TeC.HXIOTTE rrÉXÉRALE
Bien que la suite des opérations ne soit jamais indiquée, on se rend clairement compte qu'elle ne différait pas à Douai de ce qu'elle était partout ailleurs. On mettait d'abord la matière première en état d'être tissée; on la tissait pour en faire une étoffe brute; on apprêtait cette dernière afin qu'elle pût être vendue. La fabrication comprenait donc trois parties. On doit y ajouter la tein-
1. Bibliographie : on peul consulter, Savary, Dict. unii'erscl du commerce fnouv. éd., Paris, 1741, 3 vol. in-fol.), qui contient en somme beaucoup de renseignements et est d un maniement commode; Fagniez, Études sur l'industrie et In classe industrielle à Paris, p. 210-231 ; Doren, Die Florentiner Wollentachindustrie (Stuttgart, 1901, in-8"), chap. ii, p. 41-5G ^cf. Le Moyen Age, 1902, p. 337-340), et surtout N\ eckerlin. Le drap escarlate au moyen âge 'Lyon, 1905, 90 p. in-8"| ; cette brochure, écrite par un technicien-philologue, est précieuse à consulter, et nous sommes heureux de pouvoir la signaler
4 ESSAI SUR H TI-f.llMQIir:
ture qui, malgré son importance, n'existait pas t'orcément et, en tout cas, ne s'exécutait pas toujours au même moment de la technique. En effet, elle pouvait se l'aire immédiatement avant le tissage ou à peu près à l'extrême fin de l'apprêt, par conséquent avant que la laine lût devenue un tissu ou quand celui-ci était déjà presque entièrement transformé en objet commercial.
Les manipulations préliminaires précédant le tissage ont donné lieu à très peu de règlements et même sont parfois définies sous une forme si brève qu'elles demeurent très obscures. Cette absence relative d'indications, jointe à quelques autres raisons, ferait croire que, selon un principe d'ailleurs assez courant, ces opérations s'accomplissaient, en partie du moins, hors des murs de la ville.
Quoi qu'il en soit, on peut supposer qu'on effectuait d'abord une sorte de triage de la matière brute. Bien qu'il n'en soit question nulle part, cette manipulation était cependant indispensable et peutêtre même était-elle faite par des ouvrières nommées « esliseresses ». Si tout détail sur ces dernières manque absolument, leur nom permettrait de conjecturer qu'elles avaient pour fonction de choisir, de distinguer les différentes variétés de la matière première. Celle-ci pouvait montrer, en effet, soit des qualités ou des défauts essentiels qui, en principe, la rendaient propre ou non à la fabrication, soit des caractères pailiculiers, utiles
m; Li.MUsiiUK iemile a imk m. 5
OU nuisibles à la confection d'un genre spécial (rétoftes. Nous sommes d'ailleurs mal informés de ces questions. D'un côté, on mentionne uniquement, et tout à tait par hasard, la laine « fine », à laquelle ne pouvait (|ue s'opposer la laine « grose ». Celle-ci était, bien entendu, considérée comme inutilisable; on la comparait à de ]' « esteupe », à la partie inférieure du chanvre ou du lin : c'était de la « laisne à barat », bonne tout au plus à tromper l'acheteur. Naturellement, on empêchait l'emploi de la « laine à yauwe », qui sans doute avait été mouillée en vue d'en augmenter le poids. L'usage de certaines matières secondaires était aussi absolument interdit. On défendait tous les résidus de fabrication, comme le « flocon », le « laveton » provenant du battage et d'autres opérations préliminaires, ou comme « Testonture », que devait produire au contraire l'apprêt. Le défaut commun à ces diverses matières était probablement un manque de longueur, qui ne permettait pas d'en faire des draps suffisamment solides et résistants. Ainsi, on oppose en principe la « laine » au « flocon ». Si on autorise bien, semble-t-il, et tout à tait par exception, ce dernier pour les étoiles dites « tirelainnes », leur emploi fait des tissus où il est utilisé une espèce particulière, qui est évidemment de qualité inférieure. On interdisait encore l'usage de matières telles que le « pelis de kevre », qui n'était alors de la laine à aucun degré. Peut-
ESSAI SlIK LA TEOIIMOL'E
(Hro tous CCS inj^rcdicnts servaient-ils a l'aluMciiicr ce (|u'on appelait des « l'aus draps », dont la naliirc exacte n'était jamais définie, mais qui évidemment, d'après leur (|ualificatir, n'avaient du drap que le nom et l'apparence et dont la confection entraînait des punitions d'une extrême rigueur.
