favorable , sans doute, aux allégories et aux symboles de l'art (2). Il ne faut pas croire toutefois que les Perses aient manqué de symboles religieux. Ils étaient même , s'il faut en croire Greuzer, fort riches en ce genre (3). Les symboles juridiques ne leur furent pas non plus étrangers. On verra , dans le cours de cet ouTrage, que l'un des symboles juridiques des Lombards se rattache à la Symbolique judiciaire des anciens Perses (4). D'après M. Michelet, le roi est le symbole Tiyant de l'État ; il absorbe en sa personae tout le symbolisme juridique de la nation (5). Cet aperçu, qui parait hasardé, a plas de yérité qu'on ne serait d'abord porté à lui en accorder. Car le roi qui répand la prospérité et qui conserye l'ordre et l'harmonie dans la société, est une réalisation de la lumière et représente Ormuzd lui-même , Ormuzd, qui est l'idée divine et sa réalisation par la lumière, dont Pexistence se répand dans
(1) Sur le culte des Perses, «oy . Hérodote, I, $ iSl , tll, 118 ;-* Dqpuis, 1. 1, 1. 1, ch. n, p. 24 et M, édit. iD-4*. {%] Hegel. Ssthétiquê, trad. fr., t. II, p. 50 et iOS.
(5) Symbolik, trad. fr., 1. II, ch. m. Vay. dans cet ouvrage Texplication développée de cette contradiction qui n'est qu*apparente. M. Michelet enseigne absolument le contraire : « peu de symboles religieux,» dit-il. Originet du Droit, Introd., p. lxxvi. C'est aussi Topinion de Hegel , Esthétique, trad. (hinç., t. Il, p. 40 à 52, et notamment p. 49 et 50. Mais Foyez les explications de Do puis sur le symbolisme de la religion des Perses, 1. 1, 1. 1, ch. ii, p. M, édit. in-4«.
(4) Foy. le ch. m ci-aprôs, et conféras c&<4evant p. 154, v* Ptèt^, arc.
(6) Origines du Ihroit, Introd., p« lxxv, luti.
LIT. llyCH.l. APnTUDB DB8 ÉPOQUISBTBISISLIG. F0imUtS8T]IB.28l
les animaux et dans les plantes, dans la race hamaine, et dans le monde chil, et pénètre jnsqne dans la hiérarchie des diflërentes classes de la société (1).
L'amonr du symbole forme anssi le trait le plus saillant du caractère du moyen âge. Ciomme ceux de l'anti* quité , les hommes de cette époque symbolisent dans toutes les actions de leur Tie. Ils multiplient même Tusage des symboles en les appliquant, non pas seulement, comme les Romains, à quelques contrats, à quelques actes on à la transmission de quelques biens d'une nature particulière, mais en étendant leur application à toutes les transactions, aux objets du droit priTé, comme aux choses du droit public, à l'aliénation d'un champ aussi bien qu'à l'investiture d'un empire.
Le moyen âge, en effet, applique cette sympathie à toutes les choses du domaine juridique. « Tout ce « qu'il y a d'abstrait et de moral dans l'homme , dit « M. Troplong, venait se traduire en représentations cor- « porelles , et le droit n'était qu'une perpétuelle allégo* « rie. * L*écoIe des jurisconsultes du moyen âge, quoique généralement ennemie du symbole, se laisse fréquemment encore entraîner par le spectacle vivant et contagieux des habitudes et des préoccupations contemporaines. Aussi peut-on reprocher à la science du moyen âge de se placer trop souvent sons le joug du symbolisme et de ne pas ton* jours sairoir s'affranchir de l'esclavage et du matérialisme de la forme (2). Le contact des hordes germaines avec la ciTîlisation de Rome contribua pour beaucoup an règne de ces préoccupations symboliques du moyen Age.
La religion chrétienne, toute spiritualiste qu'elle est , ne contrarie pas cette passion pour les symboles. Elle ac-
(1) Cf. Hegel, toc. dt., p. 41 et 48.
(9) Troplong, fiente, 1. 1, p. 443, 444, 446, n. t71.
