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PHILOSOPHIE ET NATIONALITE DBS SYMBOLES

Cet élément juridi^e qu'on nomme Symbole, dont la physionomie est si pittoresque, d'où vient^l? Est-il parti d'un point particulier da globe pour s'élancer de là à la conquête du monde? S'il en est ainsi , à quel signe son caractère originel se ré?èle^t-il ? Quelle est la marque distinctive de sa nationalité? N'a-t*il, au contraire, d'autre nationalité que celle dn genre humain? Sorti du berceau commun à toutes les nations, appartient il au monde en-

ment aux suggestions dont il était entouré, il écarta Vidée de pousser au protestantisme et se décida à rétablir le culte catboliqae. U vit très-bien que le protestantisme n'était conforme ni aux mœurs , ni au génie de notre nation. Ce n'était pas là la religion qui, après de longues guerres civiles, avait définitivement prévalu. En lui proposant de la ikire triompher, on proposait une violence et une impossibilité. Napoléon avait raison de le dire : les siècles ont décidé ; le protestantisme n'est pas la religion de la France. Yoy. YHistoMre du Consulat et de r Empiré de M. Thiers, t. III, p.S16àS«2.

(1) Cette idée a besoin d'être expliquée plus amplement. L'un des chapitres qui suivent, le chapitre vi, en est le développement, comme il est la condusioa de tous les chapitres qui précèdent.

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lier et non à une contrée particalière, àanpeuple déterminé ? Ou bien encore existe-t-il une race d'hommes qui Tait accueilli avec plus de sympathie que nulle antre, et qui, à ce titre, puisse dès lors plus spécialement se l'approprier? Quel caractère le symbole prend-il dans chaque pays ? Beçoit-il l'empreinte du Temps qu'il traverse et des Nations où il réside? Vastes et mystérieux problèmes, dont la solution mérite d'être proposée aux esprits investigateurs et méditatifs.

Pour aller tout de suite au cœur même delà difficulté, interrogeons la raison philosophique du symbole (1). Getexamen doit nécessairement conduire à son origine nationale.

S'il faut en croire un écrivain allemand, le Symbole n'a été introduit dans le Droit, et spécialement dans les conventions, que comme équivalent de la garantie que donne aux actes la rédaction écrite (2). Ce système est énergiquement repoussé par J. Grimm (3) et par le professeur Beyscher (4). En suppléant, dans les temps de barbarie, à la pauvreté du langage, à l'absence ou au peu de propagation de l'écriture, le Symbole a pu et a dû être nécessairement un moyen de se procurer et de s'assurer une preuve. Mais ce fait, qui est incontestable, ne peut expliquer la persistance du Symbole pendant plusieurs sièdes, à côté des actes écrits, alors que le peuple est parvenu à un haut degré de civilisation, comme chez les Grecs aux époques classiques, et jusque dans ces derniers temps en Allemagne.

D'autres veulent que le Symbole n'ait dû son appUca-

(1 ) J*ai déjà dit quelques mots à ce sujet, IntroduUUm, p. i à 9, SymboUque, p. 1,8, 9, 10, 176, 177, 183, VJi, «71.

(8) Kopp, Bilder vnd Schriften der VorseU, 1, 50, cité par Reyacher, Symb. dê9 gtrm. lUchts, p. 99.

(8) Deutsch$ B0chtêalUrthUmer, Einleitung, cap. IT, 109;— Le môme» Von der Poui$ im H§cht, $ 10.

(4) LococUato.

UT. n, GHAP* m. PHIIOSOFBIB BT HAnOHÂUTÉ DM SnBOLËS. 503

lion dans le domaine du Droit qn^à la nécessité d'offrir aox personnes présentes à une affaire, l'image complète d'un contrat àl'égard duquel leur témoignage peut un jour deTenir nécessaire (1 ) . Mais pourquoi cette image, destinée à la représentation d'un rapport juridique, aiors que des témoins sont présents et peuTent reproduire, dans toute lear énergie, les termes de la convention ? Pourquoi l'interrention du Symbole, lorsqu'on emploie, en même temps qae la présence des témoins, la rédaction écrite d'une charte , d'un diplôme, moyen bien plus durable et plus certain pour établir et conserver une preuve (2) ? Cette théorie est aussi peu admissible que la première avec laquelle d'ailleurs elle a une grande analogie.

