‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 29 sur 107 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Il

2 ! = LB) » Î N Q GYATTITOVTAL, Lôtx Éyovtes awpara, #2) (dus Eyovtes boyäs xal lôta nusi- UATA, Ëv 0

«ai adpoi lôlaus Éyovres Vuyds a Voix cwmata, Ev ots Gméotnoav dmd ris vod eoù yapuroc (II, 33, 5).

Si l’homme naturel comprend l’âme et le corps, l'homme parfait possède quelque chose de plus, l'Esprit de Dieu que reçoit l'âme : sunt tria ex quibus perfectus homo constat, carne, anima et Spiritu (V,9, 1). L'Esprit de Dieu appartient donc à l’homme intégral ou normal, il est un élément essentiel de l’homme tel qu'il doit être; sans lui la personnalité humaine demeure incomplète.

Un peu plus loin, Irénée distingue entre le souffle de vie, affatus vitae, et l'Esprit, Spiritus. La vie primitive a été donnée par le souffle divin, la vie définitive est donnée par l'Esprit de Dieu. L'aflatus vitae est sans doute le principe qui crée l'âme, qui anime le corps, mais l'Esprit est celui qui donne la vie supérieure et qui crée l’homme parfait : aflatus igitur temporalis; Spiritus autem sempiternus, h odv rvoû rodoxatp06, To Ôé nvedlua dévvaov (V, 12, 2). Nous voyons ici l’origine de l'âme. Elle vient de Dieu comme le corps, mais pas plus que le corps elle n’a la vie en elle-même. Le souffle de vie donne la vie animale, pour un temps; l'Esprit vivifie à jamais et donne la vie spirituelle. Tandis que l'origine de l'âme remonte à la création, l’origine de l'Esprit de Dieu remonte à l'apparition du Christ sur la terre.

Quelles relations existent entre le corps et l’âme, éléments

constitutifs de la personne humaïne ? qui dirige dans cette communauté et quel est celui qui commande dans cet étroit ma-

riage ? les conjoints sont-ils sur le même pied ou bien l’un des deux préside-t-il aux destinées de l'association? La réponse ne peut faire aucun doute, l’âme domine et gouverne le corps. Celui-ci peut bien être un obstacle aux mouvements de l'âme, mais elle ne perd jamais ses droits. Elle est d'essence supérieure, c'est ce qui ressort de la comparaison de la machine avec l’ouvrier : anima possidet et principatur corpori…. Corpus enim organo simile est; anima autem artificis rationem obtinet (IT, 33, 4). Irénée prolonge la comparaison en montrant l'existence humaine comme résultant des actions et des réactions de l'âme sur le corps et inversement; le corps retarde l’âme et empêche

04 ESSAI SUR LA THÉOLOGIE D IRÉNÉE ses mouvements en une certaine mesure, mais celle-ci ne perd jamais ses puissances ou facultés (virtutes).

Tertullien se représentait l’âme comme matérielle, ayant une forme corporelle, Irénée se rapproche de cette manière de voir : manifeste declaratum est, et perseverare animas et non de corpore in corpus transire : et habere hominis figuram, ut etiam cognoscantur, et meminerint eorum, quae sint hic (II, 34, 1). D'après ce passage l’âme aurait la forme du corps sur lequel elle se moulerait en quelque sorte. L'on peut objecter l'expression incorporales animae, âmes incorporelles, qui se trouve ailleurs (V, 7, 1) sous la plume d’Irénée, mais les âmes ne sont incorpo- ‘relles que relativement, l'âme est incorporelle si on la compare au corps mortel, ce n'est pas à dire qu’elle soit incorporelle en soi, d’une façon absolue ; elle semble se confondre avec le souffle de vie. Il y a du reste un peu de flottement dans la pensée sur ce point spécial. La notion de l’âme qui paraît se dégager du raisonnement est celle-ci : l'âme est étendue, a une certaine forme, elle se sépare du corps lors de la mort, elle est susceptible de perfection, c’est-à-dire de vie éternelle, aussi bien que de condamnation et de ruine. Elle n'est pas sujette à la transmigration, elle est immortelle : du reste son immortalité n’est pas essentielle, mais donnée de Dieu; le corps peut exister sans l’âme, comme l'âme peut exister sans la vie: Sicut autem corpus animale ipsum quidem non est anima, participatur autem animam, quoadusque Deus vull; sic et anima ipsa quidem non est vita, participatur autem a Deo sibi praestitam vitam (11, 34, 4).

L'homme est un corps pourvu d’une âme, laquelle reçoit sa vie du soufle divin; en participant à l'Esprit, rveduz, il reçoit la vie éternelle et devient capable de perfection. A l’homme naturel doit s'ajouter un élément supérieur et divin, l'Esprit, qui accomplit l’œuvre de salut et de régénération.

Occasionnellement, Irénée discourt des facultés de l'âme, il fait preuve d’un esprit psychologique plus délié que la généralité des Pères de l'Église. Il se plait à décrire les fonctions de la mémoire (IT, 33), il s'étend avec tant de complaisance sur la liberté (IV, 37) et lui accorde un si grand rôle dans la rénovation spirituelle qu'on pourrait le taxer de pélagianisme avant la lettre. Peut-être y avait-il dans cette insistance à relever l’im-

Page 1