28S SS8AI mm la sthbolique du bhoit.
cueille dans ses temples, sur ses autels, les signes symboliques qu'on y dépose en témoignage d'un pacte conclu ou d'une alliance formée. Le Droit canonique prescrit l'observation des formalités allégoriques dans les donations faites aux monastères (l). L'Église se mêle, sans répugnance, aux allégories de la chevalerie féodale. Dans les formalités juridiques qu'elle attire à sa juridiction , telles que les cérémonies du mariage et la légitimation des enfants naturels, elle est loin de dédaigner l'appareil pittoresque du symbole. Elle ne réprouve et ne défend que ceux qui portent un caractère de sauvage férocité (2) ; et c'est ainsi que, tout en se conformant à la prédilection des esprits pour les formes emblématiques, elle demeure toujours civilisatrice par excellence et reste fidèle à sa sainte mission, qui est d'adoucir les mœurs et d'instruire les peuples.
Les origines du Christianisme expliquent parfaitement cette attitude de l'Église dans les rapports si fréquents qu'elle eut, pendant le moyen âge, avec les symboles juridiques. Simple et pauvre dans les premières années , le
(i) Dans une lettre du pape Innocent IH, on lit ce qui suit : a Si ver6 aliquis possessiones aliquas claustris vel aliis religiosis locis in bonâ valeludine vel ultimâ voluntate, prosuorum vult remedîo peccatorum conferre , h&nc conferendi formam esse proposui , quod in hujustnodi donationibus modicum terrœ consuevit in manu accîpere**, super aitarê ponendum svh ttaiimonio videniium et audienttum.., discretioni vestrae mandamus quatenùs donationes quae claustris, ecclesiis... conferuntur..., faciatis irrevocabiliter observari, cùm bujasmodi ngnum non tain fact« donationis quàm traditae possessionis sit evidens argumentum. » {Decret.y lib. I, t. IV, p. S6).
(2} G*est ainsi que TËglise proscrivait Tusage symbolique du serment par le oMen (fMf caintmjurart), qui consistait à tuer un animal de cette même espèce , en disant : « Si je manque à mon serment quUl me soit ainsi fait. » — Cf. à ce sujet la lettre de Tarchevèque Jean à la suite de la chronique de Reichersperg dans les ObservalioM sur JomoUls de Ducange , et le même, Gioss., V Per cansm jurare. Voy. la note t ci-après.
UT.If , CHAP.f . AFTmJUim tPOQUnSTMS ISLIG. POOR LV8 STIIB.S85
coite chrétien yeat plus tard rivaliser avec le paganisme poar le luxe des temples, la pompe et la splendeur des cérémonies. Vers la fin du troisième siècle, les chrétiens com mencent à avoir dans leurs maisons toutes sortes d'emblèmes, tels que la colombe, le poisson, Vancre^ l'agneau et la lyre, qu'ils placent comme ornementation sur les meubles les plus usuels , symboles d'un caractère tellement pur, que l'Église, sévère d'abord, ne tarde pas à les tolérer, même dans ses temples ( ( ) . Ce goût pour les choses figurées se retrouve dans lescaractérisationsenqiloyées pour représenter la Trinité, le Christ, la sainte Vierge et les Ap6tres. La plante^ sa fleur elle parfum qui s'en exhale sont l'emblème de la Trinité. Le symbole de la sainte Mère de Jésus-Christ, c'est le buisson ardent, le vase à manne des Hébreux, la pluie qui arrosa la toison de 6édéon. En qualité de fondateur des sacrements,Jésns-Ghri8t lui-même est appelé du nom de créateur des symboles. On le compare au serpenl d'airain de l'ancienne loi , au soleil nouveau de la loi nouvelle (2). On le montre aux yeux des fidèles sous l'image sensible d'un agneau de paix destiné à racheter les fautes des hommes. Il n'est pas enfin jusqu'au paradis qu'on ne cherche aussi à all^oriser , de telle sorte que des esprits graves et des intelligences sévères commencent à s'alarmer de ce goût pour Tallégorie appliqué à tontes les personnes et à toutes les choses des croyances dirétiennes (3 ) .
(1) Non-seulement les premiers chrétiens n'adoplèrent que dos sym-> boles d*ane nature pacifique et d'un caractère plein de pureté, mais ils proscrivirent, en outre, comme indignes de Tesprit du christianisme, Vépée, Vare et la cowpe bachique. Cf. la note précédente.
(t) Ce nom de soMl donné à Jésus-Christ et Tusag^e des chrétiens de se tourner vers Torient dans leurs actes religieux les avaient Tait appeler par tes païens du titre d'adorateurs du soUil .
