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matière, mais selon des conditions déjà spécifiées, pour la dernière étofTe de la série à confectionner et en des quantités limitées seulement; ainsi ce tissu finit par être composé en grande partie de trame. En outre, pour les draps où « l'estain » sort obligatoirement de la trame, si cette trame fait défaut, on possède également le droit de la remplacer par de la chaîne, mais ce n'est qu'un pis aller, puisqu'autrement une telle liberté serait en contradiction avec la règle absolue dont nous parlons. Dans d'autres draps enfin, la trame doit au contraire forcément être « tirée » de la chaîne ; ces étoffes sont donc entièrement composées d'étain.
Toutes ces différences de traitement, il faut l'avouer, ne s'expliquent pas toujours avec une clarté parfaite, d'autant mieux que les divers règlements ne concordent pas absolument entre eux. On se représente surtout assez mal le motif pour lequel « le tirage » de la chaîne de la trame était tantôt facultatif, tantôt obligatoire. En fait, bien que, on le verra, nous connaissions les diverses espèces de draps auxquelles ces prescriptions distinctes s'appliquaient, on peut seulement admettre que l'existence ou l'absence de teinture parait avoir joué un rôle dans ces variétés de la technique, sans doute en raison de l'influence que des ingrédients mordants ou colorants exerçaient sur les fils. On s'explique mieux au contraire que les étoffes dans lescjuclles la trame
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devait être « extraite » de l'étain fussent considérées comme des tissus supérieurs à ceux où une telle provenance était seulement facultative; cette seconde partie de l'étoffe se trouvant évidemment considérée comme de meilleures composition et t'ahrication (|ue la première, on ordonnait alors (jue toute l'étoffe fût tissée en fil de cette nature.
En 1403, d'ailleurs, on parait avoir supprimé toutes ces règles suivies quelquefois de restrictions; on décida, en effet, (|ue la draperie devait être faite « de tel traime, tel estain saquie l'un de l'autre » ; on pouvait donc employer indifféremment pour les deux parties de la matière ouvrée chaque élément ouvrable, quelle que fût, semblet-il, l'espèce du drap.
Le choix des laines une fois terminé, il était nécessaire que les fils eussent les dimensions voulues et fussent en nombre déterminé, correspondant exactement en somme aux dimensions de l'étoffe, tant en longueur qu'en largeur. Les deux questions étaient en effet absolument liées l'une à l'autre, puisque la longueur des fils amenait celle du drap et que leur noujbre total entraînait sa largeur. De ce second côté, il faut, dit-on, que les tissus aient « tant de fils de compte d'ourdure » ou soient « ou compte de tant de fils » . Le nombre de ces derniers est toujours exprimé en centaines, qui paraissent varier de 1200 à 1960. Il n'est pas fait mention de portées, mais ce que l'on appelle les « loiens », nous l'avons dit, ne devaient pas
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être autre chose. En 1250, on ordonne par exemple d'ourdir les draps blancs à « 10 loiens, 40 fils mains », et l'on ajoute : « c'est xxS 40 fils mains », soit bien entendu i960 fils; chaque « loiens », nous le savons par ailleurs, avait en effet 200 fils, et le dernier 160 seulement. Les « couvertures » contenaient 8 loiens ou 1600 fils. Ce sont les deux seuls exemples que nous possédons au sujet des portées. Il va de soi qu'en thèse générale, plus la chaîne avait de fils pour une même largeur d'étoffe, plus la qualité tissée était supérieure. En second lieu, la longueur s'exprime très fréquemment en tant « d'aunes de fil en ourdure ». L'ourdissage se trouvait donc à la base des dimensions des étoffes, et il jouait dans cette partie un rôle aussi essentiel que pour leur nature même.
Il était, bien entendu, suivi du tissage. Tout d'abord, nous n'avons guère de détails sur le métier. On l'appelait « l'ostille », et presque toujours les tisserands parlent de leur « viese ostille avec tous ses harnas là ù on tist langes-dras », comme s'il s'agissait d'un héritage très vénérable, mais ils se gardent tout à t'ait de nous décrire ce « harnas » lui-même, (jui leur paraissait évidemment bien connu de toutes les générations. On devait fabriquer dans la ville les métiers ou les importer. Mais si l'on en excepte une partie nommée le « costeres », qu'on ne saurait définir, et « l'anseule, d'entour laquelle on desvolepe drap »,
et qui est sans aucun doute la petite ensouple, l'ensoupleau de devant, il n'est jamais question que des « ros », des « lames » et des « lices ». Ces trois parties semblaient confectionnées par des fabricants spéciaux, et l'on voit les tisserands acheter les premières et louer les autres, qu'ils redonnaient peut-éti'e à l'artisan après usure pour qu'il les réparât. Des « ros », nous ne savons rien en somme, mais il n'y a pas de doute, d'après cette dénomination, qu'elles ne fussent ce (ju'elles ont toujours été dans le métier : de petits morceaux de roseaux très minces, attachés à deux rè<^les de bois et constituant avec elles une sorte de châssis; c'est dans les ouvertures ainsi formées (ju'on faisait passer les fils de la chaine. Cet ensemble devait être fixé dans cet élément du métier qu'on appelait la chasse et avec lequel, indicjuent souvent les règlements, il faut « ferir », frapper la trame. La « lame », placée évidemment entre la petite ensouple et le rot^ ne pouvait qu'être composée des « lices ». Celles-ci, dit-on, se trouvaient formées uni(|uement de « lices », à l'exclusion « d'estain », probablement de ticelles sans aucun métal. C'étaient, on le sait, de petites cordelettes avec une petite boucle au milieu, et l'on peut supposer que, pour cette dernière, l'anneau en lin ou en chanvre était moins dur qu'un anneau métallique et abnnait moins les lils. Il