‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 27 sur 107 · DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE PREMIER

désruisent l'unité de la personne humaine, L'homme est créé en plusieurs fois et par des puissances différentes, il est l’œuvre d’abord informe d'un ouvrier malhabile que vient achever un autre ouvrier plus capable ou plus puissant. Plusieurs forces ou personnes concourent à le former.

Comme elles sont inégales en puissance et en sagesse, comme elles ont mis dans cet assemblage qu'est l’homme, des éléments hétérogènes et de valeur trés inégale, il en résulte que l'homme n'est plus un, il est un composé plus ou moins disparate; certains éléments de sa personnalité sont d'ordre inférieur par suite de l'ignorance ou de la faiblesse des puissances créatrices et par conséquent caducs, d’autres sont de valeur et doivent durer,

En regard de ces combinaisons, Irénée affirme l'unité du Créateur et de la création; un seul Dieu crée l’homme et le crée tout entier, sans s’y reprendre plusieurs fois, du premier coup 11 atteint Je but qu'il s'était proposé, Le caractère propre de Dieu est de créer, l’homme est complétement dépendant de Dieu : lacere enim proprium est benignitatis Dei; fieri autem proprium est hominis naturae (AV, 39, 2). Et hoc Deus ab homine differt, quoniam Deus quidem facit, homo autem fit; et quidem qui facit, semper idem est; guod autem fit, et initium et medietatem et adjectionem et augmentum accipere debet, Et Deus quidem bene facit, bence autem fit homini AV, 11,2),

Aucun étre, aucune puissance, démiurge ou autre, ne vient s'interposer entre l'homme et Dieu, leur relation est immédiate. Les mains qui ont créé Vhomme, le Verbe et l'Esprit, appartiennent à l'essence divine,

L'homme créé par ce Dieu Tout-Puissant, en une fois et dans l'unité de sa personne, n’est pas créé parfait (IV, 38) : dépendre d'une création est déjà une marque d’imperfection, car ce qui est parfait existe par soi-même, La notion de création implique un élément d'imperfection,

Si l'homme n’est pas parfait dés son origine, il doit tendre vers la perfection; il est enfant avant que d'étre homme. Nous touchons ici à l’idée extrémement importante d'un déve- Jloppement, d’un progrès, d’une marche vers le but assigné de Dieu, La création est un point de départ, Si l’homme n'est pas parfait, ce n’est pas par suite de l'impuissance ou de l'incapacité

6o ESSAI SUR LA THÉOLOGIE D'IRÉNÉE

du Créateur, c’est à cause de son caractère d'être créé : oÿzws x Tv doyny 6 pèv Deds duvards Av Qiddvar ro Téhetov To Avon, Exsivos dE Aott ysyovws, 00vaz os Av Aubeïv 4976, % 22) h16OV wo Iat, À 42) ywIT IS xarasyetv (IV, 38, 2). |

Les théologiens postérieurs ont cru qu'Adam avait possédé la science parfaite avant la chute. Irénée se place, comme on voit, à un point de vue sensiblement différent. Il semble même avoir accepté l’idée d'une sorte d'enfance avec son développement physique chez le premier homme, Adam n’a pas été créé adulte mais enfant, il a grandi corporellement avant d’avoir l'instinct de la génération et ce n’est qu’ensuite qu'il a désobéi. Quemadmodum illa (Eva) virum quidem habens Adam, virgo tamen adhuc exsistens (erant enim utrique nudi in Paradiso, et non confundebantur, quoniam paullo ante facti, non intellectum habebant filiorum generationis; oportebat enim tllos primo adolescere, dehinc sic multiplicari) inobediens facta, et sibi et universo generi humano caussa facta est mortis (III, 22, 4) : Cette idée est explicitement formulée dans l'ërider£w où elle revient à plusieurs reprises : der Mensch war klein, denn es war ein Kind, $ 12. Adam und Eva... hatten einen unschuldigen und Kkindlichen Sinn und kamen nicht dazu, an irgend etwas von dem zu denken und zu verstehen, was einmal in Bosheit durch wveibliche Gelüste und durch schändliche Begierde in der Seele geboren verden sollte, $ 14.

L'homme, devait progresser et aller vers la perfection : il est tout entier l'ouvrage de Dieu et non pas le résultat de collaborations plus ou moins incohérentes et contradictoires. L'unité de la création amène l'unité de l’œuvre. Irénée oppose son monisme au spiritualisme outré des gnostiques qui établissent une séparation radicale entre l'âme et le corps.

CHAPRILERE N

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