PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER
être emprunté à saint Paul: il montre que Dieu embrasse, renferme le Plérôma qui ne peut exister en dehors de lui. Le Créateur n’est pas une partie mais le Plérôma lui-même, Dieu comprend tout et rien n'est au-dessus de lui, ni rhfowua ni doyà. Si, quelque chose le limite ou le surpasse, il n’est plus l'Étre absolu, la plénitude; la notion de Dieu implique l’infinité et l’absoluité : solus continens omnia et omnibus, ut sint, ipse praestans (IT, 1, 1). L'opposition établie par les gnostiques, entre le Créateur et le Dieu suprême est logiquement insoutenable, si quelque chose existe en dehors de Dieu, il n’est pas le Plérôma : st autem extra illum est aliquid, jam non omnium est Pleroma neque continet omnia (II, 1, 2). Avec la distinction d’un Dieu supérieur et d’un dieu inférieur, on n'arrive pas à une notion nette de Dieu ni du monde; on se trouve en présence d'une multiplicité de dieux dont chacun demeure dans son canton en ignorant son voisin. Il ne peut y avoir chez Dieu aucun vide, aucun manque; rien n’est indépendant ou en dehors de lui, car lon tomberait alors dans le dualisme « rien n’est au-dessus de lui, ni après lui; il a tout créé librement de son propre mouvement et suivant son dessein ; il est seul Dieu, seul Seigneur, seul Créateur et seul Père, seul il contient toutes choses et les soutient afin qu'elles subsistent » (1).
Le besoin d’unir le Créateur au Dieu suprême lui fait employer la remarquable expression «le Dieu Démiurge » : Demiurgo Deo, qui fecit caelum et terram et omnia quae in eis sunt. Si le dualisme existe dans la divinité, il se retrouve forcément dans son œuvre; l'esprit vient du Dieu supérieur et parfait, la matière tire son origine du dieu inférieur et imparfait. Voilà le dualisme introduit dans l'humanité, comment pourra-telle arriver à la perfection, étant née du sein de l’imperfection et de la souillure? Les deux divinités de Marcion (IV, 33,2) et des autres gnostiques, l’opposition entre l'esprit et la matière, le monde sensible et l’Être spirituel sont contraires à la rai-
(1) Neque super eum, neque post eum est aliquid; neque ab aliquo motus, sed sua sententia et libere fecit omnia, quum sit solus Deus et solus Dominus et solus conditor et solus Pater et solus continens omnia et
omnibus, ut sint, ipse praestans (II, 1. 1.)
OS
son aussi bien qu’à l'Écriture sainte; cet enseignement est dangereux et impie. Il ÿ a un Dieu etil n’y en a qu'un; polythéisme, multiplicité des divinités paiennes, des éons, ou dualité dans la création et dans l’organisation du monde, tout cela est également funeste et digne d’être rejeté. Les motifs de repousser la doctrine gnostique se pressent sous sa plume: 7%v miotiv eiç Eva Osôv, il s’en tient à cet article fondamental de la foi de l'Église.
Ce Dieu unique et souverain, quelles sont ses qualités, ses attributs ou ses perfections en termes d'école ? Que comporte la véritable connaissance de Dieu? Voici quelques témoignages. Pater.. simplex et non compositus et similimembrius et totus ipse sibimetipsi similis et aequalis est ; totus quum sit sensus et totus spiritus et totus sensuabilitas et totus ennoia et totus ratio et totus auditus et totus oculus et totus lumen et totus fons omnium bonorum (II, 13, 3). Deus autem quum sit totus mens, totus ratio et totus Spiritus operans et totus lux et semper idem et similiter exsistens (IT, 28, 4). Unus Deus Pater ostenditur qui est super omnia et per omnia et in omnibus (V, 18, 2). Igitur secundum magnitudinem non est cognoscere Deum : impossibile est enim mensurari Patrem; secundum autem dilectionem ejus (haec est enim, quae nos per Verbum ejus perducit ad Deum) obedientes ei semper discimus, quoniam est tantus Deus et ipse est qui per semetipsum constituit et elegit et adornavit et continet omnia (IV, 20, 1). Qualis et quantus (Deus) est, invisibilis et inenarrabilis est omnibus quae ab eo facta sunt, incognitus autem nequaquam : omnia enim per Verbum ejus discunt, quia est unus Deus Paler, qui continet omnia et omnibus esse praestat) IV, 20, 6).
Nous trouvons dans ces passages la presque totalité des attributs que la dogmatique ecclésiastique rattache à la notion de Dieu; les attributs métaphysiques : éternité, immensité, immutabilité, toute science, toute puissance, toute présence, sont relevés avec beaucoup plus de force et de soin que les attributs religieux : l'amour et la sainteté.
S'il met en lumière les attributs métaphysiques plus que les attributs religieux, Irénée s'éloigne cependant des spéculations gnostiques qui; reportant sur la divinité les faiblesses et les