Toutefois il y a du vrai dans chacun de ces systèmes. Lear fausseté vient de ce qu'ils ont la prétention d'être absolus, et surtout de ce qu'ils veulent expliquer l'origine ' ou, pour mieux dire, la raison philosophique du Symbole. Comme explication de la théorie psychologique du Symbole en général, ou même particulièrement du Symbole juridique, ces deux systèmes sont. faux. Car cette théorie repose sur la nature intime de l'homme , sur son amour pour les images, sur son penchant à se représenter les rapports des choses à l'aide de signes qui parlent aux yeux (3). Mais comme indication du but ou, pour mieux dire, d'une partie du but que se propose le Symbole, ces

(1) Ifone, Tevtschê DenkmâUr, Eial., p. t4, cité par Reyscher, Syind., p. 99.

(3) Reyscher, loeo cUato.^Voy. ci-devant, p. 186, un passade de Littleton oùl*on ToitqoMndépendamment de la formalité de la remise de la iMTffe, raliénatioQ est inscrite sur le registre de la juridiction. Cest ce qui apparaît par les chartes et les diplômes, qui non-seulement mentionaent la formalité symbolique, mais qui la fixent au parcbemin même, où se •trouve joint le symbole, dont on s'est servi dans la cérémonie, tel que la vergé, ou l&paéUe, Cf. Ducange, Invettitura, tll, 1521, i5M.

(8) Voy. ci-devant p. 1, 8, 9, 10.

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systèmes sont vrais et admissibles. Ils établissent très-bien^ en effet, son emploi, son utilité dans une sphère restreinte et relative, par exemple^ dans les conventioas et dans un grand nombre d'actes de la juridiction eontentieuse on volontaire, aux grandes époques d'ignorance et de barbarie. Lorsque, plus tard, cette utilité passag^e et relative n'existe plus, le Symbole se maintient néanmoins, soit par suite de l'aptitude de l'esprit humain qui lui avait fait trouver jadis et qui lui' fait éprouver encore je ne sais quel charme secret dans la création et dans l'usage de ees fictions, soit aussi par suite d'une longue habitude qui, jointe à ce tour d'esprit natui^l, a fait pénétrer l'emploi et le sens du Symbole dans les mœurs, dans les orojfanœs et jusque dans les préjugés superstitieux du pec^d. Ce sont là véritablement les deux grandes et puissantes causes de rinfluence du Symbole, dont la dernière surtout parait avoir plus particulièrement frappé un des plus savants philologues de nos jours (1).

C'est ce même attachement popnhiire aux dioses contemporaines du berceau du monde ou de la nation, qui fait que, malgré le progrès des connaissances humaines, malgré le développement de la civilisation et des sciences, un acte est considéré comme incomplet, semble dépouillé de sa puissance efficace et parait manquer de solennité, si, à la formalité de l'écriture ou de la présence des témoins et du magistrat, ne vient se joindre la coopération da Symbole. Cette coopération en imprimant à Uacte la forme solennelle, mystérieuse et sacrée , lui donne seule, aux yeux des peuples, la plénitude de ses effets civils.

Maintenant, pénétrons, d*nne mani^plus intima, dans la nature philosophique du Symbole.

Le Symbole, en général, plus particulièrement le Symbole juridiqae^ ea. ce qui touche à son origine philosofAl-

(1) J. Grimm.

LIT. 11, CHàP. m. PHILOSOPHIE BTNATIOlfALnrfi BBS STUBOLES. 305

que, se présente sous deux aspects principaux, selon qu'on Tenvisage d'une manière abstraite ou idéale , par rapport à rhumanité, ou d'une manière plus restreinte et plus positive, par rapport à une nation.

