II. Techniques PAirncuLiÈREs
Il n'existait naturellement pas qu'une l'orme d'étoffes, et nous avons déjà signalé au lur et à mesure (|uelques-unes des causes de différences.
DE L INDUSTRIE TEXTILE A DOUAI, Ti I
A priori, on peut reconnaître trois causes de distinctions. Tout d'abord, la matière première était dans sa nature la plus générale, sans égard à des variations secondaires, absolument différentes. En second lieu, une même matière présentait, au contraire, des qualités diverses. Enfin, cette même matière encore pouvait subir des manipulations dissemblables. La première et la seconde classe étaient en somme très comparables l'une à l'autre, et en réalité même la première n'existait pas, ou n'avait qu'une valeur de principe, de classement en quelque sorte : il n'y avait pas la laine, le lin, le chanvre, mais relativement des laines, des lins présentant, dans chaque catégorie, par rapport les uns aux autres, telles qualités distinctes. Gomme ces laines et ces lins n'en constituaient pas moins foncièrement et à priori des matières premières différentes entre elles, la première série avait cependant sa raison d'être. Mais, avec la seconde, elle se séparait nettement de la troisième. D'un côté, la nature de la matière se trouvait plus ou moins directement affectée; de l'autre, son usage entrait exclusivement en jeu. En d'autres termes, c'était son état brut ou presque absolument qui causait la distinction, de l'autre c'était l'état de transformation. Successivement, il s'auissait d'une opposition de fond et d'une simple séparation de forme. Bref, il existait des genres qui se séparaient en sous-genres, et les uns et les autres se subdivisaient à leur toui' en espèces.
Ces trois variétés avaient, on s'en rend compte aisément, des valeurs décroissantes comme qualités, mais elles acc|uéraient des importances croissantes comme quantités.
Si la technifiue générale ne nous est pas toujours connue avec une précision suffisante, souvent aussi les indications particulières relatives aux divers tissus manquent de netteté ou ne sont pas assez détaillées. Plus exactement, on doit établir une distinction. Le côté le plus obscur semble être de préférence celui des i;enres proprement dits d'étoffes, généraux ou particuliers. Peut-être est-ce la conséquence d'une double raison. Nous avons déjà par analogie mentionné la première. Pas plus en elïét ([u'il n'existait de type absolu de matière première, ainsi et tout naturellement, il ne pouvait y avoir de modèle normal de chaque genre d'étoffe; s'il n'y avait pas la laine ou le lin, il ne se rencontrait pas davantage le drap ou la tiretaine, mais des espèces particulières de ces tissus, qui étaient naturellement l'objet de la fabrication. Mais on aurait pu indiquer en somme la composition théorique des divers genres d'étotïes; on ne le faisait pas, parce que sans doute on la supposait très familière à chacun et qu'on n'en sentait pas la nécessité. Dans ces conditions, les règlements se contentent trop souvent de désigner les termes les plus généraux de tissus, comme en passant et par hasard, avec une brièveté telle (jue toute définition à leur sujet est absolument inipos-
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sible. En effet, il n'est jamais donné de définition du drap et de ce c|ue l'on nomme la « legiere draperie », et si le premier nous est bien connu, on ne saurait rien dire de précis sur la seconde. Au contraire, on insistait sur les genres moins importants et sur les espèces d'étoffes, à la fois parce qu'on les fabriquait réellement et que souvent les uns et les autres ne différaient que par des nuances; la nécessité d'une définition se comprenait donc parfaitement en vue d'éviter toute confusion. C'est ainsi que le drap ou la draperie légère, pour prendre les exemples précédents, se di\isaient en un certain nombre d'espèces. Nous ne saurions évidemment donner de toutes une explication suffisante, et en effet il est réellement impossible encore de spécifier les caractères et les distinctions réels des draps « fins, moiens et meures » et des draps « de le grande et de le petite fachon ». Mais, au moins, un certain nombre d'espèces nous apparaissent -elles clairement, parce que, nous l'avons dit, l'autorité échevinale s'est attachée à préciser exactement leurs natures. Il semble donc être assez compréhensible que le détail nous soit parfois mieux connu que le général. On doit aussi se borner à constater que les documents du xiii'' siècle nous renseignent surtout sur les divers genres de tissus autres que les draps proprement dits, tandis que les espèces de ces mêmes draps nous sont plutôt énumérées dans la seconde moitié du siècle suivant. Cinq ordon-
iiances de 1357 à 1394 et quelques parties du long- règlement de 1 403 sont très précieuses à cet égard. Ces dispositions constituaient-elles réellement des innovations ou des renouvellements, c'est ce qu'on ne saurait préciser; en fait, toutes ces espèces de draps nous étaient jus(|ue-]à absolument inconnues.
On pouvait désigner les variétés d'étoffes, sans que l'on puisse préciser s'il s'agit de genres ou d'espèces, le plus souvent par le terme de « façon » et plus rarement par celui de « sorte » ou de « manière » ; on parle des draps de « quelque façon que ce soit », de « toutes manières de draps » ; ils ne doivent pas être fabriqués « d'autres manière et façon » c|ue celles que l'on indique.
a) Genres.
Il n'existait en somme que trois genres fondjimentaux de tissus, ou du moins n'en connaissonsnous pas d'autres.
C'était d'abord « le drap », ou, techniquement parlant, le tissu de pure laine, ([uelles (|ue fussent la nature de la laine et la forme de TétotTe. Mais, encore une fois, son caractère propre venait de ce qu'aucune autre matière première n'entrait dans sa composition ; aussi avait-il au fond comme vrai nom celui de « laigne drap », drap de laine; aussi les tisserands disent-ils avec juste raison, nous l'avons déjà remarqué, qu'ils possèdent