‹ Essai sur la symbolique du droitChapitre 61 sur 91 · LIV. n, CH. m» PBlLOBOram ST IIATKMIâUTi BIB snsoLis · texte numérisé non relu

LIV. n, CH. m» PBlLOBOram ST IIATKMIâUTi BIB snsoLis

La nationalité de la forme symbolique prend quelquefois nn caractère très-étenda, qai peut mettre en qnestion la nationalité mteie du symbole. An lien d'être bornée anx usages d'un seul peuple, aux coutumes d'une seule localité, elle s'applique à une époque tout entière, cbflB un grand nombre de nations différentes, sans que, bien souvent, aucune d'elles puisse revendiquer comme sien ce symbole commun. En Europe, pendant tout le moyen âge et lopgtemps aptes encore, le fétu ou la paiUe devient un symbole général, presque universel, d'investiture. Ici. l'influence de la race teutonique, qui a parcouru une grande partie de l'Europe, se fait sentir et peut servir a indiquer l'origine de ce symbole général. À la même épo- ^e, la doche est, pour les communes, le grand symbole tiuquel vibrent pour lors tous les cœurs (1). Ces symbdièB ont un type évident de généralité ; mais cette généralité est restreinte, elle comporte encore une certaine nationalité, déterminée par la même manière de sentir et parles mêmes besoins on les mêmes passions dans une même époque et dans une même étendue de pays. Quelles que soient la grandeur et la variété du sol où ils se meuvent, il n'y a pourtant pas autre cbose dans ces symboles qu'un caraeière de nationalité.

n ne faut pas confondre la généralité purement spéciale de ces symboles (2), avec la glèbe, avec Vanneau , avec Vépée On même avec la main^ comme signe d'alliance et de consentement, et, selon Yico, comme signe universel

(4) Eiprcnion empnintée à M. Micbelei dans son BisMrê d» France, t. V, p. glt.

{%) Cette contoion a été faite par M. Ifiobelel dans le passage indlqaé de son Uiêtoim d$ nranoê, et surtout dans ses Origfm9 ém DtûU (Introd., p. GIT K oCi il dit trè»4ieUeiDent que le mode de traditioii par la poMs se retrouYe ches presque toutes les nations, dans Pantiquité et lemOYen ége. Yotf» à cet égard ce^que j*ai dit dans la noteiN, § f , à la fia de oe volume.

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d'autorité et de puissance (1), Trais symboles généraux , universels, communs à l'humanité tout entière, qui appartiennent à tous les temps, à tous les pays, qui peuvent, à ce titre, porter le nom de symboles humains que les autres ne peuvent pas s'attribuer.

Le signe de la nationalité d'un symbole ne se conserve pas toujours dans toute sa pureté. Le temps, qui soumet tout à son empire, n'épargne pas les symboles. Tantôt il les dépouille de leur sens, alors qu'il respecte leur forme; tantôt il altère cette forme elle-même, et tantôt il en obscurcit on en vicie l'appUcation dans les pays mêmes où le symbole prit naissance. Ce sont là tout autant d*altérations de la nationalité des symboles (2).

Les Romains, du temps de Justinien, avaient rétabU l'ancienne peine symbolique réservée au parricide, enfermé tout vivant, comme on sait, dans un sac de cuir avec un cAten, un coq^ un singe et une vipère. Mais la signification de ces quatre bètes symboliques parait avoir été déjàperdue pour eux (3). Le symbole n'est plus, dans ce cas, qu'une matière inerte, privée d'àme et d'intelligence» Le signe physique existe encore, mais l'esprit est mort, la vie est éteinte et la nationalité n'est qu'un nom. C'est une monnaie effacée qu'on ne tolère plus que par habitude.

Les pays qui adoptent ces formes symboliques arrivées jusqu'à eux à l'état cadavérique, les comprennent bien moins encore que la nation chez laquelle le symbole prit

(1) a La nuino, ch* appo tutte le nasioni signiflcè potestà. » Scmxa nuova, lib. II, oHffme dt^ oomist) romani, et lib. IV, coroUario, il dtrtlto rom. €uUico fié «n «trioio poemo.

(t) Sur ces iransTorinatioDS, à un autre point de vue, ooy. le chapitre v ci-après, et Cf. dans le livre I lechapitre zui, notamment aux pages StO,

sii, m.

(t) Foy«f ci-devant liv.I,ch.zv, pages S77,17S.

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naissanoe et fat frappé de mort dans sa vie intellectneile. Gomme Tesprit de ces symboles échappe absolument aux peuples qui ont reçu ces formes décrépites, ils remplacent sans difiBcolté une forme par une autre ; et c'est ainsi que rAUemagne, qui pratiquait encore, il y a environ deux siècles, la peine romaine des quatre animaux symboliques, substituait stupidement le chat au singe dans le supplice du parricide.