Considéré au point de vue abstrait, d'une manière générale, le Symbole a sa cause déterminante, sa raison d'être et par conséquent son origine dans ce penchant intime qui porte la nature humaine vers toute acception figurée des choses, et qui nous fait trouver un charme infini à exprimer nos idées ou à les voir traduire par des images vives et saisissantes, par des signes visibles qui parlent aux sens et surtout aux yeux (1). «L'homme^ dit Greuzer, veut des • signes extérieurs, des images, des fignres visibles quiré- « pondent à ses sentiments intérieurs, qui représentent et « qui manifestent aux yeux ce qu'il y a de plus obscur et de « plus mystérieux dans ces sentiments (2).» Delà, àl'égard du prêtre, la nécessité, pour justifier sa mission divine , de créer des symboles en produisant aux yeux l'être invisible, et le besoin de personnifier, sous une figure physique, la force vivante, dont les peuples sentent , sans ^uvoir l'expliquer, la secrète puissance. C'est en s'accommodant ainsi à la faiblesse des intelligences des âges primitifs, au pendiant intime et à la nécessité de notre propre nature, que le prêtre, à l'aide du symbole qu'il a créé, manifeste tout à la fois le pouvoir de son Dieu et la vérité de son culte (3). Cette nécessité, plus ou moins énergique selon les progrès de l'esprit humain, se fait sentir néanmoins à toutes les époques ; car elle a sa cause dans la nature même de l'homme qui se modifie , à la vérité, à travers le cours des siècles, mais dont le principe se mon-

(i) aeitcber, Sumb. du Çêrm. IMUi,, p. IM, et Bttt«r, Symb^lih %md Mythologie é$^ Attêrthmmt, mxé par Rcyacher. (S) Symbolik, XnA. fr., Introd., eh. k (8) Greuier, iW.

tre toujours immnable et toujours identique, aux époques de barbarie comme aux jours de civilisation.

C'est à ce même penchant» à cette même nécessité qu'appartient cette disposition de l'esprit humain qui le porte, dans tous les temps, à revêtir certains actes juridiques de certaines images accommodées soit à l'individualité propre à la nature humaine en général , soit à l'individualité propre à la nature particulière de ces actes euxmêmes. A ce point de vue, le symbole juridique est simple, saisissant, diaphane. Uest sensible à tous les yeux, perceptible par toutes les intelligences. Le signe symbolique est en rapport direct avec l'acte même qu'il représente ; la nature de l'acte représenté est parfaitement indiquée par celle du signe. La moite de terre figure le champ vendu ; la moite couverte de rameaux ou de gazon indique la nature du terrain ; dans un sens abstrait , la glèbe est le signe de la propriété ; la peau d'une brebis représente le troupeau tout entier ; la voile du navire simule le vaisseau ; Vanneau désigne l'alliance ou l'amitié, les fiançailles , le mariage ; le mouvement des yeux, de la iéte indique le mouvement de la pensée et exprime le consentement ou le refus d'une manière symbolique consacrée par le Droit (I). Le Symbole, exprimé de cette manière, se rencontre dans les usages de tous les peuples, n parle une langue qu'on doit entendre sur les bords du Tibre comme sur les rives de la Seine ou du Danube, dans les forêts des Gaules aussi bien que sur les montagnes de la Syrie, langue facile et simple, s'il en fut, car c'est une langue commune à tous, propre à l'humanité, la langue de la nature (2).

(1) « Hoc autem eos velle ex motu corporit aperiebatur, tanquam verbis naturalibus omnium gentiam, qu» flunt mdtu et ocvlorum motu^ caterorumque membrorum actu> —S. Augustin., Cùnfimkm., c. vra.

(«) Verbis naturalibus omnium gentium. S. Augustin, toc. ct^, — Cf. Creuier, SymboUk, trad. flr., Introd., ch. ii.

LIT. n, CH. m. raiLOSoran bt nationalité dis^thboles. 307

Qoand le symbole est clair, simple, aisément intelligible pour tous, il sort do berceau commun à toutes les nations ; il n'a point de patrie ; il appartient au monde. Sa matière se compose, pour lors, le plus souvent , d'éléments tirés de la nature même, tels que la terre et ses productions. Toutefois, pour quUl se range dans cette catégorie, il n'est pas absolument nécessaire qu'il soit emprunté exclusivementaux substances naturelles. On le trouve tout aussi fréquemment composé d'un élément artificiel. Il est évident, en effet, que la porte d'une maison représente la maison tout entière, et que ï antenne ou la voile figure le vaisseau lai-même , avec la même énergie d'expression qui s'é^ diappe de la glèbe destinée à représenter la terre ou la propriété.

