‹ Essai sur la technique de l'industrie textile a Douai aux 13e et 14e siècles (1229-1403)Chapitre 5 sur 9 · Ce n'esl autre, bien entendu, que la châsse · texte numérisé non relu

Ce n'esl autre, bien entendu, que la châsse

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existait au reste plusieurs sortes de lices, soit, par ordre décroissant de valeur vénale, celles des draps, des biffes et des buriaux; ces tissus devant être eux-mêmes de plus en plus communs, on admettrait volontiers que les lices employées pour chacun d'eux avaient une fabrication de moins en moins soignée, sans que l'on puisse cependant préciser la différence. En tout cas, ces petits instruments, pour être utilisables, devaient valoir un prix donné. Telles sont les rares indications que l'on possède sur l'ostille, et elles offrent, pourrait-on dire, ce double inconvénient d'être non seulement très brèves, mais en quelque sorte peu originales. Elles ne nous apprennent rien qui ne nous soit connu à une époque plus moderne, et peut-être ce manque d'originalité confirmerait-il une absence au moins relative de différences entre le métier du xiif et celui du xviii^ siècle.

Sur la fabrication elle-même, les détails ne sont pas également très nombreux. Le « drapier » envoie au tisserand un poids déterminé de chaîne et de trame pour chaque drap; le petit pati-on jure même qu'il n'en recevra pas moins, qu'il aura « toute se trame aparellie » dans sa maison et qu'il l'emploiera tout entière. Ces diverses prescriptions étaient nécessaires, puisque l'on spécifiait que le poids de la matière brute devrait se retrouver dans celui de la matière ouvrée (|ue le tisserand rendrait. En particulier, le poids, sinon de la chaîne, du moins de la trame, variait selon

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la teinture du fil; il était un peu plus élevé pour les draps « cains » que pour ceux qui étaient teints en ^uède ou n'étaient pas teints du tout, c'est-à-dire pour les blancs; évidemment, la même quantité de matière se trouvait utilisée, mais la matière teintoriale alourdissait selon des conditions diflcrentes. En outre, on donnait un peu moins de poids de trame en été qu'en hiver, peutêtre parce qu'une égale quantité de matière ouvrable pesait davantage pendant la partie de l'année pluvieuse et humide. Le commencement du tissage même était interdit avant que « li plains comptes sera ourdis ». Le tisserand devait donc s'en assurer; d'ailleurs, le nombre fixé des fils n'était pas absolument rigoureux, et on indiquait quelquefois qu'il pouvait varier d'une centaine. De même, et c'en était la conséquence, les draps ont tant « de quartiers de let à trois ros près », c'est-à-dire que, puisque les fils de la chaîne doivent se croiser deux par deux dans chaque rot, leur nombre peut varier de six au maximum ; il est modifiable au besoin davantage, car nous voyons, à propos d'un genre de draps, qu'on a à passer « li troi fil en ros », sans doute par chaque rot.

L'ourdissage vérifié, le tisserand devait « mettre » son œuvre sur l'ostille; évidemment, il montait la chaîne sur le métier. Elle n'était pas nouée directement sur la petite ensouple : en effet, comme l'étoile commence à se tisser non pas à l'origine

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même de la chaîne, mais au rot, parce que c'est avec le dernier que l'on « frappe » la trame contre la chaîne, toute la longueur des fils depuis le rot jusqu'à la petite ensouple serait perdue. Aussi a-t-on des fils qui, partant du rouleau en question et passant par les rots, sont « oints et entraiés » dans les lames, et là on les « noait » à chaque fil de la chaine ; ces fils qu'on ne changeait pas, mais qui taisaient partie en somme du « harnas » du métier, étaient proljablement ce qu'on appelait aussi dans ce cas « les piesnes ». De là l'expression, qui se comprend aisément, « d'ourdir draps en un piesne », en somme d'attacher la chaîne au piesne, de la disposer sur le métier. On ourdit deux demi-draps en un même piesne, parce que ces deux moitiés d'étoffe se suivent au bout l'une de l'autre.

