‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 40 sur 107 · LA RÉSURRECTION ET L'IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

LA RÉSURRECTION ET L'IMMORTALITÉ

La croyance à la résurrection est spécifiquement chrétienne. Autant l’idée d’une survie, d’une vie au delà de la tombe, a été

répandue dans tous les temps et chez tous les peuples, autant l'idée d’un relèvement d’entre les morts est-elle discutée et rarement admise avant l'apparition du christianisme.

La résurrection de Jésus-Christ a tranché la question. En se répandant, le christianisme a été le grand véhicule de la foi à la résurrection. Toutes les fois que le christianisme se spiritualise à l'extrême, se volatilise, la foi à la résurrection s’atténue, s’affaiblit et disparaît.

Les gnostiques rejetaient la résurrection. Leurs prémisses philosophiques, leur intellectualisme, leurs tendances paiennes, le peu d'estime où ils tenaient les récits touchant la vie de Jésus, leur besoin de sortir de l’histoire sa vie et sa personne, expliquent suffisamment leur attitude sur ce point. Le monde sensible est l'ouvrage d'une divinité inférieure, le résultat d'une chute; c'est ia théorie platonicienne de la matière opposée à l'esprit. Avec de tels principes, le corps doit disparaître ; par la mort, l'âme est affranchie et elle peut retourner dans le sein de la divinité. |

Les récits évangéliques, comme la théologie juive, donnent au corps une tout autre importance. Il est une partie nécessaire de l'être humain, autre que l’âme mais égal à elle en dignité ; l'être complet comprend l'âme et le corps, la mort amène un divorce qui doit cesser un jour. Une fois que le péché sera aboli, la désobéissance primitive effacée, le divorce cessera, l’âme devra rejoindre le corps, ce sera la résurrection.

Plus les adversaires niaient la résurrection ou en altéraient l'importance et la nature, plus l'Eglise s’attachait à en faire voir le bien fondé et la nécessité. La croyance à la résurrection fait partie de la règle de la foi chrétienne ; Jésus-Christ est ressuscité et il est monté au ciel corporellement : +iv Eysostv èx vexpüvy xai ri Evoxonoy sis rods odoavods àvaAnev (I, 10, 1). Irénée lutte contre le travestissement de la doctrine ecclésiastique qu'il veut établir dans son intégrité; il traite ce point surtout dans le cinquième livre de son ouvrage.

Il distingue soigneusement la résurrection de l'immortalité. Les hérétiques admettaient bien la seconde mais rejetaient la première. Il ne lui suffit pas que la partie spirituelle continue à vivre, il faut que l'homme vive tout entier. Les motifs de la

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