Le sens du symbole judiciaire se complique , il s'obscurcit et se dérobe souvent à l'intelligence, lorsqu'il porte le cachet propre à une nation. C'est là le second point de vue de son origine psychologique, et c'est ici que se manifeste eu lui le caractère national.

Son essence, toujours la même sans doute, ne cesse pas d'avoir pour fondement le besoin inhérent à notre constitution de peindre aux yeux, d'instruire par des images, la nécessité pour l'homme des temps primitifs de parler aux sens à défaut d'une langue plus expressive. Hais , dans cette hypothèse , l'individualité propre à la nature de l'acte symbolique, au lieu de se confondre avec l'individualité de la nature humaine, s'identifie avec l'individualité de la nation. Celle-ci absorbe ou domine les deux autres. Le signe alors est déterminé, non plus par la nature même de la chose représentée, mais par les idées et les croyances de la nation, par ses usages, ses mœurs, sa manière de voir et de sentir. La nationalité efface l'humanité.

La langue que parlent ces symboles n'est plus une

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langue commune à tons : c'est on idiome étranger^ dmit rintelligence nécessite une initiation particalière à Thistaire religieuse, morale, politique et privée de la natioii qoi a (aréé ces symboles (1). • Chaque symbole, ditCnnuD, a un sens mystérieux, sacré et historique. Si un pareil sens lui manquait, il ne formerait pas une croyance et ne serait plus compris par le peuple. De là vient que la puissance du symbole n'était pas enfouie jadis dans la lettre morte des livres, ni dans le cadre inanimé de la formule. Elle eijstait dans la bouche et dans le cœur de tous les mem-^ bras de la nation (2). « — « La plupart des symboles, dit également le professeur Reyscher, ont à la fois une profonde signification historique et une liaison étroite avee les mœurs et l'esprit particulier de chaque nation (3). »

Des symboles identiques serencontrent souvent chez les Germains et chez les Romains. On y trouve, par exemple, la glèbe f VanneaUf la mainj Tépée, la baguette ou le bâton, employés avec le même sens et destinés au môme usage symbolique. Là est le point de jonction qui, chez ces deux peuples , est commun à l'esprit humain en général. Hais ensuite le symbole juridique i»*end chez l'un et chez l'autre une teinte et une forme particulières selon son caractère particulier. H se résume en quelques formes spéciales où se manifeste plus énergiquement la trace du génie et des habitudes qui distinguent chacune de ces races.

Chez les Germains, peuple guerrier, il est vrai , mais peuple amoureux de la vie nomade, religieux contemplateur de la riante verdure des bois, si longtemps l'objet de son culte et toujours, même à présent, celui de son affection (4) ; peuple, à qui la vie de la cité était odieuse, qui

(1) Foy. le ch. zv du liv. I, p. 27$, 174.

(S) Von dêr Poésie imBecht,%i(i,

(8) Symb. du germ, Bêckti.

(4) G01 «moar 4e la race teatonique pour les nrts rameeuK s'est ma-

LIT. II, CH. m. raiLOflOPHIB ET HiTIONÀLITt DBS 8TMBQUS. 309

regardait les Tilles comme des prisons et qui, dans sa pas* non poar les Épectacles de la Tie champêtre , considérait comme sa cité la prairie elle-même dont Tintérienr de la f<Nrèt était tapissé, chezles hommes de cette race, le symbole primitif porte Tempreinte de cette aptitude de la nation. 11 se plaltdans la matière agreste. Il aime i revêtir une forme diampêtre. Chez les Romains, nation amie de la cité, la forme dn symbole judiciaire , qui parait avoir toute leur sympathie, réveille plus particulièrement l'idée des pro« fessions industrielles qui sont une nécessité de la ville.