En second lieu, dans les laines utilisables, on distiui^uait différentes t|ualités, parmi lesquelles on choisissait pour la confection de telle ou telle espèce de drap. Il ne s'agit pas bien entendu ici des diversités j^énérales d'oiMj^ines et des subdivisions secondaires qui s'y rattachent, mais de variétés considérées indépendamment de leurs provenances, les unes naturelles, les autres artificielles. En premier lieu, au moins à la fin du xiv^ siècle, on semble séparer d'une façon fondamentale la laine ordinaire de « l'ai^^nelin », qui est évidemment de la laine d'aj^neau, et on défend de mélanger cette dernière avec de la laine « ointe et pinie » : on peut conjectui^er par suite ((ue l'aignelin, (|ui servait à fabriquer des étoffes spéciales du même nom, était de (|ua1ité inférieure, mais sans qu'il soit possible de préciser exactement. Ce qu'on appelle « l'entredeus » était peut-être une espèce intermédiaire. A côté de ces distinctions naturelles, d'autres étaient en (|uek|ue sorte factices. C'est ainsi (jue certaines laines se trouvaient utilisées pour la confection d'espèces particulières de draps lorniant la « le-
DE L LNDUSTKIi: lE.VlILE A IIOllAI. 7
•;i(M-(' draperie » : on mentionne à cet usage la « laine de bile », qui est distinguée expressément de la « laine traiele », et l'une et l'autre ne servaient pas en effet à la fabrication des mêmes tvpes d'un genre d'étoffes. Malheureusement, le caractère propre de ces laines n'est jamais indi- (|ué : on admettrait simplement qu'elles étaient des variétés inférieures, les tissus à la confection desquels on les employait paraissant bien être de confection commune. De même, le nom de « drap de corde », qui se rencontre également, montre sans doute que la laine servant à sa fabrication était une espèce sans souplesse ni douceur et qui manquait de « corps » .
Après les « esliseresses » intervenaient peutêtre les « bateres de laine », mentionnés sans que l'on donne, avant la fin du xiv^ siècle, aucun détail sur les instruments qu'ils utilisaient. Ce n'est que dans les ordonnances de la fin du xiv^ siècle qu'on indique, et tout à fait par hasard, le « battage à l'arcquet », évidemment à l'arçon. Et encore ne parait-il être employé que dans un cas spécial, pour « batre ensamble » et mélanger ainsi évidemment, deux sortes de laines nommées déjà, « l'aignelin » et « l'entredeus » : on confectionnait de cette façon un drap particulier. En tout cas, on peut conjecturer que le battage avait pour résultat de séparer la matière première en laine et en « flocon », ce dernier étant une partie trop courte f|ui tombait sous la claye.
V ESSAI SDR LA TECHMQIT
Au moins dans certains cas, on devait pouvoir i*emplacer cette manipulation par une autre d'ailleurs fort obscure, « le brit'auda«;e as puij^nies ». C'était évidemment celte même opération (|u'on appelait en d'autres règlements la « Itriffaudure » et qui était généralement interdite, saul" cependant pour les draps non teints, sans que l'on puisse en somme définir la mani|)ula[ion ni les raisons de son existence ou de son absence.
La laine restait ensuite « secque » ou devenait « ointe ». La seule matière employée dans le second cas était « le bure », le beurre, au moyen du(|nel on « adoucliiait » la malicie brute. Les détails sui' l'opération manquent encore absolument : on sait seuicmeni (|n'en principe, selon l'application d'une ivgle générale, on graissait la laine destinée à être peignée, de façon à l'ormer « l'estain », la chaîne du drap, tandis (ju'on n'oignait |)as la matière utilisable pour la trame et cju'on devait carder : il est en j)articulier très souvent (|ucstion de « draps oints et pinics ». -Mais, en réalité, la règle précédente subissait de très rré(|uenles excej)tions. Il pouvait se faire cjue la chaîne demeurât sèche et (|ue la trame tut ointe : c'est même spécialement dans ce cas (|u'on employait l'expression « adouchicr » pour cette seconde partie du drap; ou encore tout restait complètement sec. Quoi (|u'il en soit, l'absence ou l'emploi de « bure » sur un des deux éléments constitutifs du drap eiili'ainait l'existence d'inie
DE L I.MdSTUIK TEXTILE A IIOIU. !»
double grande division générale de la draperie, en « secque » et en « ointe ».