Le métier mis en marche, l'essentiel était qu'il « ferît », qu'il battît bien. Le tisserand jurait de « férir toute ens » la trame qui lui avait été envoyée, naturellement, avec la châsse dans laquelle étaient les ros, de bien battre la trame contre la chaîne. De même, pour certains draps, était-il ordoiiné qu'on devait, après avoir « adouchie » la trame, la « férir en sec estain ». Si les tisserands ne « frappaient » pas bien, en d'autres termes s'ils n'employaient pas toute leur trame, les esgardeurs leur commandaient de « tisser miols et plus fort » et d'employer toute la matière nécessaire à la confection d'un drap « boin et

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loial » . On devait tisser sans « double » , peut-être sans fils mal divisés qui pouvaient être doubles dans un rot, et aussi « sans dent, sans crankeil- 1er, sans fil rompu » ; ces expressions se comprennent d'elles-mêmes et sont probablement équivalentes, puist|u'un fi! i^ompu, s'il était renoué, amenait plus ou moins un nœud c|ui lormait une dent. Et ainsi le métier continuait à « ferir », et le tisserand à « voire » évidemment à enrouler rétoiïe autour de la petite ensouplc. Quand toute la trame était employée, ou, si Ton préfère, quaml le drap avait atteint la longueur voulue, on cessait de battre et on « desvolepait drap d'autour l'enseule » ; on déroulait sans doute de Tensoupleau le tissu, qui, finalement, en « queoit », en tombait.

L'étoffe, une fois achevée, devait avoir des dimensions déterminées de tant « d'aunes de lonc » et de tant d'aunes également, ou de quartiers, « de let », La largeur pouvait s'exprimer quelquefois aussi, d'après le nombre des unités de mesure, en lames et beaucoup plus souvent en ros, « à trois ros près », disait-on, « à trois ros desous, trois ros deseure ». En principe, selon les trois genres essentiels des tissus, l'étoffe s'appelait un « drap », une « tiretaine » ou une « toile », mais des plus naturellement, il se rencontrait beaucoup d'autix's noms spéciaux d'après les variétés des sous-genres ou des espèces. L'étoffe portait aussi la dénomirjation de « pièce »,

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quoique ce terme, ou le verra, eût également la signification de partie du drap sans dimensions déterminées, ou de drap plus petit à dimensions fixées, et, dans les deux cas, surtout dans le sens de la longueur. Il existait aussi des demidraps, qui avaient bien entendu la moitié de la longueur des ordinaires, mais pouvaient être accolés par leur extrémité deux à deux, à condition qu'ils fussent séparés par une « entrebatte », de nature d'ailleurs inconnue. L'étoffe, ou tout au moins les tissus de pure laine et les tissus mixtes, les toiles, on le sait, n'étant pas connues, présentaient différentes parties. Il y avait forcément « l'endroit » et « l'enviers ». Dans le sens de la longueur, le « kief » était le bout, et en effet on disait a de kief" en kief » ; le « darrain kief » était probablement la fin du drap, le bout tissé en dernier. Le « moilon » n'a pas besoin d'être défini. Dans le sens de la largeur, le « dos » correspondait évidemment au milieu encore; le « les » au côté oii se trouvait la lisière; peut-être les termes de « premerain et de dserrain cors » du drap n'avaient-ils pas d'autre signification, mais on ne saurait exactement préciser. Le « coron » était le coin.

Plus importante apparaissait la « lisière », dont le nom se comprend aisément. Cependant, elle ne constituait pas, à proprement parler, une partie distincte de l'étoffe; c'était simplement, semblet-il, les deux bords latéraux qui s'opposaient au

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dos. Mais elle pouvait elle-même renfermer un élément spécial, nommé le « listel », qui paraissait bien correspondre à la lisière actuelle; on mettait « listiel à une lisière », observe-t-on, et, par suite, on n'en plaçait pas toujours. Ce dernier cas semblait être un signe de fabrication inférieure, puisque, de cette façon, l'étolfe n'était pas maintenue latéralement. Lorsque ce listel existait, il était assez variable; il pouvait ne se trouver qu'à un bout, être de forme ou de couleur difféi'entes, en vue de distinguer les diverses espèces d'un même genre de drap. On n'avait donc pas la faculté de mettre ou non cette partie, ni, en cas de nécessité, de la faire à sa fantaisie. Une autre forme devait en être « l'oriere » ; elle existait également ou non, et, dans la première hypothèse, avait des formes diverses (jui servaient de nouveau à distinguer les étoiles , Comme elle s'étendait, à l'exemple de l'élément précédent, sur toute la longueur du tissu, elle était aussi un résultat de l'ourdissage, mais nous ne saurions préciser davantage sa nature et sa fabrication.