Tandis que les objets qui forment le plus fréquemment la matière du symbole primitif des Germains sont le gazon, le brin d'herbe^ la paille^ la branche d^ arbre et le rafneau, le rameau surtout (1) , ceux qui figurent principalement dans les rits symboliques des Romains sont le cuivre et la balancé [œê et Itfrra), un peu plus tard une pièce de monnaie ( sestertius nummus , $iip$ ), puis toujours le

nifesté à toutes les époques. Dans le sixième siècle, Farinée austrasienne, qui envahit la Neustrie, vit s*avancer contre elle, avec effroi, une forêt mobile. G*élait l'année neustrienne qui marchait chargée de rameaux. Voy. M icheict, Bist, de France, 1. 1, p. t4S. Plus tard, dans le onzième siècle, l'année des hommes de Kent, de ces Anglo-Saxons qui marchèrent contre 6uillaume-le-Gonquérant, après la bataille d'Hastings , était chargée de branchages et rassemblait à une forêt en mouvement. Voy, Aug. Thierry, Conquête de l'Angleterre par les Normands; — Michelet, toc. ciL, et t. II, p. 888. Ceux qui, en i8t4 et 4815, ont vu les troupes de la confédération germanique, dans nos provinces envahies, peuvent se rappeler cette coutume. En faisant leur entrée dans les villes, les soldats portaient à leurs shakos des branches d^arbres. Nous donnions à ces rameaux une signification de triomphe, un sens insultant pour les vaincus. C'était là probablement, bien plutôt, ou du moins aussi bien, la traduction d'un phénomène psychologique propre à la nature de la race allemande, que l'expression d'une pensée d'orgueil ou de raillerie.

(i) Le rameau, comme symbole, a tellement le caractère germain y que le Rhin, le grand fleuve, le fleuve sacré delà Germanie, est représenté sur les médailles antiques par un vieillard appuyé sur une urne et tenant dans la main un rameau. Cf. Montfaucon, Ant. expl, t. III, p. 188; voyea la planche cnn.

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peseur [libripens) avec ses témoins. Ces formes 87ml>o-* liques, qu'on ne rencontre dans les coutumes judiciaires d'aucun antre peuple et que le génie quirinal peut, à juste titre, revendiquer exclusÎTement comme siennes ( 1 ), Rome les emploie avec une fatigante uniformité dans les actes de la nature la plus différente, dans la Tente et dans l'adoption, dans le testament comme dans l'émancipation et le mariage (2). Ici, le monde de la campagne, de la triba, et l'emblème de la yie rurale, de la forêt, comme signe distinctif du symbole germanique. Là, le monde de la cité, et, par suite , dans le symbole romain , la manifestation des habitudes urbaines de la nation , une signification mercantile (3) , propre à la cité, indice en même temps de cet esprit d'avarice et d'avidité qui distingue

(1) En parlant du testament jmt eu et Ubram, M. Troplong dit quelque part « la forme romaine » per eu et libram , et il Toppose à la forme prétorienne, exprimant par là que le mode per œs et libram a un caractère tout romain. Influence du ckristianUme sur le Droit civil des Bomains, p. iOi.

{%) M. Giraud a été frappé comme moi de celte uniformité. Il Texplique « par rbabitude constante des Romains de simplifier leurs actes solen- « nels, en ramenant à une même forme tous ceux qui avaient entre eux « un point de contact. » Bist. du Droit français au moyen Age, 1. 1» p. 812. Cette explication ne détruit pas mon observation.

(8) C*est ainsi que M. Guerard qualifie le rit per as et lihram, dans le mariage par coemptio : « dans le mariage plébéien , dit-il , tout signifie commerce... » Essai sur Vhist, du droit privé des Romains, p. 278. Cette qualification est très-Juste et se rattache exactement au génie urbain et civil de Rome, quoique Rome, avant qu'elle eût subi TinÛuence de la civilisation grecciue, qui fut si antipathique à la culture des champs (Giraud, Droit français au moyen âge, t. I, p. 150), ait aimé l'agriculture, c'està-dire les champs cultivés, et quoiqu'elle n'ait eu que peu d'aptitude pour le commerce 9 sans ôtre restée néanmoins étrangère aux entreprises commerciales, comme on est trop porté à le croire. Holtius a dit des Romains : mercatura et offidna nunquam placuerunt ( Hist.jur. rem, lineam,, p.lS}. Mais H. Troplong a très-bien démontré que le commerce, et la banque surtout, furent pratiqués par les Romains et régis par leur Droit avec plus de distinction qu'on ne le pense communément. Yoy, son Introd. au Commentaire sur le contrat de société.

