‹ Essai sur la technique de l'industrie textile a Douai aux 13e et 14e siècles (1229-1403)Chapitre 3 sur 9 · Provenant de l'incinf ration des bois des pins · texte numérisé non relu

Provenant de l'incinf ration des bois des pins

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l'oseille, était interdit. L'usage d'un mordant en général et de l'alun en particulier était expressément recommandé, car on spécifie vers 1350 (ju'on ne teigne « dras ne laine de nulle couleur ki ne soit boulis d'alun » ; en 1 352, il est cependant l'ait mention de draps « non teints en bouillon », mais la prescription est énoncée sous une l'orme très obscure et n'indique pas les variétés d'étoffes qui entrent dans cette catégorie. L'alun devait être mouillé dans un grand « vaissiel », si bien « k'il n'en i puist nient demourer de sec », en vue sans doute de le mieux dissoudre dans le bouillon proprement dit : il n'est pas en effet supposable, ainsi cjue nous l'avons remarqué, que ce même vaisseau servit ensuite à contenir ce dernier. Ce bouillon lui-même devait être répété : on en mentionne deux successifs, mais le second contenant un quart en moins de mordant.

A l'égard du premier, nous connaissons les quantités maxima de laine et d'alun; seulement, nous l'avons dit, ces chiffres sont pour nous presque sans signification , en raison de notre ignorance de leur relation. On voit cependant (|ue le nombre des livres d'alun varie en proportion inverse de celui des tissus. Si l'on fait « un boullon de cin(i draps », on utilise pour chaque « pierre » deux livres et demie d'alun ; mais, pour un bouillon de quatre draps, la quantité monte à trois livres. Peut-être cette bizarrerie viendrait-elle de ce qu'avec une (|uantité plus grande de matière

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à teindre, le total du mordant restant cependant le même, la fabrication devenait moins soignée; mais il est difficile d'arriver à une explication bien satisfaisante. De l'opération elle-même, nous savons uniciuement qu'au début, quand on n'avait pas encore plongé la laine ou l'étoffe dans le bouillon et qu'elle ne l'avait pas troublé, il formait une « clere aliunée », expression qui se comprend d'elle-même. On ne dit pas quelle était la durée de la manipulation, mais elle se terminait quand la matière ouvrable avait bien « bu » le mordant. La technique de l'emploi de la chaux ou de la cendre nous est inconnue.

Cette préparation, au sens propre du mot, terminée, on exécutait la teinture proprement dite, faite par le « teinturier de waisde », sans doute parce que cet ingrédient était de beaucoup le plus usité. On ne peut guère d'ailleurs qu'énumérer simplement les recettes selon les matières tinctoriales. D'une façon générale, en 1352, il semble que l'on distingue les couleurs unies de celles où il y avait « mellures », des « meslurées », évidemment les couleurs fondamentales. Dans les premières, on fait rentrer le blanc qui, cependant, nous le savons, ne devait être en réalité qu'une absence de coloration, le bleu, le pers, l'azuré, le vert; l'énumération n'a pas, au reste, la prétention d'être complète : il y en a a d'autres » . L'azur et le pers se ramenaient au bleu ; le « vers » n'était qu'un résultat du mélange du bleu et du

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jaune. Il est donc probable (|ue ces couleurs s'obteiiîiient plus ou moins complètement avec le i;uè{ie, et ainsi se trouve justilîée la distinction «générale des teinturiers de bouillon et de pastel.

Mais, n)algi\' l'importance sans doute considérable du i;uède, son usa<;e nous est mal connu. On voit seulement qu'il était utilisé pour la production de la couleur « mourée » : c'était celle du noir violacé. Un bain de guède se trouvait d'abord nécessaire atîn de « blaweter » la laine; il la bleuissait, et on le comprend aisément, puisque le mourée n'était qu'un bleu composite. Ensuite, dans les (|uinze jours au maximum, on faisait un second bain avec le brésil seul ou avec la garance, qui donnaient une couleur rouge, et la résine produisant une teinte jaune : on obtenait du mourée de brésil ou du mourée de garance. De ces deux variétés d'une même couleur, la seconde, si on raisonne par analogie avec les combinaisons de ces mêmes matières tinctoriales entre elles, sans le guède, et que nous examinerons plus loin, devait être d'un violet plus accusé et tirant davantage sur le noir. Avec le guède, le seul autre ingrédient produisant le bleu était la « gaude ». On l'employait aussi en combinaison avec une autre matière non indiquée, peut-être la résine, pour faire du « vert » ; il se distinguait en « vert apriesset » et « vert clerc », le premier étant, par contraste avec le second, |ilus (once.

