QUATRIÈME PARTIE, — CHAPITRE IV
paroles prononcées lors de son institution, quels liens l’unissent à la mort de Jésus-Christ?
Un hérétique, Marcus, prétend transformer le vin en sang du Sauveur (I, 13, 2); Irénée la combat vivement et demeure tout à fait étranger à l’idée du changement du vin en sang dans l’Eucharistie. Elle demeure un résumé de la foi : ‘Huy 2 sépeuvos t op 75 yroriia, 22 À cbyapercia Gehauot sis propns (IV, 18, 5).
On peut cependant aller plus loin et trouver des éléments de la doctrine postérieure. Certains passages, un peu mystérieux, favorisent la doctrine de l’ubiquité du corps de Christ ou de l'unité de substance : Quomodo autem constabit eis, eum panem in quo gratiae actae sint, corpus esse Domini sui et calicem san- £uinis ejus, si non ipsum fabricatoris mundi Filium dicant, id est Verbum ejus, per quod lignum fructificat, et defluunt fontes, et terra dat primum quidem fenum, post deinde spicam, deinde plenum triticum in spica (IV, 18, 4)? Irénée suppose ici que les éléments de l'Eucharistie peuvent étre le corps et le sang du Seigneur en vertu de leur communauté d’origine. Le Verbe de Dieu, instrument de la création, se retrouve dans les produits de la création; puisque c’est par lui que la nature vit et s’épanouit, elle est préparée à nous donner le corps du Seigneur qui est le Verbe divin. Le pain et le vin peuvent être considérés comme le corps et le sang de Jésus-Christ parce qu’ils proviennent du Créateur qui est en même temps le Père de Jésus- Christ,
Bien qu'Irénée assimile l’offrande eucharistique aux sacrifices de l’ancienne alliance, il ne paraît pas que ce rapprochement l'amène 2 considérer l’offrande comme l'équivalent d’une victime. Autrement dit, il n’établit pas de rapport entre l’offrande eucharistique et la mort de Jésus-Christ.
Comment donc expliquer la parole « Ceci est mon corps » qu’il cite dans les termes suivants : eum qui ex creatura panis est, accepit et gratias egit dicens : Hoc est meum corpus. Et calicem similiter, qui est ex ea creatura, quae est secundum n0$, suum sanguinem confessus est (IV, 17, 5)? Le Verbe de Dieu unit, fond les éléments de la Cène avec le corps de Christ; la parole divine est le lien, elle est Ja puissance non pas de métamorphose — c'est ce qu'enseignera la doctrine postérieure, la
transsubstantiation — mais de coexistence du corps de Christ avec le pain et le vin. Nous le voyons très clairement dans les paroles suivantes : ‘Onôte oby xa rù xexpauévov motiotoy xa 6 yeyovis dotoc émdiyetar Tov ÀA6Yov Tob Üeod, ai yiverat à edyaotoria ua Xotorod (V, 2, 3). L'offrande, l’eucharistie, devenue corps de Christ, est vivifiante tellement qu’elle procure la vie éternelle à ceux qui s'en nourrissent, car ils deviennent les membres du Seigneur, uéhos adtoë. I] y a donc, chez Irénée, la pensée d’une union profonde et mystique, laquelle a ses effets dans le domaine physique; l’eucharistie nourrit le fidèle corporellement parlant et du même coup elle assure à son corps l’immortalité : ft (à
za Tov &hr0uwdv 4Y05wr0 otx0vopix) at x TOÙ mot noLov aÔTod, Ô éoT! En aix adTo, ToËperat, 20} ex TOÙ &oTov, (} TL rù sUUX a0ToD, adEeTut (Ve 2,4936
L’eucharistie devient donc une garantie et un moyen d'immortalité; pour reprendre le langage d'Ignace, elle est un vaouzz0v dfavaciae, où un antidotum vitae (IT, 19, 1). Elle participe à la nature du Christ et assure notre communion avec lui. Les chrétiens, membres du corps de Christ, sont nourris par les aliments que leur offre la création; ils sont également nourris par les espèces de l'eucharistie, devenues corps de Christ par le Verbe divin.
Il ne serait pas permis de conclure qu'une conception vaguement panthéiste se trouve, plus ou moins consciente, à la base de ces raisonnements. Il ne s’agit pas d’une transformation des éléments, mais d’une adjonction, l'eucharistie n’est plus un aliment ordinaire mais un aliment qui participe à la nature céleste : ‘Qc ao ànd yñe äotos nooshauGavémevos tiv Exxhnorv rod Oeod, OÙLETL HOLVOC &otos éotiv, &A À edyaotoria, x ÔUo TOLYHATWVY SUVETTTALIA,
invyelou te nai odpaviou * obtws xaÙ Tà cwuara huoy LetalauGavovre tic edyaototias, maétt elvar oaotad, Tiy EAnidx ris sis aiovac avastésews Exovra (IV, 18, 5).
En résumé, il ne peut être question pour Irénée d'une transformation pure et simple des éléments en chair et en sang de Tésus-Christ, c'est la doctrine de l’hérétique Marcus, ce n’est pas la sienne. Un principe divin, le Verbe, pénètre le pain et le vin qui deviennent l’eucharistie, celle-ci conserve tous les caractres qu'elle avait à l’origine, roäyux èriysus, elle reçoit en plus