‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 34 sur 107 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV

affranchi par Jésus-Christ, il passe de l'un à l’autre sans soupçonner aucune différence : volonté intacte à l'origine et volonté retrouvée, liberté primitive et liberté reconquise se confondent dans le texte, sinon dans la pensée. La liberté chez chacun des fils d'Adam, joue le même rôle que chez Adam; le péché n'est pas le résultat d’un penchant inné, dans chaque homme il résulte d’une sorte de faiblesse de la volonté, d’ignorance et d’oubli : propter multam negligentiam in oblivionem incideremus, et consilio egeamus bono; propter quod bonus Deus praestavit bonum consilium per prophetas (IV, 37, 2). La liberté demeure malgré la chute, altérée peut-être, diminuée, mais non détruite dans son principe; qu’elle se retrouve dans des circonstances favorables et elle sera rétablie comme auparavant : omnia talia, quae liberum et suae potestatis ostendunt hominem, et quia consilio instruat Deus, adhortans nos ad subjectionem sibi (IV, 37, 3). Elle existe pour le salut que l’homme est libre d'accepter ou de repousser : Et non tantum in operibus, sed etiam in fide liberum et suae potestatis arbitrium hominis servavit Dominus (IV, 37,5). Le premier péché a été une désobéissance, cette désobéissance a amené la mort physique qui atteint tous les hommes par suite de leur solidarité en Adam — per priorem generationem mortem hereditavimus (V, 1, 3) — et cependant l'homme demeure libre de choisir entre le bien et le mal, le salut et la perdition. De sorte que l’on pourrait dire que le péché n’est pas héréditaire et que ses conséquences sont héréditaires ; que le péché qui, en théorie, demeure individuel et dépend de l'emploi que chacun fait de sa liberté, demeure pratiquement universel.

Irénée affirme l'unité de la race humaine au point que ce qui s'est passé chez Adam se répète chez ses descendants; c'est presque la formule scientifique moderne : l’ontogénie reproduit la phylogénie, c'est-à-dire lindividu dans le cours de son évolution présente un raccourci des phases traversées par l'espèce ; ceci présuppose, au moins théoriquement, la liberté chez les descendants comme le chef de file de la race humaine.

La notion du péché se précisera en examinant ce qu'est le bien, son contraire. Le bien consiste à obéir à Dieu, à croire en lui et à garder son commandement : Bonum est obedire Deo et credere ei et custodire ejus praeceptum; et hoc est vita hominis

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(IV, 30, 1). Le souverain bien c’est l’obéissance, obedire Deo, custodire ejus praeceptum, sont des termes équivalents; le mal est donc constitué par la désobéissance, aussi le texte continuet-il: non obedire Deo, malum; et hoc est mors ejus (hominis). L'opposition établie entre Adam et Christ, entre Eve et Marie souligne cette pensée que la désobéissance est la racine du péché.

La désobéissance résulte de la tentation; l'homme a été séduit et il est tombé, l'initiative de la faute est rejetée sur Satan : Dieses Gebot hat der Mensch nicht festgehalten, sondern er hat Gott nicht gehorcht, irregeleitet von dem Engel, der wegen der vielen Geschenke, die Gott den Menschen gegeben hatte, thn beneidend und scheel dazu sehend, sowohl sich selbst zu Grunde richtete als auch den Menschen sündig machte (ss ir'èe£w, $ 16).

Le problème est reculé, il n'est pas résolu ; d’où vient le mal ? Les gnostiques essayaient de résoudre le problème du mal, Irénée l’écarte purement et simplement, les recherches de cet ordre dépassent l'intelligence humaine comme la question de savoir ce que Dieu faisait avant de créer le monde. Il reproche aux gnostiques de faire remonter le mal jusqu’à Dieu le rendant ainsi l’auteur du péché, (IT, 28, 3, et 4). La création, la génération du Fils, la révolte de certains êtres créés et l’obéissance de certains autres, la nature du mal, le châtiment des réprouvés, voilà tout autant de mystères que l'homme ne peut éclaircir et dont Dieu s’est réservé la connaissance. Il blâme énergiquement cette prétention qui caractérise les gnostiques (II, 28) de lever tous les voiles.

Quoiqu'il n’aborde pas de front le problème, Irénée essaie cependant d'en donner une solution. L'homme ne pouvait naître à la vie morale que par un choix entre le bien et le mal : agnitionem autem accepit homo boni et mali (IV, 30, 1), la liberté comporte la possibilité du péché.

Le péché étant une désobéissance, un résultat de la liberté, on peut demander s’il est nécessaire, c'est-à-dire s’il fait partie du développement religieux de l'humanité, ou bien s'il est un désordre que Dieu doit réparer par la rédemption.

Deux séries de textes militent en faveur deces manières de voir opposées; en faveur de la première, on peut citer les passages IV, 28, 3; IV,20, r et 2; V, 29, 2 ; qui cadrent bien avec l'opti-

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