Pour les couleurs rouges, le brésil ne pouvait

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être employé seul, même avec de la laine qui avait déjà été légèrement teinte en rouge, la « laine rosée », pour laquelle, nous le verrons, la garance était nécessaire, ou la « laine de fuel », ingrédient qui donnait en effet une couleur rougeàtre. Peut-être, dans ces deux cas, ne fallait-il utiliser le brésil qu'après s'être d'abord servi de la garance. Ce n'était pas seulement une prescription générale, mais on paraissait mélanger ces deux matières en vue d'obtenir trois sortes de couleurs rouges : le roux, le rouge et le vermeil. A chacune d'elles, la quantité de la garance augmentait considérablement par rapport à celle du brésil ; ces changements montrent donc que plus la couleur était accusée, plus la quantité de garance devenait considérable, parce que cet ingrédient amenait une coloration plus tranchée que celle du brésil. Le même mélange fondamental était utilisé pour le violet, mais avec l'adjonction de la résine. Nous avons déjà vu l'emploi du brésil et de la garance en vue de la couleur mourée, et on remarquera à ce propos que la distinction entre le rose, le roux et le vermeil, et même le violet et le mourée, était due à l'absence ou à l'emploi du guède. Tels étaient les usages du brésil utilisé seul ou combiné avec la garance. Celle-ci même était employée non seulement dans les cas que nous venons d'énumérer, mais au moins quelquefois pour la coloration d'une étoffe assez répandue à Douai, la « bru-

nette » ; elle pouvait être au reste de plusieurs couleurs, (|uoi(|ue i;énérnlenient plutôt noire ou violacée. Eiitiu, comme dernier ingrédient produisant le rou»e doit se mentionner la « graine » ou « ecarlate » ; malheureusement, elle n'est indiquée (|ue par hasard, sans (|ue l'on possède aucun détail sur elle, mal<;ré la réputation des « écarlates » de Douai. Il existait en particulier des « écarlates vermeilles ».

Ces divers mélan<^es et colorations n'étaient évidemment pas les seuls, et si, pour les premiers, nous ne saurions énumérer (jue les précédents, nous connaissons encore d'autres couleurs' dont, à vrai dire, rorijj,ine techni(|ue ne nous est pas spécifiée. Gomme teintes Menés, nous avons déjà mentionné le bleu et l'azuié; on peut y ajouter le pers. Il existe d'assez l'ré(|uentes mentions de «' dras cains », dont une variété étaient les « draps kains de Heurs de veces ». II y avait des draps noirs, et en particuliei' les « brunettes ». Une dernière couleur, {|ui paraissait èti'e assez répandue, était la couleur « d'escorc( bu, suivant une autre mention, de « bois »; ce ne pouvait qu'être la coloration de racine ou de noisette, ol)tenue, croirait-on, avec la résine : en 1390, sans motif apparent, elle l'ut interdite.

Si nous connaissons quelque peu les combinaisons de teintures, nous ignorons tout à fait la fabrication elle-même. Au reste, nous l'avons dil, l'absence d'indications serait une preuve indirecle