L'étoffe était tissée, il restait alors à l'apprêter; mais, sur ce point, on ne se rend pas toujours un compte exact de la succession des diverses opérations de l'apprêt, d'autant plus que le foulage et le lainage et même une partie du tondage paraissent avoir été exécutés par les ?iiêmes travailleurs.

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Quoi qu'il en soit, on admettrait volontiers que la première opération était le foulage, travail réservé aux pareurs. Les instruments nécessaires ne nous sont guère connus. En 13121, dans la location d'une « foulerie », on parle d'une « caudiere de l'ouloiiet » et des « vasiaux en quoi on foule ». Par ailleurs sont encore mentionnés des « vaisseaux grand et petit » , ce dernier utilisable uniquement pour les « pièces » ; il est enfin question de « tronc de foulon » et en particulier de « maistre tronc ». Mais certaines de ces expressions sont synonymes évidemment. Les vaisseaux ne pouvaient être que des sortes de cuves creusées, suivant l'usage, dans des troncs d'arbres et dans lesquelles se foulait la matière ouvrable; quant au « maistre tronc », sa signification précise et sa différence avec les troncs ordinaires ne sauraient se préciser exactement : peut-être existait-il entre eux la même distinction d'emploi qu'entre les vaisseaux grands et petits. Les chaudières servaient à faire chauffer l'eau indispensable aux opérations ; on interdit en effet aux foulons « de jeter leurs cendres de torbes en la rivière ». Quant au mode de foulage, qui, en principe, on le sait, pouvait être manuel ou mécanique, le premier système était sans doute usité, car les travailleurs ne devaient pas, avant que la cloche du travail n'eût sonné, « entrer ou vaissel pour esbrouer » ou « fouller ». On employait diverses matières dégraissantes, telles (|ue « le

gruiuel », sorte de saindoux provenant de la poitrine de bœuf, le « bure » et la terre. Cette dernière, pour être utilisable, était soumise à une manipulation préparatoire; on « l'espuisait », on la débarrassait de tous les graviers, on « Taelarissait » en la délayant dans de l'eau, et on y prenait ainsi tout ce qui était bon et utile. A ces ingrédients solides s'ajoutait de l'eau chaude. Mais la lie devin, l'urine, le sable, la chaux étaient interdits, évidemment comme détruisant ou mangeant l'étoffe.

Quand le drap arrivait, afin de distinguer sa provenance « personnelle », on lui attachait à un coin une « enseigne », dont la forme générale n'est pas donnée, mais qui variait naturellement suivant l'origine des étoffes. Le foulage même comprenait en somme trois opérations distinctes : le dégraissage, le foulage proprement dit et le lavage ou « esbrouage » , car il ne semble pas que les deux derniers termes inditjuent une double manipulation. Nous n'avons du reste aucune indication |)récise sur la nature ou plutôt sur la suite de chacune d'elles. On dégraissait sans doute avec les ingrédients énumérés et successivement avec chacun d'eux, puis on foulait et on « levait » les draps entre cha([ue opération partielle. Il est possible (ju'on se servit d'al)ord du « grumel », ou tout au moins était-il reconunandé de l'employer avant le beurre (|u'il aurait pu corrompre. La quantité du premier ingrédient variait selon

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qu'il s'agissait de draps et de tiretaines, était moins considérai )le pour le second genre de tissus et changeait également selon la couleur des étoffes; pour les draps blancs seuls, l'opération était inutile, puisqu'ils n'avaient pas subi l'épreuve d'une matière tinctoriale. Avec la terre enfin, on « atierait », on nettoyait et on feutrait tout à la fois l'étoffe. On peut conjecturer que le travail se terminait par un dernier « esbrouage » , peut-être à l'eau claire de rivière, indépendant des lavages partiels précédents. Suivant non seulement la qualité, mais, dans chacune, la dimension du drap, la durée du foulage variait, d'après l'ordonnance de 1403, de un à trois jours.

