‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 21 sur 107 · DOCTRINE DU SAINT-ESPRIT · texte numérisé non relu

DOCTRINE DU SAINT-ESPRIT

Les passages où le saint Esprit est mentionné ne le distinguent pas toujours très nettement du Fils ou du Verbe. Il semble identifié avec la Sagesse (IV, 20, r et 3}. Avant que la doctrine du Logos fût précisée, le saint Esprit était considéré comme un autre organe de la révélation divine; ces deux principes étaient si voisins qu'il leur arrivait de se confondre, le saint Esprit est identifié avec la Sagesse des Proverbes et non le Logos comme on s'y attendrait. Le Logos revêtait un caractère plus général, était envisagé comme le principe de l'activité et de la révélauon divines dans l'humanité, tandis que le Saint-Esprit agissait dans l'Église; le Logos était incarné en Jésus-Christ, le saint Esprit devient un prolongement du Logos agissant dans un champ spécial, il a une tâche plus délimitée et spécifiquement chrétienne, il a donc une tendance à être subordonné au Logos, comme celui-ci sera facilement subordonné à Dieu. Les termes de Logos et de saint Esprit sont souvent employés pour désigner tout l'être divin avec ses diverses activités, l'Esprit a une tendance à se différencier du Logos; s'ils ont été quelquefois confondus ou identifiés, cette confusion deviendra de moins en moins fréquente car la sphère d’action de l'Esprit n’est autre que la conscience éclairée de Dieu, il a agi particulièrement chez les prophètes et chez les hommes inspirés. Irénée relève soigneusement le fait que le même Esprit qui a animé les prophètes se trouve aujourd’hui dans l'Église : similiter ut veteres prophetae sustinentes persecutionem..... quoniam nove quidem, sed idem Spiritus requiescens super eam (ecclesiam) (IV, 33, 9). Comme dans ce passage les termes Verbum et Spiritus sont employés à la suite, il est évident que l'Esprit est, pour ainsi dire, surajouté au Verbe.

L'Esprit devient le héraut du Verbe envisagé comme Christ, il annonce sa venue par le moyen des prophètes ; le même Esprit est à l’œuvre chez les apôtres et déclare que le grand événement est accompli : Unus enim et idem Spiritus Dei, qui in prophetis

quidem praeconavit, quis et qualis esset adventus Dominti… ipse et in apostolis annuntiavit plenitudinem temporum adoptionis venisse (III, 21,4). Il conduit et illumine la conscience humaine, il est le principe de la vie supérieure, spirituelle et éternelle. Dans un passage un peu étrange, Irénée montre Jésus-Christ venant en chair pour permettre aux hommes de manger et de boire le Verbe de Dieu, et de posséder en eux l'Esprit du Père qui est le pain de l'immortalité : spwyer xx miverv rdv A6yov t0ù 0205, rdv tic dfavasias Aotov, Omeo ati vo nveëma rod Ilarode (IV, 38, 1). Il rapproche aussi, on ne sait trop pourquoi, le saint Esprit du principe de la vie physique, du souffle de vie, afflatus vitae, afin de statuer entre eux une différence. L'Espritest le principe d’une vie durable, qui ne passe point, aflatus igitur temporalis, spiritus autem sempiternus. Il est aussi nommé l'Esprit vivifiant, rù Gworotoëv rveduz (V, 12, 2). Il est l'agent de Dieu chez l’homme, et c'est grâce à lui que l'homme parvient à la connaissance de la vérité : xd nveduzx Tod 0:09 +0 T4 oixovomtas Ilazo3c Te 2° vioS oxrvo- Garodv za” Éxaornv yeveav v vois avdownotc, 420ws BosAerat 6 [lazto ; ce que la traduction latine rend comme suit : Spéritus Dei, qui praestat agnitionem veritatis, qui dispositiones Patris et Filii exposuit, secundum quas aderat generi humano, quemadmodum vult Pater AV, 3357)

L'Esprit est lié d’une façon si étroite à l’action de Dieu dans l'homme qu'il n’est pas très facile de distinguer si certains passages parlent de l'Esprit de Dieu ou bien d’un principe divin implanté dans l'âme du fidèle : hoc autem (mori) neque animae evenit : flatus est enim vitae; neque Spiritui : incompositus est enim et simplex Spiritus, qui resolvi non potest, et ipse vita est eorum qui percipiunt illum (V, 7, 1). Qu'est donc cet esprit, puissance distincte de l’âme et du corps, et qui apparaît comme un élément de la psychologie d'Irénée? Quelques lignes plus haut, et c'était le point de départ de son raisonnement, il citait le verset 11 du chapitre vni des Romains : Si autem Spiritus ejus qui suscitavit Jesum a mortuis, habitat in vobis; qui suscitavit Christum a mortuis, vivificabit et mortalia corpora vestra.

D'autres passages semblent présenter le saint Esprit comme un être, où au moins une puissance, à côté du Logos et presque égal au Logos; l’on voit comme poindre la formule trinitaire, le

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