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possible de l'extrême simplicité des manipulations. On mettait dans la chaudièi^e des quantités déterminées d'ingrédients, parmi lesquels le brésil tout au moins avait dû être préalablement « mouillie »; on ajoutait de l'eau, et, une fois le bain en ébullition, on y plongeait, en quantités également spécifiées, la matière à teindre, qui y était laissée un temps donné, que la pratique avait fait reconnaître comme étant à la fois nécessaire et suffisant. C'est ainsi qu'en vue de faire le mouret ou le violet de garance, on plongeait successivement la laine ou le drap dans la garance, puis dans le brésil, et on les laissait « bien boire » l'un et l'autre ingrédients; du brésil, en particulier, ils devaient être bien « soelés », rassasiés, imbibés. La résine, « se mettre li vœult-on », avait une manipulation inconnue, qu'elle fût simultanée à celle des deux autres matières ou postérieure. L'opération terminée, il restait au-dessus du bain une « clere », qui était, bien entendu, la partie liquide, tandis qu'au fond de la chaudière tombait la partie solide; naturellement, on la « giette en l'yauwe ».

En vue d'une bonne fabrication, on ne devait teindre qu'une certaine quantité de matière à la fois et par jour. Dans un but semblable, il était interdit d'utiliser pour la teinture les « retours de dras », sans doute le bain déjà employé, ou plus spécialement peut-être les restes des matières tinctoriales; amplifiant cet ordre, on défen-

dait de teindre les laines mourées ou vermeilles dans les quarante jours suivant la teinture des draps. Ces deux mesures paraissaient être connexes. On peut supposer avec apparence de raison que les laines, par leur contexture, s'imbibant plus facilement que les tissus des « estoffes » dont on voulait les colorer, beaucoup de fabricants n'hésitaient pas à faire servir successivement le même bain pour les teintures de la matière ouvrée, puis de la matière brute.

La teinture terminée, la laine allait à l'ourdissage, le drap aux dernières opérations de l'apprêt ou même à la vente.

L'ourdissajjje, qui doitnaturellementêtred'abord étudié, est, en raison de son importance, fréquemment mentionné, mais il n'est jamais décrit, et nous ignorons en somme sa technique. On énonce simplement à son sujet l'emploi de « le claviere » , instrument d'une longueur déterminée, et on interdit à l'ourdeur d'en « oster hors » l'étoffe, « s'il n'i a ourdit plainement le muisson et le droit conte ». Le nom de cet objet ferait d'abord croire qu'il y entrait des clous qu'on supposerait volontiers être implantés sur une barre rigide. Or, si le « muisson » s'applique dans l'ensemble aux dimensions quelconcjues de l'étoffe en long comme en large, le « compte » , presque toujours au moins, concerne proprement la quantité de fils de la chaîne, dont le nombre détermine

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(l'une lïu'on directe la larj^eur du tissu : les étoffes ont tant de centaines de fils d'ourdures. C'est donc à ces clous qu'on devait attacher ces fils ou plus généralement les portées, désignées bien probablement sous le terme de « loiens », et qui, les uns ou les autres, constituaient la chaîne, afin de mettre cette dernière en état d'être montée sur le métier; en effet, l'ourdissage, on ne l'ignore pas, n'est pas autre chose. Cette hypothèse est, sinon certaine, au moins admissible sans inconvénients trop graves.

Si l'exécution même de l'ourdissage nous est très peu coimue, nous sommes mieux informés de certaines questions importantes qui en font partie. Telle est tout d'abord la composition de la chaîne et, il est préférable, sinon nécessaire, d'en parler en même temps, de la trame. De la façon la plus générale, on spécifie qu'il ne faut pas faire « covreture », ni sans doute les étoffes quelconques, « de plus d'une manière de filés ». C'est évidemment dans le même sens qu'on interdit de fabriquer des draps avec une chaîne de laine et une trame de flocon; laine et flocon ne pouvaient que s'opposer entre eux. En d'autres termes, on ordonne que chacun des deux éléments de l'étoffe soit identique à l'autre par son origine et par sa nature, afin que toute cette étoffe soit de composition unique; si l'on préfère, on ne saurait employer pour un tissu des laines différentes. Mais sans être toujours aussi absolu, on spécifie