L'opération du graissage, si elle s'effectuait, devait être accomplie par les « carderesses » et les « pigneresses », qui, ainsi que leur nom l'indique, étaient plus spécialement chargées du cardage ou du peignage de la matière première. Mais ces manipulations, malgré leur importance non seulement en elles-mêmes, mais pour la suite de la fabrication, nous sont très mal connues. On n'indique jamais (juels instruments elles nécessitaient, pas plus qu'on ne nous dit quelle était la différence entre la première et la seconde, soit pour l'emploi de la matière première, soit pour sa transformation. Tout d'abord, nous ne savons pas si, en principe, loute la laine, nous parlons bien entendu de la laine utilisable, déjà triturée auparavant, pouvait sans exception être soumise au cardage ou au peignage ou si certaines variétés naturelles ou artificielles étaient plus spécialement l'objet de l'une ou l'autre opération. On peut répondre qu'aucune exception n'est spécifiée, ce qui permettrait peut-être de croire à une utilisation indifférente, et si cependant les flocons sont réellement, comme nous l'avons supposé, les débris qui tombaient sous la claye pendant le battage, ils étaient exclus de tout emploi. Cette restriction, d'ailleurs, n'aurait qu'une valeur très partielle, car il faudrait connaître précisément l'usage de cette partie restant sin^ l'instrument.
iO E??\l Sl'K LA TECH.MQl'E
En soiiinu', il est impossible de doniier une solution tant soit peu précise dans un sens ou dans l'autre.
En second lieu, quoique nous ne sachions pas non plus (|uel rôle spécial on attribuait au eardaj^e ou au |)eij^nage, on parait bien ne pas les confondre. D'une part, c'est probablement le résultat du peignage qui aboutit à la fabrication de ce que l'on nomme les « piesnes ». Si cette explication n'est pas entièrement satisfaisante et si ce mot ne semble même pas toujours avoir le sens que nous lui donnons, on ne saurait guère dans certains cas lui en donner d'autre. La « houpe », nommée seulement d'une façon tout à fait exceptionnelle, doit être également le résultat du peignage, d'autant mieux qu'on indique toujours qu'elle est « ointe ». Le résultat du cardage n'a pas de nom spécial ; c'est simplement ce que l'on nomme la « laine cardée ». Or, on spécifie parfois que « l'cstain », ou, en d'autres termes, la chaîne, doit provenir du filage, qui est mis probablement pour le peignage : cette substitution parait être d'autant moins douteuse qu'il est fait au contraire fré(|uemment mention de « trame cardée » et que c'était certainement la règle la plus générale, f^lle n'avait cependant pas de valeur absolue. En 1352, pour quelques draps, il est défendu d'effectuer cette opération, comme si la laine destinée à la trame devait ac(|uérir ainsi une qualité supérieure, puis(|ue, ne pouvant ètn^ canlée.
ItE L'l.M)lSTlilE TEXTILL A iMil vl. H
(Ile devait forcément être peignée. Cette exception est faite, semble-t-il, non pas en vue du tissage, mais de la teinture, et elle s'applique en effet aux draps qui ne seront ])as passés au mordant avant d'être réelleinent teints ou qui ne seront teints que d'une couleur unie et non composite. On doit se borner à mentionner ce cas sans en donner d'explication bien satisfaisante. Quoi qu'il en soit, il était certainement exceptionnel, et, en principe, suivant un nouvel exemple d'une rè^le bien connue, le peignage ne pouvait que servir pour la préparation de la chaîne, tandis qu'on avait recours au cardage plutôt pour la confection de la trame.
