DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE
nem et similitudinem esse Dei, hoc in Christo Jesu reciperemus (III, 18, 1). Si autem defuerit animae Spiritus…... imaginem quidem habens in plasmate, similitudinem vero non assumens per Spiritum (V, 6, x). In praeteritis enim temporibus dicebatur quidem secundum imaginem Dei factum esse hominem, non autem ostendebatur. Adhuc enim invisibile erat Verbnm, cujus secundum imaginem homo factus fuerat. Propter hoc autem et similitudinem facile amisit. Quando autem caro Verbum Dei factum est, utraque confirmavit ; et imaginem enim ostendit veram, 1pse hoc fiens, quod erat imago ejus; et similitudinem firmans restituit, consimilem faciens hominem invisibili Patri per visibile Verbum(V, 15, 2).
L'homme possède encore l’image de Dieu, elle était imprimée en son corps; le souffle de Dieu a animé l’hommeetena fait un animal raisonnable : ea quae fuit a Deo adspiratio vitae, unita plasmati, animavit hominem, et animal rationale ostendit (V, 1,3), mais il n’a plus la ressemblance. En quoi consiste-telle donc ? Dans la liberté ou libre arbitre que Dieu a donné à tous également : Pater omnes quidem similiter fecit, propriam sententiam unumquemque habentem et sensum liberum (V, 27, 1). L'homme a été créé raisonnable et par cela même créé à la ressemblance de Dieu : homo vero rationabilis, et secundum hoc similis Deo, liber in arbitrio factus et suae potestatis (IV, 4, 3); il a été créé libre dès le commencement, maître de son âme, possédant le pouvoir de choisir sans être contraint par la volonté divine : liberum hominem Deus fecit ab initio, habentem suam potestatem sicut et suam animam, ad utendum sententia Dei voluntarie, et non coactum a Deo (IV, 37, 1). Enfin, dès l’origine l’homme est libre, parce que Dieu est libre, à la ressemblance duquel il a été créé : liberae sententiae ab initio est homo, et liberae sententiae est Deus, cui ad similitudinem factus est (IV, 37, 4).
La liberté appartient primitivement à Dieu seul, il l’a donnée à l'homme comme son apanage ; elle constitue la ressemblance avec Dieu. Ce bien précieux s’est évanoui, l'homme a perdu son plus beau titre, le plus éclatant joyau de sa couronne; il continue d'être à l'image divine, mais la ressemblance n’est plus qu'un souvenir ; l’homme n'a plus la liberté ou il ne lui en
reste que des débris ; elle a besoin d’être restaurée. Nous ignorons pourquoi la créature a usé de sa liberté pour s'éloigner de Dieu, c’est une science qui n'appartient qu’à lui et à son Verbe. Celui-ci s’incarne, pour effacer par son obéissance, notre désobéissance, il nous rend la liberté détruite et rétablit la ressemblance avec Dieu. A la fin des temps, l’image et la ressemblance divines seront intégralement restaurées, ce sera la consommation finale, le terme et l’accomplissement de l'œuvre du Christ, alors le cercle se refermera.
La ressemblance avec Dieu comprend encore l'élément rationnel, rù hoywxèv, plusieurs fois indiqué (cf. v, 3,2). Il n’est relevé que par rapport à la liberté : pour que la liberté puisse choisir il faut qu'elle soit éclairée par l'intelligence, celle-ci demeurant d’ailleurs au second plan. [rénée esttrop pratique et trop mystique pour accorder une place prépondérante à l'élément intellectuel, mais il veut une liberté raisonnable.
Sa tendance un peu moralisante apparaît ici d’une façon frappante. Liberté, pouvoir de choisir entre le bien et le mal, salut consistant dans le rétablissement d’une faculté primitive de l’homme, nous voilà loin de la doctrine qui représente l'humanité comme une masse corrompue de laquelle Dieu tire les âmes prédestinées au salut. Le souci de la gloire de Dieu, pour parler avec saint Paul, de l'honneur de Dieu pour parler avec Calvin, n'apparaissent guère dans ces préoccupations. Du reste, Irénée a devant les yeux les gnostiques et non pointl’apôtre des Gentils; or, les gnostiques, sans nier expressément la liberté, ne lui font aucune place dans leurs systèmes : leur Buthos dont sortent les éons paraît poussé par une force sourde et aveugle, une inexplicable nécessité est partout, jusque dans leur division des hommes en catégories immuables, nulle part n'apparait une volonté libre et réfléchie; quoi d'étonnant qu'Irénée se heurte à l’écueil opposé ?
COLAPRERENTN