«assez fréquemment, et il est possible (|ue cette prescription revienne au fond à la précédente, que la chaine et la trame, chacune dans leur genre, soient « tout un », que « li bonge de filet soient tout un », et plus spécialement qu'on ne vende pas « houpe qui ne soit tout un j>. C'est ce que l'on exprime probablement aussi, et en particulier pour la chaîne, en disant que « li estains soit porsivant », le même « el dos k'en le lissiere » ; il ne devait pas être dissemblable. En fin de compte, remarque-t-on cette fois pour des étoffes mêmes, « que les blans dras soient d'une tramme et d'un estain », c'est-à-dire d'une seule qualité de trame et d'une seule qualité de chaîne; Tune et l'autre partie ne doivent pas être chacune de plus d'une espèce ou composition. 11 n'en résulte peut-être pas forcément que leurs origines ne présentent absolument aucune différence, bien qu'en tout cas la distinction, si elle a lieu, par suite de la première prescription citée plus haut, reste très minime; il s'agit uniquement de leurs constitutions séparées. En résumé, on interdit toute diversité essentielle entre la chaîne et la trame, toute diversité relative dans leurs natures respectives.

Mais il s'agit là uniquement d'une origine et non d'une manipulation delà matière brute. Chaîne et trame, avons-nous dit, et si mal informés que nous puissions être de cette question, n'avaient pas à priori le même but technique, et, par suite,

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en principe, ne subissaient pas les mêmes transformations, comme après l'achèvement de celles-ci elles ne se trouvaient pas dans le même état. Par conséquent, dans l'ourdissage, on devait en principe encore préparer la chaîne et la trame avec du fil qui avait été spécialement manipulé pour constituer chacune de ces parties; c'est ce qu'on exprime en disant qu'il est interdit « d'ourdir la trainme » dans les draps et dans les couvertures, c'est-à-dire de la mettre en chaîne; il est probable que l'inverse est également défendu. Rien donc ne parait être moins douteux que cette séparation. Mais, en fait, elle ne semble pas toujours exister, et la chaîne et la trame influent l'une sur l'autre de diverses façons, ont des rapports différents*. Il peut être expressément interdit de « sackier », de tirer l'estain de la trame. C'est le principe général que nous venons d'énoncer; il n'est stipulé en particulier que pour les « saies » . Seulement, à cet ordre absolu, il existait des exceptions, bien que le fait seul qu'elles fussent mentionnées avec ce sens montre bien qu'elles ne pouvaient être considérées que comme des tolérances à cette même règle fondamentale. Aussi, en énonçant par exemple qu'on peut « ourdir trainme » , c'est-à-dire mettre de la trame dans la chaîne, ajoute-t-on qu'on ne saurait le faire qu'avec l'autorisation des esgardeurs, et encore

1. Pour les conséquences pratiques entraînant des variétés d'étoffes, voy. plus loin la seconde partie.

ceux-ci ne peuvent-ils la donner (|ue selon des proportions à la fois déterminées et limitées, pour le dernier drap de la série à confectionner et poui' une certaine quantité de fils seulement. Cette liberté partielle de tirer la chaine de la trame existe pour certains draps en particulier; on s'en sert, « se on vielt », dit-on, expression qui, de nouveau, indique clairement qu'il s'agissait d'une simple facilité. l\ien ne le prouve mieux encore (|ue le fait qu'un même *^enre de draps était divisible en deux espèces, dans lesquelles on usait ou non de cette liberté. Aussi, dans le second cas, l'étain devait-il être « porsivant » ; on n'avait pas le droit d'employer dans la chaine de la même étoffe de l'étain et de la trame tout à la fois; il ne fallait pas, à certains endroits, « tirer » le premier de la seconde et, à d'autres, ne pas le faire; on était obligé de choisir. Dans d'autres cas, entin, la ("acuité précédente devenait une ol>ligation; il fallait « sackier la chaîne », et ainsi tout le tissu était-il composé en fîl de trame.

Inversement, bien que cette question regarde maintenant plutôt le tissage (|ue l'ourdissage, la trame est, à son tour, d'une façon facultative ou obligatoire, « sackiee de la chaîne ». Dans les étoffes où il est seulement loisible d'exécutei* l'opération contraire, c'est-à-dire de tirer la chaine de la trame, si cette dernière manque et (|ue l'on ait de « l'estain desenés,... trais de la tramme », — au l'oiid de la trame, — on peut utiliser celte

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