Une variété du })eignage était peut-être effectuée par les « estongeresses », mais, à l'exemple des « esliseresses », on n'a qu'une simple mention de ces ouvrières, sans aucune indication relative à leur genre particulier de travail.
La laine cardée et peignée était maintenant filée par les « fîleresses ». Ce n'est encore (ju'à l'extrême tîn du xiif siècle que nous avons de rares indications sur les instruments employés dans cette manipulation. On parle à ce moment des « fîleresses à la quenouille » ou « à l'espoulier ». Les premières, supposerait -on, par comparaison à ce qui se passait ailleurs, fabriquaient le tîl nécessaire à la chaîne, tandis que les secondes, sans que l'on connaisse l'instrument dont elles se servaient, devaient confectionner le fil de la trame.
^2 ESSVI SI 11 I,\ TEC.HMQIE
|)nis(|n(' « l'ospoulier » était, on lésait, iiiicpaiiie (le la navette. On le eonjecturerait d'autant jdIlis volontiers que, dans la fabrication des « billes », on interdisait l'emploi de la « laine ointe à l'espoulier », et la laine ointe était, en principe, celle (le la chaîne. Cette défense est donc relativement compréhensible, mais ne le serait absolument que si l'on connaissait l'instrument utilisé pour filer la trame, et, nous venons de le dire, il n'est nommé nulle part. Néanmoins, la précédente hypothèse est encore confirmée par l'interdiction de vendre la « trame wuidie à cuij^iiole », dévidée peut-être sur un fuseau ; or, le fuseau devait servir seulement pour la quenouille, c|ui était employée dans la chaîne. Quant aux instruments tels que le rouet, ou même, en somme, le fuseau, ils ne sont jamais mentionnés. r]n tout cas, d'une façon jj;énérale, on recommandait de faii-e « le filé bien porsivant », probablement aussi égal, aussi ininterl'ompu (|ue possible, sans aucun « accroc ». On obtenait ainsi des « fils », (|ui composaient des « filets ». Mais, s'il existait certainement du filet de trame aussi bien (|ue d'estain, il semble (|ue le second constituait le véritable; à la trame s'opposait fréquemment le « filet ou estain ».
Le fil, une fois fabriqué, était « enroulé », mais nous ignorons de quelle façon. On sait seulement, ainsi que nous l'avons dit en partie, (|u'on ne devait pas employer la trame « hasplée ou wuidie à cuignole » : « l'asple », bien connu,
DE l'industiuk textile a douai. ^3
était un dévidoir; la « cuignole » devait être un instrument du niênie {jjenre. Peut-être interdisait-on l'un et l'autre outils parce qu'ils brisaient la trame, qui, n'étant pas ointe ni peignée et plutôt de qualité intérieure, se brisait plus facilement, pour employer à leur place la bobine, sur laquelle l'enroulement était moins anguleux. Il fallait ensuite ôter le fil des instruments précédents, qui constituaient, en somme, des dévidoirs, afin d'en former des « bonges » : ceux-ci n'étaient évidemment que des sortes d'écheveaux.
Une dernière espèce d'ouvrière de l'apprêt était « les traieresses », mais on se contente encore de les nommer; peut-être exécutaientelles quelque travail d'épluchage ou de filage.
Pour toutes ces manipulations préparatoires, on ordonne aux travailleuses, car^ on le remarquera, presque toutes étaient en effet des femmes, de prendre deux sortes de précautions : l'une pour elles-mêmes, l'autre pour leur besogne. Elles devaient avoir par-dessus leurs vêtements, ou ce qu'on appelait leurs « estourcheus », probablement sorte de blouse de mauvaise toile ou de serpillière, une « pel de cuir » : elle servait à empêcher que des « enfillées » , évidemment des fils, des bribes de cette toile, ne fussent arrachés par les mouvements de l'ouvrière, et plus particulièrement par des instruments tels que les cardes ou les peignes, et allassent se mêler à la matière première elle-même. De plus, il allait exécuter ces
14 ESSAI SDR LA TECHMQCE
divers travaux sans « esproher », sans asperger et mouiller la laine, ni sans la déposer à a terre ne en fres liu », évidemment dans un endroit humide. En un mot, la matière devait être bien scche, et cette (|ualité était nécessaire non seulement pour les manipulations en elles-mêmes, mais en vue d'éviter toute augmentation frauduleuse du poids par l'humidité.
