‹ Essai sur la symbolique du droitChapitre 64 sur 91 · LIV. Il, CH. T. BIOGRAPHIB ET TRANSFORMATIONS DES 8THB · texte numérisé non relu

LIV. Il, CH. T. BIOGRAPHIB ET TRANSFORMATIONS DES 8THB

Le bâton sert dans la vente d'un fonds de terre. Hais on l'applique aussi à Tinvestiture d'un duché, d'une chapelle. Si, dans les deux premiers cas, on peut dire qu'il représente le sol ou la gUbe de terre , que figure- t*il dans l'exemple relatif à l'investiture d'une chapelle? Dira-t-on qu'il représente aussi le sol sur lequel repose la chapelle? Mais je demande alors si une glèbe eût été un symbole usité pour figurer un édifice? Tout cela n'est, an surplus, qu'un oubli complet de la destination du 6â(on dans les représentations symboliques. Car, dans aucune hypothèse, le bàlon ne tient la place du rameau^ ni de la motte de terre ou du sol lui-même. Le bàton^ en effet, représente toujours une chose abstraite ; jamais une chose matérielle. Il figure le droit du donateur, du vendeur, du prince, en vertu duquel il transmet au donataire, à l'acquéreur, au vassal. C'est avec la même signification qu'il sert à consacrer un affranchissement » à recevoir un serment, un hommage féodal. On est loin, bien loin de la vérité quand on considère ce symbole, le bâton ou la baguette^ comme l'image de la propriété matérielle ; car, je le répète, il n'y a jamais dans ce signe physique qu'une idée morale ou intelleo* tuelle, l'idée du droit, du pouvoir, du commandement, de l'autorité (1).

Le bâton est de tous les symboles le plus ancien , mais aussi le plus vivace. L'emblème de la paille , qu'on présentecomme l'ayant remplacé et lui ayant dès lors survécu, est enseveli dans la poussière de l'oubli depuis de bien longues années (2); tandis que l'emblème du bâton^ de la

(1) « Cum bacntui ac irirga domini in suos ac res suas jas et potestatem denotet. » Ducange, Invettitura, ni, 46ti. Cf. ee qui a été dit cideyant, p. IH et suIt.

(S) Dana Tancienne iii?estiuire, lafotfltafait peut-être sunrécQ au Mto». Le bâton était encore en usage dans quelques lieux de la Flandre et de la Picardie en i§87, comme ratteste Oalland [Frano-atteu, XX, 316 , édit. de 1687). Mais 11. Michelet assure qu^en Hollande rinvestiture

baguette j de la verge s'étale encore de nos jours, dans le monde juridique, sous toutes les formes, modeste et simple comme la baguette des alcades constitutionnels enEspagne, oomme celle des rois d'armes ou comme la verge des huissiers ou sergents actuels en Angleterre; superbe, comme le bàtan des maréchaux de France, resplendissant d'or et de pierreries, comme la crosse épiscopaie, ce bâton pastoral des évèques, ou comme le sceptre des rois , ces augustes pasteurs des peuples.

Quant à la formule de la stipulation romaine , cette formule, si simple en dernier lieu, qui consistait dans une interrogation et dans une réponse conforme (1) , elle ne présentait, ainsi que le fait observer Gujas , aucun sens allégorique (2), et n'était pas destinée à tenir la place de la cérémonie et de la pantomime symboliques qui avaient disparu. La formule de la stipulation existait d'abord en même temps que le symbole. La transformation du symbole en formule est donc purement imaginaire. La réalité ne répond pas au système (3).

Et maintenant, il faut bien que je le dise, c'est avec peine et contre mon gré, que je me vois obligé d'arracher qudques pi^^es à cette séduisante odyssée juridique. Mais quel que soit le charme de ces brillantes hypothèses, avant tout, quand on fait du Droit, il faut être vrai, alors sur-

avait encore lieu par le fHu en 1764 {HUt. de France, V, SS8, note). Cette circonstance ne modifie en rien mes observations.

(1) SnondesT spondeo. — Dabis? dabo. — Quinque aureos dare spondes? qumque aureos dare spondeo.

(î) « Sunt qui dicunt verba solemnia quas interveniunt in stipulationi» bot esse symbola qusdam. .. verba non sunt symbola» nisi sint allegorica. Stipulationum verba non sunt ejusmodi; ergo stipulattonum veibanon sunt symbola. » Gigas, De verh, cbUg, cam,

(8) Ce que je dis ici o^ s'applique qu^à la formule des sUpulatioDs, qui est celle queM. Micbelet a eue spécialement en vue dans le passage auquel je réponds. Sur les Formules en général, vojf. ci-devant le obapitre UI, § 6 du livre I, p. 40 et suiv.

LIT. II, GHAP. yi. CONCLUSION. 331

tottt qu'avec la yérité il reste encore, dans la science juridique, assez d'éléments réels pour enchanter Fimagination ; car des origines du Droit de tous les peuples s'exhale de toutes parts, naturellement et sans contrainte, le plus suave des parfums poétiques.

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