PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Il
fier aussi l’ouvrier : le monde existe, qué en est l’auteur, est-il bon ou mauvais?
Nous rencontrons déjà maintenant ce que nous aurons l’occasion d'appeler l’optimisme foncier d’Irénée. Sa conception du péché nous paraîtra insuffisante, sa notion de la rédemption étriquée, sa christologie résumée dans l’incarnation par suite de cette arrière-pensée, de cette nécessité de polémique : soutenir que le monde n'est pas le produit de l'erreur et du péché et que la création n’est pas une faute initiale. Il est ainsi amené à amoindrir le rôle du mal dans le monde.
L’idée de la transcendance divine avait tellement pénétré les esprits qu'on ne pouvait admettre que le Dieu suprême prit luimême le soin de former et d'organiser la matière ; on cherchait des intermédiaires et on les trouvait chez les anges.
Les différentes écoles gnostiques enseignaient que la création avait eu lieu par le moyen des anges : a septem autem quibusdam angeiis mundum factum et omnia quae in eo (d’après Saturnin) (I, 24, 1). Carpocrates autem et qui ab eo mundum quidem et ea, quae in eo sunt, ab angelis multo inferioribus ingenito Patre factum esse dicunt (1, 25, 1). Qui autem ab angelis mundum dicunt fabricatum ...peccant (II, 2, 1), Simone mago primo dicente mundum ab angelis factum (II, 9, 2). Non ergo angeli fecerunt nos, neque plasmaverunt nos (IV, 20, 1, et encore IT, 5,3 et V, 18, 2). Si une créature est l’auteur du monde sensible, celui-ci s’en trouve fabaissé, la création perd en dignité ce que perd le Créateur; le monde porte une tache originelle s'il est l'ouvrage d'un artisan imprévoyant et incapable, d’un démiurge ignorant et inférieur, si la matière provient ex ignorantia et labe (IT, 19, 4).
Pour Irénée la création est l’œuvre du Dieu suprême, croire qu’il existe un être supérieur au Créateur du monde est le comble de l'impiété : maximam impietatem (II, 19, 9); dire que l'apparition de ce créateur est le résultat d’une erreur ou d’une faute, labis fructum, est un blasphème; les choses créées montrent qu’un seul Dieu est le créateur du monde, elles forment un tout organisé et harmonique, un cosmos, l'unité de l’œuvre implique un seul ouvrier(ll"25,-2).
La création est l'œuvre de Dieu, elle est plus encore, à savoir
un monument de la bonté divine, bien loin de montrer le produit d'une erreur ou d’un malentendu comme l’enseignent les gnostiques. A l’origine de la création apparaît une pensée bienveillante et salutaire, la sagesse de Dieu s’y déploie d'une façon évidente : hoc initium et caussam fabricationis mundi constituens bonitatem Dei, sed non ignorantiam, nec Aeonem qui erravit, nec labis fructum, nec matrem plorantem et lamentantem, nec alterum Deum vel Patrem (III, 25, 5). Le mal s'introduira plus tard, par la désobéissance de l’homme; la possibilité de la désobéissance est inhérente à la nature humaine et du reste la chute sera réparée.
La création est donc bonne en soi, cette pensée demeure à la base du raisonnement d’Irénée, l’on s'étonne de ne pas rencontrer sous sa plume un passage tel que celui-ci : « Dieu vit tout tout ce qu'il avait fait, et voilà, c'était très bon ». Il est invinciblement optimiste et sa conception se trouve résumée dans les termes suivants : Manifeste ostendens audire volentibus, id est aures habentibus, quoniam unus Deus Pater super omnes, et unum Verbum Dei, quod per omnes, per quem omnia facta sunt; et quoniam hic mundus proprius ipsius, et per ipsum Jfactus est voluntate Patris, et non per angelos; neque per apostasiam, et defectionem et ignorantiam; neque per virtutem aliquam Prunici, quam et Matrem appellant quidam ; neque per alium quendam mundi factorem ignorantem Patrem (V, 18, 2).
Telle est la valeur et la dignité de la création.
Pour cette œuvre, le Père a employé un instrument ou un collaborateur, le Fils, sauf pour la création de l’homme où Dieu recourt au Verbe et à l'Esprit qui sont désignés comme ses mains (V, 1, 3). À cette occasion une sorte de délibération se produit au sein de la divinité, le Père s'adresse au Verbe pour le consulter : cum quo {Verbo) et loquebatur Pater (V, 15,4) à cause de l’importance de l’œuvre à accomplir. Sauf lorsqu'il s'agit de l’homme où il est assisté de l'Esprit, le Verbe est présenté purement et simplement comme le Créateur du monde. Les passages sont trop nombreux pour être cités, il suffit d'indiQUEr 722, D ENS AE TE TEE SIVAN Nr LOUP NT Ne
[rénée admet donc bien un intermédiaire dans l'œuvre de la