La laine, une fois filée, pouvait être transformée en drap et apprêtée, satis que l'étoffe subisse jamais aucune teinture : on obtenait ainsi des draps de couleur naturelle. Le plus souvent, à Douai comme dans d'autres centres drapiers, ils étaient dits « blancs », et l'on oppose d'une façon assez fré(|uente les étoffes teintes aux blanches : aucun doute n'est donc possible. C'était, en somme, la couleui' ordinaire de la matière première. Les draps dits « escruts » ne devaient guère en différer. Enfin, la laine pouvait être également noire. 11 est admissible d'ailleurs que ces tissus fussent simplement non encore teints et destinés à recevoir une couleur quelconcjue, puisque, nous l'avons observé, la teinture était applicable à des moments difféients de la fabrication ; naturellement, est-il impossible de préciser. En tout cas, les étoffes en couleur naturelle n'étaient certainement (|ue l'exception. Si, maintenant, on teignait la matière première aussitôt filée, par conséquent avant sa transformation en
DE l'industrie TEXTILE A DOUAI. -1 0
étoffe, les tissus colorés dans ces conditions étaient probablement ceux cju'on désignait sous le nom de « teints en lainne ». On parle au reste tantôt de laine, tantôt de filet à teindre, mais il n'est guère douteux que la première expression ne soit employée pour la seconde et que « laine » aussi bien ([ue « filet » ne dussent s'opposer à « tissu » proprement dit. On spécifie alors assez rarement à quel moment de la fabrication l'étoffe pouvait être teinte, mais, aussi souvent qu'il existe une indication assez précise, elle montre que la teinture n'avait lieu que tout à t'ait à l'achèvement des manipulations, après le lainage et le tondage et même le scellage. 11 est possible enfin que, d'après quelques indications d'ailleurs assez vasues, les tissus dits « teints en laine » fussent jugés inférieurs aux autres : le tissage et les diverses opérations de l'apprêt étaient en effet plus difficiles à exécuter avec des fils ou des tissus imprégnés de matières colorantes. Quoi qu'il en soit, il ne semble pas que l'emploi de l'un ou de l'autre système rendît les manipulations différentes; au moins n'en est-il donné aucune mention ; mais, puisque la teinture pouvait s'exécuter avant l'ourdissage et le tissage, il parait être plus simple de la décrire immédiatement.
Si, en elle-même, avons-nous dit, la teinture des fils ne différait pas de celle des tissus, la seconde pouvait être précédée d'une opération préparatoire appelée « le listage ». Les « lis-
leurs » se servaient, pour cet objet, de « tilles », probablement des sortes de cordes faites d'écorce de tilleul el (|u'on réunissait par pacjuets nommés « saudées ». On les faisait « bouillir », sans doute pour les rendre moins sèches et cassantes et plus souples. Deux étaient cousues dans toute la longueur du drap, à l'endroit et à l'envers; on se rend aisément compte que leur forme ne permettait pas de les employer avec des écheveaux de laine, qui ne constituaient pas un objet assez solide et compact auquel on put les fixer. Le but de cette opération n'est pas indiqué, mais, selon l'usage, elle devait servir à montrer la bonne (|ualité de la teinture. La partie recouverte par la tille ne pouvant être coloriée et contrastant donc avec l'autre, indiquait par cela même qu'une coloration avait dû être appliquée sur tout le reste de l'étotVe. C'est ainsi t|u\)n liste des « diquedunnes » blanches, afin (|u'on « les teinde en noire brunette ». Le listage pouvait naturellement être employé en vue d'a|)plications successives de teintures diverses.
A cette manipulation parait s'en rattacher une autre nommée « l'emmuselage », mais le manque complet de détails ne nous permet d'en donner aucune définition; peut-être n'était-elle autre que la précédente; l'étolïe se trouvait en quelque sorte « muselée », enserrée entre les deux tilles.