(3) G*est le reproche que saint Jérôme faisait à Origène : a Quod sic
284 BStAT SCI LA SmBOLIQlTB VU DMHT.
Les symboles da Zend-ÀTesta se retroayent dans les livres des Hébreax ( 1 ) . Les animaux religieux, ces animaux purs ou impars du culte antique des Perses, se retrouTent aussi dans les bêtes merveilleuses |de l'Apocalypse (2). Le feu sacrét entretenu dans le sanctuaire chez les Perses , en Egypte, en Palestine, chez les Romains, comme un emblème de la Divinité, est adopté par les Chrétiens , dès que le culte devient libre et à mesure qu*il prend quelque solennité (3).
L'antiquité païenne avec ses mystères, ses symboles , une partie de ses mythes, de ses fêtes et de ses célébrations allégoriques, vient peu à peu se fondre dans le diristianisme triomphant. Le culte vaincu cherche à dissimulor sa défaite en s'identiflant de mille manières avec les croyances , les personnes sacrées et les signes sensibles de la nouvelle religion.
Ainsi s'explique, après une grande simplicité dans le culte, Tamour de l'Église , libre et dominante , pour les représentations figurées ; et c'est ainsi que se justifie la sympathie persévérante du moyen Age et la faveur de
paradisum allegoriset ut histori» auferat veritatem, pro arboribus angelos , pro fluminibus Tirtutes coelestes intelligeDS, totamque paradisi continentiam tropologicà interpretatione subvertat. » S. Hieronym. ad Pammach.
(1) Guigniaut, Mig, de Vont,, 1. 1, part. % p. 721,7)3 note, llk note, 718. Sur le rapport deâ doctrines hébraïques ayec le système de Zoroastre, un peu avant Père chrétienne, Yoyez Matter , Hist, universelle de V Église chrétienne, I, 38 et suiv., et le même, Hist. crit. du Gnosticisme, I, 76 et suiv.
(2) Greuzer, Symbolik, trad. fr., 1. 1, 1. II, ch. m, part. 1, p. 340, S41, note ; — Guigniaut, p. 711 déjà citée.
(3) Les Juifs conservaient aussi le feu perpétuel dans leurs temples, comme les Perses dans leurs pyrées; et l'on sait que le moyen &ge prodigua ce symbole, en suspendant une grande quantité de lustres au plafond de ses temples. On en voit encore beaucoup aujourd'hui dans les églises où une lampe est constamment allumée.
LiT.n, CH. I. AmroDB MifrÉPOQcmsir des rbu6. foui lu stmb. 285
rÉglise catholique pour les symboles en général, et partiealièrement pour les symboles judiciaires.
La réformation évangélique du seizième siècle^ en enlevant à la représentation religieuse Timage sensible et en ramenant les espritsà la méditation intérienre,imprime-t-elle une nouYelle direction à l'antique prédilection pour les allégories et pour les images? Là où la réforme est adoptée, l'amour pour les images ne s'éteint pas : il ne fait que suiyre un autre cours. Dans ce temps-là, les esprits se jettent avec ardeur, avec passion, sinon avec discernement, dans l'étade des symboles et de la mythologie (I). La politique et la morale entrent dans le domaine de T allégorie et du symbole (2).Toutes les idées sont personnifiées; tous lesarts sont dominés par l'allégorie (3). On a vu que, malgré sa simplicité, le culte des anciens Perses, ces puritains de la gentilité, n'excluait ni le symbole religieux, ni même le symbole juridique. L'âge du christianisme réformé , de ce culte nouveau qui est venu placer la prose de la vie à côté des rapports religieux , n'est pas non plus une période antisymbolique.
(f ) Creuser, Symb,, trad. tr., Introd., ch. t.— Cette époque Tit naître, en effet, une grande quantité d'écrits sur les symboles, parmi lesquels il fhut citer TouTrage si célèbre de ritalien Alciat, AMati emiblêmatum Hbêllus, Parisiis, IftSft ;— Som^iioî emMemata, 16S4 ;--plu8 tard, PignùrH tpUiolœ symbolicœ, 16S9;^Ar. CausHni elêctorum symholorum H fiaràbolarum syntagma, \6\% ; -- Diduci Saaveârœ tymbola poWica ou idea principis christiano-politM tymbolis «apressa, composé en 1640, in-18, 1659, etc., etc.-— Pour la mythologie, roy^z l'ouvrage de Jean Eoccace qui est déjà du quatorzième siècle, publié dans le quinzième sous le titre de /. BoccacH gênêologia deorum, vmiêt. i47t In-t'i^MarMilii PMni thêiUagia platoniea, Florent. 148Sin-P>; — Noloiif Comt7tf (Noël Conti ou Leoomte) mythologia tk)e eGoplicationwn fabularum lib, X, I» qufinu cmnia propê naittraiis «t moraiis phHonphitt dogmatacon^ iinmUur, Venêt. Aid,, 1551, 1581, Paris., 1588; etc., etc.