Les foulons, nous l'avons dit, se chargeaient également de « parer » ou de « laner » les draps. Ils utilisaient pour cet objet comme toujours les « cardons » ou chardons, et, suivant l'usage encore, ils ne devaient pas en prendre des « nuef », mais des « malvais », qui, ayant déjà servis, étaient plus doux. On « forbatait », probablement on frottait plutôt qu'on ne battait le tissu, on le « conreeait », on le mettait en état, trois fois au moins à l'endroit, au xiii" siècle; chaque passage du chardon était sans doute ce que l'on appelait un « trait » . Comme l'opération était accomplie par deux ouvriers et qu'ils paraissaient changer de place deux fois, de façon à égaliser le travail pour chaque moitié de l'étoffe, chacune aurait donc reçu neuf « traits » ; mais il est

impossible d'arriver sur ce point à une précision complète. De plus, on semble avoir répété les mêmes manipulations sur « l'envers » du tissu, qui était « enversé ». A la fin du xiv*^ siècle, il est prescrit simplement de « laner de quatre boins traits ». Cette façon *;énérale donnée, on « repérait bien à broke » ; on recommençait l'opération en détail, ou peut-être plus simplement on revisait soifjfneusement l'étoffe sans pour cela la laner, et l'on en corrigeait les défauts, d'ailleurs dans des conditions que nous ne connaissons pas et que nous ne pouvons même pas supposer avec quelque précision. Quoi qu'il en soit, ainsi qu'on l'avait ordonné pour le foulajjje, des durées rigoureusement déterminées étaient assignées au lanage des draps proprement dits, à l'exclusion bien entendu des tiretaines ou des toiles. Suivant cette fois leurs prix, elles variaient entre deux et trois jours; si cependant le premier laps de temps était insuffisant, on pouvait prendre le second, mais « si doit-on bien faire » sa besogne.

En troisième lieu, ce même foulon-pareur devait avoir des « forces », des ciseaux pour tondre. On sait seulement que ces instruments avaient un « aniel », destiné sans doute à réunir et à maintenir les deux branches. Quand l'outil ne coupait plus suffisamment, des « esmoleurs » étaient chargés de l'aiguiser. Ces forces servaient à « bertauder et à enverser les étoffes », à les tondre à l'endroit et à l'envers avant qu'elles n'aillent aux

lices, au tendage. Cette prescription est donnée d'une façon aussi claire que possible, et il n'est donc pas douteux qu'un premier tondage ne précédât le tendage. Ainsi l'atelier du pareur apparaissait comme un centre technique important, puisque tout à la l'ois on y foulait, on y parait et on y tondait.

L'étoffe partait ensuite aux « lices » . C'était là que se faisait le tendage ou ramage destiné, on le sait, à donner aux tissus les dimensions nécessaires. Les endroits servant aux fonctionnements de ces appareils s'appelaient des « cors », sans doute parce que la dimension de la machinerie obligeait à la mettre en plein air. Quelques détails nous ont été conservés au sujet de ces lices. Elles comprenaient d'abord des « esteulx », des poteaux fichés en terre, qui formaient évidemment une sorte de cadre ou quadrilatère. Il n'y a guère de doute que ce soit à cette partie du matériel que se rapportent ces esteulx; en effet, comme ils devaient se pourrir à la longue dans la terre, il fallait les « desfouyr » et les « retourner chou desous deseure », puis les « recaperonner », leur remettre une sorte de chaperon en cuir ou en métal (|ui empêchait la pluie de les abimer. La terre était recouverte d'un « planquier ». Sur les esteulx mêmes se trouvaient disposées ce que l'on appelait proprement les « liches », sans doute les barres immobiles ou mobiles auxquelles on attachait les tissus pour les tirer. Elles étaient garnies de

