‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 20 sur 107 · DOCTRINE DU LOGOS · texte numérisé non relu

DOCTRINE DU LOGOS

Qu'est donc le Logos, ouvrier de Dieu, Verbe révélateur manifestant l’essence divine, qui sans lui demeurerait insondable à l’humanité? Instrument de la création, il soulève le voile qui cache Dieu, vu du côté de l’homme, il est créateur et révélateur ; quelle est sa relation avec Dieu? Irénée ne répond pas directement à une question qui n’a qu’une importance accessoire à ses yeux; il ne se soucie pas de marcher sur les traces des apologistes grecs et ne se livre pas à des méditations hardies sur l’origine et la nature du Logos. Les brèves données que renferme son ouvrage sont cependant importantes, car Irénée a contribué à transformer la notion du Logos et à l'introduire dans la christologie ecclésiastique.

Ceux qui veulent expliquer l’origine de Dieu et du Verbe sont téméraires ou coupables, car ils traitent ces sujets uniquement d’après les lumières humaines au lieu de recevoir la vérité d’en Haut : sed et ipsius Dei et Ennoeac ejus et Verbi et Vitae et Christi nativitates et prolationes annuntiare vultis ; et has non aliunde accipientes, sed ex affectione hominum (IT, 28, 4). Les opérations de l'esprit sont successives chez l’homme, tandis que Dieu embrasse à la fois la pensée, la parole et l'acte ; l'analyse des facultés humaines ne peut s'appliquer à Dieu et c’est un abus que de raisonner par analogie en cette matière. En conséquence, il faut s'abstenir de toute théorie sur la relation du Logos avec Dieu, son origine est inexplicable, celui qui veut sonder ce mystère s'expose à déraisonner. Irénée unit de la façon la plus étroite la parole et la pensée, les distinguer chez Dieu, c’est faire œuvre vaine, vouloir séparer ce qui est indivisible : Deus autem totus exsistens mens et totus exsistens Logos, quod cogilat, hoc et loquitur ; et quod loquitur, hoc et cogitat. Cogitatio enim ejus Logos et Logos mens, et omnia concludens mens ipse est Pater (II, 28, 5). Dieu est simple, l’homme est composé ; expliquer le Logos par une sorte de processus, ana-

logue à celui des facultés humaines, à l'intérieur de la divinité, c’est assimiler des êtres absolument différents : vos autem generationem ejus (Logos) ex Patre divinantes, et verbi hominum per linguam factam prolationem transferentes in Verbum Dei, juste detegimini a vobis ipsis, quod neque humana, neque divina noveritis (II, 28, 5).

Le Logos, principe unique de la révélation divine, demeure donc avec Dieu dans un rapport permanent, toute idée d'émanation se trouvant ainsi exclue.

Irénée passe de l’idée du Logos à celle du Fils sans chercher aucune transition, il applique au Logos un passage considéré comme messianique (Esaïe, LIII, v. 8), les expressions Verbum Dei et Filius alternent dans sa démonstration, il les emploie indifféremment, le Fils de Dieu est aussi le Verbe de Dieu. La relation permanente du Père et du Fils est affirmée à plusieurs reprises : Semper autem coexsistens Filius Patri olim et ab initio semper revelat Patrem (IT, 30, 0). Ostendimus enim, quia non tunc coepit Filius Dei, exsistens semper apud Patrem (III, 18,1). Son origine échappe à nos investigations : Si quis itaque nobis dixerit : Quomodo ergo Filius prolatus a Patre est ? dicimus ei, quia prolationem istam, sive generationem, sive nuncupationem, sive adapertionem, aut quolibet quis nomine vocaverit generationem ejus inenarrabilem exsistentem, nemo novit (II, 25,0).

Le Logos est le principe éternel qui a révélé Dieu par son apparition terrestre, déjà dans l’Ancien Testament, et à l'origine, lors de la création du monde : Etenim per ipsam conditionem revelat Verbum conditorem Deum et per murdum fabricatorem mundi Dominum et per plasma eum, qui plasmaverit, artificem et per Filium eum Patrem qui generaverit Filium (IV, 6, 6). [rénée admet que le Logos a toujours existé avec le Père et que de tout temps il a été le révélateur de Dieu. En résumé, il identifie le Logos avec Jésus qui n’est autre que sa personnification terrestre, il le met dans une relation éternelle et intime avec le Père, il le représente comme le principe révélateur de Dieu, c'est-à-dire qu'il est l'intermédiaire indispensable entre Dieu, par lui-même inconnaissable et insaisissable, et l'homme borné et fini.

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