(9) Creuier, loe, cU,
(8) Goetbe, MaoDimên imi4 B§fUxi(mên, traduct. franc, do M. Sklower, p. 58.
286 BSSAI Wk LA SYMBOLIQUE DU DROIT.
La dernière heure da Symbolisme ancien, peu éloignée sans donte, n'a pas encore sonné en Enrope. Hais quand ce moment saprême sera Tenu, les efforts les plus énergiques n'auront pas assez de puissance pour une résaiv rection que les peuples ne comprendraient plus. L'imagination des peuples modernes semble trop éloignée des temps primitifs pour pouvoir allier les progrès de la dvilisation avec l'amour des symboles. 11 n'y avait peut-être que l'antiquité, encore voisine des premiers instincts de la nature et des premières traditions du genre humain , qui pût cumuler ces deux facultés.
Pendant les orages de notre première Révolution, on essaya de ressusciter les symboles et les allégories. A l'âge oosmogonique de l'ère moderne on voulut donner des représentations symboliques (1). Les fêtes civiles imaginées alors portent exclusivement ce caractère. Les programmes qui nous en ont été conservés sont pleins d'une poésie qui, pour être puissante , n'a besoin que d'une seule chose, de n'être pas un anachronisme. Il n'y a là qu'un symbolisme vide, puéril et sans sève, ne répondant plus aux sympathies populaires (2) et ne prouvant qu'une chose, l'impuissance de l'homme à être incrédule , impuissance attestée par la substitution d'une vaine comédie au culte respectable et sacré des vieilles croyances religieuses.
(1) If. Ballanche a dit : a La Révolution française est le chaos coamo- « gonique, le combat toujours énergique et souvent aveugle de tous les « divers éléments sociaux entre eux. » {PaUngénésie, Prolégomènes, «•partie, § 6). Cest dans ce sens quMl faut entendre Texpression &dff€ cosmogoniquÊ que j'applique aux premières années de la Révolution française. Je n'avais pas la phrase de M. Ballancfae sous les yeux , ni présente à l'esprit, quand je me suis servi de cette appellation» qui se rapproche tant de la sienne et qui exprime la même idée, c'esi-à-dlre le sens d'une époque primitive.
(S) Voy, ci-devant p. 174, 175, et ci-après p. i89.
UT.n» CH. 1. APTITUDBDB8 tPOQUBSBTDIS MELIG. POURLBSSTHB. M7
Ce n'est pas un symbolisme suranné qui peut agir désormais sur rimagination des peuples modernes. Il faut j à chaque époque, sa Symbolique et ses croyances ; à chaque monde, ses allégories et sa foi. Le Symbolisme actuel ne peut plus être le Symbolisme des temps primitifs. Les grandes allégories de l'antiquité consistaient surtout dans ces fêtes solennelles et dans ces pantomimes religieuses , qui servaient à la célébration de Tannée sacrée, et qui se rattachaient au berceau du genre humain (1). Ce fut là le foyer où s'entretint et se ranima sans cesse le goût des peuples pour les allégories, et leur tendance à la symbolisaiion. Le moyen âge eut aussi les grandes cérémonies symboliques de l'ÉgUse. Par leurs rapports avec les fêtes du paganisme, ces cérémonies allégoriques du catholidsme servent à unir Tancien monde qui tombe, au monde intermédiaire qui s'élève.
Dans chacune de ces époques, la foi, la foi religieuse > constitue Tâme du Symbolisme. Est-ce dans la foi politique qu'il pourra se retremper aujourd'hui? La révolution française, lorsqu'elle tenta la résurrection du symbole, ne vit pas qu'une religion philosophique s'allie mal avec les fictions. Les symboles, d'ailleurs, ne se créent point par ordre de Tautorité, officiellement et d'un seul coup. Leur production est lente, successive , l'œuvre des siècles. Ils éclosent avec spontanéité au soleil des croyances populaires, pour ne se développer ensuite qne graduellement. Sortis des origines du monde, ils n'arrivent ausiècle présent que sur.l'aile des traditions antiques .
Les anciens dieux du paganisme, enlevés par le. flot du temps et chassés de l'Olympe, avaient pu continuer pendant des siècles à planer encore sur le sommet du Pinde.
