PREMIÈRE PARTIE, — CHAPITRE
création, cet intermédiaire n'est pas un démiurge étourdi et impuissant qui produitune œuvre incomplète ou manquée, c'est le Verbe de Dieu lui-même qui accomplit une œuvre bonne avec l'approbation du Dieu suprême, il exécute ce que la volonté divine a décidé : Unus igitur Deus, qui Verbo et sapientia fecit et aptavit omnia; hic est autem Demiurgus (IV, 20, 4). Nous retrouvons ici étendu, enrichi et mis en singulier relief l’enseignement de Jean (I v. 3). « Toutes choses ont été faites par le Verbe et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui »; ce passage est, du reste, cité à de nombreuses reprises. La parole de saint Paul : « tout a été créé par lui et pour lui » (Col. I, v. 16), n’est jamais mentionnée, ce qui ne laisse pas de surprendre, elle aurait si bien appuyé la thèse défendue! On ne saurait alléguer l'oubli ou l'ignorance, car la première partie du verset est citée dans l'exposé de l’enseignement gnostique (I, 4, 5).
Jrénée ne cherche pas à résoudre la question : pourquoi Dieu a-t-il recours à un intermédiaire pour créer le monde, pourquoi mettre le Verbe créateur entre lui et la créature, quel besoin avait-il d’un instrument pour accomplir son œuvre? Cette question qu’il néglige s'impose cependant à l'esprit qui réfléchit. L'on pourrait répondre que, d’après les idées du temps, la transcendance divine exigeait un tel intermédiaire; le Dieu suprême montre la transcendance et le Verbe manifeste l’immanence; l’on pourrait répondre aussi par l'utilité que trouve Irénée à exalter le Verbe de Dieu.
Dieu est invisible, inaccessible à l’homme, il ne peut être compris en ce qui touche ses attributs métaphysiques (IV, 20), une révélation est indispensable et le Verbe est l'organe de la révélation. De même, Dieu est élevé infiniment au-dessus de la création, il en remet le soin à son Verbe. Ceci nous amène à l'enseignement sur la Providence.
Cette doctrine est peu développée, ses principaux linéaments apparaissent cependant à quelques reprises.
Par elle Dieu gouverne et maintient le monde, elle s'exerce dans le domaine matériel et dans le domaine spirituel, l'univers et l'homme en reçoivent également les soins. Elle est la sagesse divine qui assigne à chaque être créé son rôle spécial et ses qualités particulières : per illius (Dei) providentiam unumquodque
eorum et habitum et ordinem et numerum et quantitatem accipere et accepisse propriam, et nihil omnino neque vane, nec ut provenit factum aut fieri, sed cum magna aptatione et conscientia sublimi et esse admirabilem rationem et vere divinam, quae possit hujusmodi et discernere et caussas proprias enuntiare (II, 26, 3). Ce très remarquable passage nous montre dans la formation, le développement et la vie des êtres organisés, ce que la science moderne appelle l'idée directrice, le principe et la loi de leur existence; la Providence régit, soutient et comprend tout ce qui existe, elle se rattache à l’omniscience divine. Elle est à certains égards le prolongement de l’activité créatrice de Dieu, Création et Providence sont étroitement liées, unum esse qui eam (creaturam) fecerit et regat (II, 27, 2); la bonté divine qui apparaît dans la première se montre aussi dans la seconde.
Irénée reproche au dieu des gnostiques de se désintéresser du monde et de ressembler par là au dieu des disciples d'Epicure, quem (Deum) nemo possit cognoscere humano generi communicantem, nec terrena administrantem : Epicuri videlicet invenientes Deum, neque sibi, neque aliis aliquid praestantem, id est nullius providentiam habentem (111, 24, 2).
On a remarqué avec beaucoup de justesse que le rejet de la Providence est un véritable athéisme, Irénée est profondément pénétré de cette pensée, il perçoit une action providentielle dans l'existence et dans l'entretien du monde : Pater Domini nostri, cujus providentia constant omnia et jussu administrantur omnia (IV, 36, 6); il va plus loin et la distingue dans la préparation et dans l’accomplissement du salut : secundum autem providentiam scivit hominum infirmitatem, et quae ventura essent ex ea (NV,538;4}
La Providence, prolongement de la création, montre avec celle-ci une activité inspirée par une bonté parfaite; elle montre aussi combien le Dieu suprême est près de son œuvre, combien il la suit et combien il s’y intéresse ; à ce titre, elle s'oppose à l’enseignement gnostique qui déprécie la création. Cette doctrine est seulement indiquée, le besoin d'unir la créature au Créateur n'entraîne pas [rénée à affaiblir la personnalité divine, le Dieu qui agit par la Providence est bien loin d’être une force mystérieuse, vague et impersonnelle qui s'identifierait avec le monde.
CELA REDRES LT
RÉVELATION DE DIEU