Ces deux opérations, ou la première seule, précédaient donc dans certains cas la teinture. De
DE l'industrie textile A DOUAI. H
celle-ci, tout d'abord le « harnas » ou les « liostieux », le matériel nécessaire, nous est peu connu ; mais, en raison de la complexité très relative de la technique, il devait être extrêmement simple. Les teinturiers avaient des « corbilles » pour mettre les ingrédients, et en particulier les morceaux de Brésil, ou pour aller porter surtout dans la rivière les résidus des opérations. « waranchure », ou « flaiel » : en outre, des « tonnes », pouvaient servir spécialement au premier de ces deux usages. En vue du fond des manipulations elles-mêmes, on semble distinguer diverses sortes de récipients : les « vaisseaux », employés pour mouiller l'alun et les autres mordants; les « cuves », avec leurs « couvertiaux et keutieux », où se faisait le bouillon préparatoire, également avec l'alun; les « caudieres à fourniel » et leurs « couvercles qui sont jus », dans lesquelles on teignait proprement « laines ou draps ». Comme instruments complémentaires, on connaît les « ballances de fer et les pois », « les cauderons à mances de bos » ou « à porter en se main », évidemment pour transporter les liquides, les « nocs de bos », sortes de gouttières pour les faire couler, les « roueules », d'usage un peu indéterminé ^ les « fourquettes », pour mettre ou retirer les matières à teindre, les « esquielettes pour
1. Le tour pour faire mouvoir la pièce dans le bain de teinture ?
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baignier en le caudiere », et, enfin, les « chevaulx à mettre draps sus ». En 1311, la location d'une maison à usage de teinturerie nous apprend qu'elle contenait quatre cuves de teinture et quatre chaudières, trois « grande » et l'autre « petite » . On conclurait volontiers de cette brève énumération au peu d'importance du matériel.
Les règlements sur la teinture, qui datent presque exclusivement du milieu du xnf siècle, ne sont pas très nombreux. Ils se composent, en somme, de véritables « recettes », contenant le plus souvent la quantité de matière tinctoriale à employer pour une certaine quantité de matière ouvrable, « pierre » de laine ou drap, sans aucune spécification d'espèce dans ce second cas. Les relations numériques précédentes, il faut l'avouer, n'offrent pas un bien grand intérêt, car nous i^jnorons les valeurs relatives dé toutes ces mesures. Une pieire de matière brute, un drap en général, une livre ou une mesure de garance n'ont pas pour nous de significations précises. Et si on ordonne de ne « mettre à cascun boillon » que « 12 pieres de laine au plus », nous ne pouvons guère y voir une fois de |)lus qu'une a|)plication du principe général de « boinie et loiale fabrication » et conclure que l'emploi d'une plus grande quantité de matière ouvrable aurait évidemment entraîné des inconvénients. Mais il reste impossible de préciser davantage et de donner les raisons de ce chiffre et de son usage [)lut6t
DE l'iNDDSTRIE TEXTILE A DODAI. ^9
que d'un nombre supérieur ou inférieur. Le côté le plus évident de toutes ces manipulations était leur simplicité, et leurs auteurs n'avaient en effet, est-il besoin de l'ajouter, aucune connaissance scientifique ; ils étaient j^uidés uniquement par l'usage et par la pratique. Aussi, dans cette partie de la fabrication plus que dans toute autre, la difficulté de comprendre les règlements est souvent beaucoup moins une question technique que philologique.
La teinture comprenait presque forcément trois parties. On devait, semble-t-il, commencer par « rechincher », laver, la matière; les détails mêmes de l'opération nous sont d'ailleurs inconnus. En second lieu se faisait le « bouillon », oîi se mettait, avec la laine ou l'étoffe, le mordant qui les préparait à absorber la drogue colorante proprement dite. Aussi, les industriels qui semblaient ne s'occuper spécialement que de cette partie de la teinture étaient-ils nommés « teinturiers de bouillon » . Le mordant de beaucoup le plus employé était l'alun; suivant un usage assez fréquent, son emploi était interdit a en glace », bien probablement en tranches trop minces, comme un miroir. On utilisait dans des proportions qui paraissaient être infiniment moindres, la « cendre flawerece » ^ et la chaux ; au contraire, le « fuel », qui n'était autre (|ue