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les mœurs privées desLatins et qui rappelle que Rome doit son origine et sa grandeur à Tasile ooTert à tons les ayenturiers de l'Italie.

Il est hors de doute qu'on trouve aussi dans les pays allemands des symboles urbains , s'il m'est permis de parler ainsi. Mais on peut dire, sans hésiter, que ces emblèmes n'appartiennent pas aux époques primitives de la nation, à ces temps où la tribu campait sous la voûte des bois , où les fontaines et les arbres étaient l'objet de sa fervente adoration. Ils sont d'une époque moins reculée. Ils annoncent l'établissement territorial et sentent déjà l'inflnence d'un nouveau culte et les approches de la civilisation. Sous ce rapport, ces symboles ne représentent plus, avec une rigoureuse exactitude, le type de la race germaine.

De leur côté, les Romains empruntent, il est vrai, à la vie rurale quelques formes de leurs symboles; mais ce n'est que rarement et comme par accident. U est bien certain, par exemple , que la tradition par le rameau et par la paille leur fut inconnue ( t ) . Le rameau ne figure que timidement dans leurs coutumes juridiques (2). Mais jamais, comme chez les Germains, il n'y représente le fonds de terre, ni même la propriété abstraite, à aucun titre (3). Le signe de la propriété, chez les Romains, est bien plutôt la lance {quir)^ ce vieux fétiche des Sabins, dont ils ont tiré l'appellation de Quirites, qui fut le nom de majesté qu'on leur donnait dapg les assemblées solennelles (4). Peu importe donc que quelques emblèmes tirés de la vie rurale, tels que la branche d^ arbre et la glébCf se rencon**

(1).(2).(S) Sur tous ces points, voyez la dissertation placée à la fin du \0iuiDe9 note N.

(4) « Gosi sopra vedemmo da Quir essere stati delti i Quiriti Ronumi, che fu il titolo délia romana maestà, che si dava al popolo in pubblica ragunanza. » Vico, SciMsa nuova, lib. II, origine de' eomi^ romam*

}1S 1S8AI (BOR hk mtBOUfffm DU DROIT.

trent qndqaefois dans les pratiques jadiciaires des Romains ; ce n'est pas là ce qui peut servir d'indication sur le caractère particulier que Borne manifesta dans la forme des symboles juridiques. Les symboles de cette espèce, si on veut bien y réfléchir, appartiennent à ce que ce peuple ayait de commun avec l'esprit général du genre humain. Us se rapportent à l'humanité romaine, bien plus qu'à la nationalité romaine en particulier.

Les exemples relatifs à la nationalité des formes symboliques pourraient être multipliés. J'ai dû me borner. Qu'on me permette néanmoins d'en rapporter quelquesuns encore qui appartiennent aux deux peuples auxquels une grande partie de l'Europe ' doit sa civilisation et son origine. Chez les Romains, le chapeau ou le bonnet est le symbole de la liberté; chez les Germains, l'emblème caractéristique de la classe générale des hommes libres, le signe de la liberté réside dans les cheveux (1). Les deux signes symboliques, que je viens de citer, expriment, on le Toit» une idée identique, mais sous des apparences diverses. Les Romains prennent la forme plastique del'idéedans les usages de la ville ; ,les Germains la demandent à la personnalité humaine. Rome l'emprunte à l'industrie; la Germanie, à la nature. Cet antagonisme dans la forme fait ressortir, mieux peut-être que dans l'exemple précédent, la différence qui existe dans le génie des deux peuples et dans la nationalité de leurs symboles (2).

(1) Le chapeau esl un symbole usité^ussi chez les Germains; mais <fe8t la forme de lacoiifure, plutôt que la coiffure elle-même qui &it le symbole. Ainsi, la forme du chapeau, du béret, de la toqm, an ea$qm, et leurs ornements, sont le symbole, non pas des hommes libres, mais des hommes de qualité. Foy. Reyscher, Symb. des germ. RedUs, p. 48, à la note.

(9) Voy, au chapitre VI ci-après une nouvelle appréciation de la Symbolique romaine et de la SffmboUque germaine sous un autre point de vue, comme expression de la législation et de la civilisation des peuples.

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