U) Toif> ci-devant p. 173.
388 nsAi SUR la stmboliqcb du droit.
Ce qai était mort à la vie avait pu yiTre dans les chants du poëte (I) ; les images des anciennes divinités, les fôtes instituées en lenr honneur avaient pu sourire encore pendant longtemps à la terre émerveillée. Mais de nos jours, les dieux sont partis aussi bien que leurs images. Le Pinde est désert ainsi que l'Olympe. Les symboles du monde ancien ont disparu. Tout, dans le monde moderne, a subi la grande loi de r^énération, apportée il y a dixneuf siècles et scellée du sang du Christ. Politique, littérature, mœurs, tout est changé. Le renouvellement social est complet. Le monde antique n'est qu'un souvenir. Le monde du moyen âge lui-même n'est déjà plus qu'un écho, dont le son expire.
n serait téméraire peut-être d'affirmer que le symbolisme soit mort irrévocablement pour l'âge moderne. Mais il aura, s'il doit un jour renaître, son caractère spécial, ses couleurs propres et sa raison particulière, car le symbole est toujours l'expression vraie de chaque époque.
La Symbolique ancienne, avec ses racines dans une {o\ religieuse, exclusive, étroite, intolérante, ne peut étendre son feuiUage sur la Symbolique moderne, dont la foi n'a pas les mêmes caractères. Cette Symbolique nouvelle, si elle se constitue , ne trouvera des forces peut-être que dans une foi large, complètement et universellement sympathique, dans une plus profonde régénération du genre humain, dans l'application de plus en plus progressive de l'égalité, de la confraternité humaine du christianisme, d'où sortira un jour, avec le développement total de la
(1) a Aus der Zeitûut weggerissen, schweben Sie gerettet auf des Pindus Hœhn :
Was unsterblich im Gesaog soU leben, Mu88 imLebeD untergehn. »
ScHiuLBBy dk Gôtter Griechenkmdt,
UT,1I,CH.I. APTITDDBDBSÊPOQUBSIT DB8REL1G.PODRLBS8TMB. 289
kn éTangéUque, le déyeloppement complet de rhumanité. Il y a bientôt un demi-siècle qu'on tenta d'exhumer l'ancien bonnet phrygien du monde romain comme symbole de la liberté. Ce signe suranné ne fut qu'un objet de risée oa d'horreur. Le chapeau de roses du moyen &ge eût été mieux en harmonie avec la douceur des mœurs modernes (1). V arbre de la liberté, cet autre symbole des fêtes révolutionnaires, malgré les vieux instincts galliqaes et germains que ses rameaux verdoyants faisaient revivre (2), ne fut pas plus sympathique à la nouvelle génération. Le sang et les larmes, dont on l'arrosa, n'eurent pas la vertu de rafraîchir la f euiUée languissante de cet emblème décrépit. Tout, dans ce symbolisme bâtard, était emprunté ; rien de spontané, rien d'harmonique avec le mouvement du siècle (3). Pendant ce temps, les peuples, cherchant toujours des formes symboliques plus e^ rapport avec leurs sympathies, continuaient à dresser en silence, au fond de leur cœur, un mystérieux autel à l'émancipation progressive de toutes les familles humaines, cette divinité si souvent outragée et si cruellement méconnue par l'homme lui-même. Le symbole qu'ils adoptaient secrètement, pour représenter ce grand principe, ils le plaçaient dans ce glorieux Drapeau tricolore, que la France promène depuis cinquante ans, en Afrique et dans l'Europe, comme le signe radieux de la moderne rédemption.
L'âme de la Symbolique nouvelle est dans cette idée. Mais sa formule esl encore à créer. Tout ce qu'on croit pouvoir assurer, c'est que les dieux du futur âge emblé- BKatique, si cet âge vient à luire, animés par un nouveau
(1) Ma liberté n'a qu'un chapeau de fleun.
(Béranger.) (S) Sur ces insUnctS} Voyez YhUroductian, m, p. LXity à lxxtiii. (3) Foy. ci-devant p. 174, 175, t86.
souffle, pétris d'au limon nouyeaa, et se révélant à Thamanité sons des apparences inconnues, marqueront par de paissantes inspirations les jours qu'ils auront consacrés à leur manifestation réparatrice.
J'ai demandé aux religions et aux siècles leur goût pour les symboles; interrogeons maintenant les peuples en particulier.