La femme germaine, dans le siècle de Tacite, en s'unis» sant à un homme par le mariage, s'associait à ses travaux pendant la paix, à ses périls en temps de guerre. C'est cette pensée qu'exprimaient si bien les bcBufs accouplés ensemble au même joug^ le cheval tout équipé, le bouclier et la framée apportés par le mari, et les armes que la femme elle-même donnait en échange à celui-ci à titre de présents symboliques, pour désigner la communauté de leur future destinée, symboles augustes et sacrés qu'ils considéraient comme formant le lien mystique de l'union conjugale: sic vivendum^ sic pereundum (i). Plusieurs siècles après, Tun de ces éléments symboliques de l'ancien mariage germain, Vépée ou la lance ^ se retrouve encore chez quelques peuples de race teutonique dans les solennités du mariage. C'est par Vépée et par le gant que se confirme le mariage des Lombards. Chez les Francs Salions, une épée et une chlamyde sont présentées au fiancé par la fiancée elle-même. D'après une très-ancienne coutume suédoise, les proches parents de la fille mettent aux pieds du fiancé une lance ornée de rubans de soie. Ces rits symboliques, si étranges pour une pareille cérémonie, si inexplicables au premier asffèct, ne sont évidemment autre chose que Taneien usage attesté par Tacite,

(1) Mot, germ,, cap. xriii.

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mais altéré par le ooars du temps (1). G*eBt ainiA qoe* dans son propre pays on chez les peuples qui Tout créé, le caractère dn symbole s'efhoe quelquefois de manita^ à rendre problématique ou douteuse sa nationalité primitive (2).

La ftiche fut, on le sait, un symbole affectionné par les Scythes, qui en tiraient, dit-on, leur dénomination. Varc fut un symbole juridique, le signe de la royauté et du pouvoir chez les anciens Perses, qui sont d'origine scythique. Parmi les peuples de cette grande famille teutonique qui descend de la Scythie asiatique et peut-être aussi de Tlnde, les Lombards, dans la formalité de Taffranchissement et dans plusieurs autres de leurs coutumes judiciaires, employaient de préfèrent le symbole de la flèche (3). La forme matérielle de ce symbole est le titre de filiation de ces trois peuples. Un simple signe, en re» montant le sillon des âges écoulés, sert ainsi de guide pour arriver au premier anneau qui lie à une nationalité commune plusieurs nations en apparence étrangères Tune à l'autre.

Le symbole ne reçoit pas seulement dans sa propre patrie ou chez les peuples de même race Tempreinte du temps qu'il traverse ; sa nationalité s'use ou s'altère, à bien plus forte raison, au contact d'une nationalité différente. Ce qui semble une floraison d'un symbolisme local n'est souvent qu'une maladroite imitation d'un symbolisme étranger (4). Les Lombards trouvent en Italie et

(i) Heineccius, Ant. gertn,, III, 188; — Reyscher, Sym6. def ^erm. Jiêehts, 81-88.

(S) Cr. ce que Jlai dit sur le symbole des année dans le marisfe, au ch. VIII, du livre I, v*« Épée, Lance^ p. 186, 187.

(8) Voff. ci-devant 1. I, ch. viii, v** Arc, Flèche^ p. 184 et p. 189,

(4) Cette observation générale inappliqué particulièrement à plusieurs

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les Francs voient pratiquer dans les Gaules la cérémonie qrmboliqae de l'éjasacipation ronuine opérée, on le sait, à l'aide de qndqaes paroles sacramentelles, par trois Tentes imaginaires et successiTes suiTies d'un contrat fidneiaire , en pr&ence du libripens^ de Vaniestaius, dont on ignore précisément le r61e> .de cinq témoins représentant peut-être les cinq classes de Servius Tullius. Ils adoptent ce rit symbolique et le transportent dans la formalité de l'affranchissement, en multipliant les Tentes et les traditions, portées à quatre, sept et quelquefois doaze manumissions différentes. Us font intervenir quelques compagnons en qualité de témoins, remplacent par on gage (tcaditim) le contrat fiduciaire de la troisième mancipation, et, pour conserver l'analogie aTcc l'usage romain, ilsplacenlb aussi dansla cérémonie laprononciation de quelques paroles solennelles. Il 7 a là une réminiscence évidente, mais coùfuse, une imitation inintelligente, mais bien marquée, du rit latin usité dans l'émancipation (1). La nationalité romaine subit ici l'empreinte du génie tudesque, et reçoit le signe abâtardi dé la nationalité franque ou lombarde, qui en corrompt et en vicie le caractère originel.

Ainsi, on le Toit, le génie propre à la nature humaine, en général, et celui de chaque peuple, en particulier, se reflètent, ensemble ou séparément, sur les formes de la Symbolique judiciaire. Chaque nation a ses symboles; mais le genre humain aussi a les siens; qu'on rencontre dicK tous les peuples. De là, un lien commun qui rattache Fun à l'autre les symboles de tous les pays, qui rend pos-

symboles qu*on trouve dans les Gaules après la conquête germaine , et même en Allemagne depuis que la nationalité gerâiaine s'était frottée à la nationalité des Romains. Quelques-uns de ces symboles, qui semblent d^abord germains, ne sont autre chose qu'une substitution d*un ancien rit en honneur ches les Romains, (f ) Heineccius, Ant. germ., III, 96, IS.

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sible une Symbolique générale, et qui, dans cette apparente confusion des langues emblématiques^ révèle one langue mère, un idiome primitif et typique, l'unité dans la diversité.

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