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a clous », qui ne pouvaient servir ({u'à fixer les étoffes. On mentionne également les « polies », les « mouliniauls » et les « roilles ». Les premières et les secondes, qui ne se rencontrent d'ailleurs pas dans les mêmes textes, formaient sans doute les mêmes parties de l'appareil; les derniers éléments étaient des roues. Ce n'est pas (jue l'utilité de ces divers instruments soit toujours absolument reconnaissable. Les poulies pouvaient être « ostées », déplacées; c'est qu'évidemment elles étaient mobiles; peut-être les mettait-on sur les liches mobiles, qui devaient être latéralement les dernières ou lon<;itudinalement les plus hautes, et cette position plus ou moins « en l'air » leur conviendrait technic|uement assez bien; les « roiles » au contraire auraient, par opposition aux précédents instruments, accompai^né les liches non déplaçables; ce devaient être des sortes de tourniquets à leviers. Il est d'ailleurs possible que les trois termes en question ne désignent simplement (|u'un seul et unique instrument.

La manipulation même nous est inconnue.

Néanmoins, on devait évidemment attacher les étoffes, soit par les deux bouts, soit par les lisières, aux clous des liches, suivant qu'on voulait tendre la « muisson du drap de lonc » ou « de leit » ; on mettait ensuite la barre mobile à l'extrémité actuelle du drap, et, au moyen de la roue, on faisait tourner cette liche par un mouvement (jui amenait l'étoffe à a la muisson » voulue. Dans le

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tendage comme dans l'om^dissage et le tissage, les dimensions de chaque genre ou espèce d'étoffe étaient expressément fixées. On ne devait pas tendre « en plus grant longheur et largheur » qu'il ne fallait, mais, inversement, s'il était impossible de tendre le tissu « à droite muisson », c'est que naturellement sa fabrication avait été mauvaise.

Mais le tendage n'avait pas pour but exclusif, en quelque sorte, de « tendre » l'étoffe. Pendant que cette dernière était sur la lice, on la « raplanissait d'un bon trait à Testai al mains sans traîner le cardon », une seule fois par conséquent et de pied ferme. Comme le tissu se trouvait en effet très tiré, on pouvait, au moyen du passage du chardon, en effacer tous les plis. Ce n'est que lorsqu'il devenait « bien sec et bien raplanis » (ju'on pouvait « l'oster de le lice » ; le séchage était une condition indispensable, et ensuite on interdisait absolument « d'esproer », d'asperger et de mouiller le tissu.

Était-ce à cette opération de « parlaner » qu'était identique celle de « monforter »? On ne saurait définir exactement cette nouvelle manipulation, dont les textes parlent très rarement, mais cependant sous une forme qui semble en faire une partie de l'apprêt postérieure au tendage. On a de même une uni({ue mention des « esbouresses », sans aucun renseignement explicatif; peut-être étaient-elles chargées d'ôterles nœuds des étoffes.

Quoi qu'il en soit, le tenda^e était certainement suivi du londage. C(î dernier paraissait se composer de trois manipulations partielles : le tondaf;e proprement dit, le cotonnade, auquel s'ajoutait probablement l'appareillage. Le « tondeur de *^rans forces », ainsi nommé des instruments dont il se servait et que nous avons déjà mentionnés, exécutait un double travail : avec ses ciseaux, il tondait le drap à l'endroit et « l'enversait » à l'envers et deux fois au plus. De plus, il « l'espinçait » avec de petites pinces; sans doute, il en enlevait les nœuds et autres légers défauts. Peutêtre était-ce la première opération (jui amenait les draps à être « retraits » , sans que l'on puisse définir bien clairement cet état technique, dont la nécessité est seulement énoncée plusieurs fois avant la mise des tissus en vente; on peut supposer que l'étoffe, débarrassée des poils trop longs de la surface, avait moins d'épaisseur et était comme « retirée », repliée sur elle-même, bref rétrécie. En tout cas, il était possible que le tondage iùt suivi du « cotonnage ». Cette opération, sur laquelle on n'a aucun détail, consistait évidemment à donner à l'étoffe un aspect floconneux analogue à celui du coton. Ces deux manipulations paraissaient un peu s'opposer l'une à l'autre, et la seconde détruire la première ; on n'aurait cependant pas compris qu'elle la précédât, car elle aurait fait justement double emploi, semble-t-il, avec le lainage. Mais il reste possible que le colon-

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