DOCTRINE DE LA TRINITÉ
Elle trouve son point de départ dans la formule du baptême, mais cette formule ne suffit pas à l’établir; la doctrine de la Trinité n’est complète que le jour où, après avoir délimité la pature et le rôle de la seconde et de la troisième personnes, l’on peut établir la relation entre elles et avec le Père. Nous ne trouvons donc pas chez Irénée la doctrine trinitaire, mais seulement des affirmations qui la préparent. Du fait même que son
enseignement touchant le saint Esprit est encore indécis et flottant, comparé à la doctrine des âges suivants, ce qui concerne la Trinité porte le même caractère d’imprécision ; nous avons des tendances plutôt que des traits nettement accusés.
L'Esprit devait être considéré comme le lien existant entre le Père et le Fils. Et unxit quidem Pater, unctus est vero Filius in Spiritu, qui est unctio (LIL, 18, 3); le Père donne l’onction, le Fils la reçoit, le saint Esprit est l'onction elle-même. La Trinité est ainsi comprise dans le nom même du Christ ou plutôt les trois éléments de la Trinité, car loin de systématiser les rapports des trois personnes, Irénée ne fait pas même mention de la Trinité; ce mot, de formation postérieure, n'existe pas chez lui.
Le Père est l'être absolu de Dicu, infini, la profondeur de l'essence divine; le Fils est l'Être divin tourné vers le monde, l'Esprit-Saint est l'intermédiaire entre le Père et le Fils. Dieu est esprit, sans doute, mais le saint Esprit est quelque chose d'autre ou si l’on veut quelque chose de plus, c’est le troisième degré de la révélation divine, le second degré étant l’incarnation du Verbe; le saint Esprit ne peut entrer dans l'humanité qu’à la suite de Jésus-Christ.
On pourrait conclure de là à une Trinité qui ne serait qu’un progrès de la révélation partant du Père, la divinité inaccessible et insondable, pour venir au Fils, Verbe de Dieu qui s’abaisse jusqu'à l’homme et est, en quelque sorte, la première nourriture de l'âme humaine : quasi a mammilla carnis ejus enutriti (IV, 38, 1), pour arriver enfin à l'Esprit qui nous apporte tout ce que nous pouvons saisir de la divinité. Ailleurs, la Trinité est présentée dans l'ordre inverse, l'Esprit commence l'œuvre salutaire qui ne trouve sa pleine réalisation que dans la contemplation du Père : Spiritu quidem praeparante hominem in Filio Dei, Filio autem adducente ad Patrem, Patre autem incorruptelam donante in aeternam vitam, quae unicuique evenit ex eo quod videat Deum (IV, 20, 5). Il est vrai qu’il s'agit alors non de doctrine, mais de l'appropriation du salut.
La Trinité ne serait-elle qu'une série d'échelons pour arriver à la pleine connaissance de Dieu, l'Esprit amenant à la perfection Fœuvre commencée par Jésus-Christ? Il ne le semble pas : deux passages surtout s'élèvent contre cette pensée.