LOGOS, ESPRIT, TRINITÉ
Le Dieu suprême est en soi inaccessible à l’homme. Irénée relève l'erreur des Juifs qui pensent connaître Dieu directement et dans son essence : putantes per seipsum Patrem sine Verbo, id est sine Filio, posse cognoscere (IV, 7, 4). Personne ne peut voir Dieu et vivre : secundum magnitudinem quidem ejus et mirabilem gloriam nemo videbit Deum et vivet; incapabilis enim Pater (IV, 20, 5). Dieu dans sa grandeur infinie et dans son essence mystérieuse ne peut être connu. Toute religion cependant cherche à combler l’abîme qui sépare l’homme de la divinité; les docteurs juifs qui relevaient la transcendance divine avaient eu recours à la Parole de l'Éternel, Memra Yahveh, pour expliquer la création; les gnostiques avaient imaginé la série des éons; le christianisme des premiers siècles a distingué entre le Dieu suprême, l'Être absolu qui est insondable, et le Logos qui, apportantà l'homme la révélation de ce Dieu suprême, est la face immanente de la divinité et la fait entrer du domaine de l'absolu dans celui du relatif, Æomo non capax Dei, cette parole n’est vraie qu’en dehors du christianisme ; par le moyen du Logos la divinité se met à la portée de la connaissance humaine.
Les questions concernant le Logos et la Trinité ont été le principal sujet des préoccupations théologiques durant les premiers siècles; il est hautement intéressant de rechercher quel a été à cet égard le point de vue d’Irénée.
Ici, comme dans la question ecclésiastique, il est à la ligne
de partage des eaux et regarde les deux versants, celui de l'Église primitive et celui de l'Église catholique dont on voit la formation.
La révélation divine, comme la création, n’est point due à une nécessité impérieuse et sourde qui aurait obligé Dieu à s'extérioriser, à se faire connaître, elle n’a d'autre cause que la volonté libre de Dieu. Il est évident que pour l’auteur qui peut écrire en parlant de Dieu : est substantia omnium voluntas ejus (IT, 30, 9), toute l’activité divine, création, révélation ou salut, dépend uniquement de la volonté. Dieu a créé par l'intermédiaire du Verbe et de la Sagesse, il conserve son œuvre par la Providence, il se fait connaître par la révélation. Création, conservation et révélation montrent le même Verbe de Dieu qui se fait pleinement connaître en Jésus-Christ, le Logos incarné. Nous voyons chez les gnostiques un développement historique de la divinité, les émanations successives lui donnent un caractère temporel, elle entre dans le fleuve du devenir et se résout en une sorte de polythéisme, Irénée admet l'égalité du Logos avec le Dieu suprême et aussi de la personne du Christ avec le Logos.
Quel est le but de la révélation et qui a-t-elle pour organe?
Dieu s’est manifesté dans l’ancienne économie aussi bien que dans la nouvelle, la seule différence que l'on puisse statuer entre ces deux révélations est quantitative et non qualitative; l’inspiration des prophètes et celle des apôtres sont de même nature, les vérités qui commencaient à poindre dans l'Ancien Testament s’épanouissent dans le Nouveau, c'est le plein midi succédant à l'aurore, mais le même soleil produit les lueurs de l’aurore et la clarté du midi.
La Révélation apportée par Jésus-Christ ne diffère de celle de l’ancienne alliance qu’en intensité; en Jésus-Christ, le Logos est devenu chair, mais il avait précédemment agi parmi les hommes, il existe une ou plusieurs révélations préparatoires (IV, 33, 9 et 10). Le sommet de la révélation, c’est l’incarnation; par elle le salut entre dans le monde, l’humaine désobéissance est réparée et en même temps Dieu devient accessible à l'homme sous une forme visible et cognoscible, elle est l'accomplissement de ce que promettaient les prophéties antérieures, elle est l’union de l'essence divine avec la nature humaine,