‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 41 sur 107 · DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE V

résurrection sont exposés d'une façon très complète dans les chapitres 2 à 5 du livre indiqué.

La résurrection de la chair repose sur la toute puissance de Dieu. Prise en elle-même, la chair est périssable, mais Dieu peut la douer de l’immortalité, ce don, pour extraordinaire qu'il soit, n'excède en rien la puissance divine; celui qui croit à la création peut admettre la résurrection, car le Dieu qui peut tirer l'univers du néant peut à plus forte raison ressusciter : quidem multo difficilius et incredibilius est, ex non exsistentibus ossibus et nervis et vents et reliqua dispositione, quae est secundum hominem, facere ad hoc ut sit, et quidem animalem et rationabilem facere hominem; quam quod factum est et deinde resolutum est in terram, propter caussas quas praediximus, rursus redintegrare... Qui enim initio eum, qui non erat, fecit ut esset, quando voluit; multo magis eos, qui jam fuerunt, rursus restituet volens in eam quae ab eo datur vitam (V, 3, 2).

Dieu qui a créé le corps et lui a donné la vie, n’aura aucune difficulté à le reconstituer après sa dissolution et à lui donner la la vie une seconde fois et pour toujours. Il achève bien l’œuvre de la création pour les individus, lorsque celle-ci est restée incomplète, comme dans l’histoire de l’aveugle-né ; en accomplissant cette guérison, le Christ apporte ce qui a été omis dans la formation de cet homme avant sa naissance : Quod enim in ventre plasmare pratermisit artifex Verbum, hoc in manifesto adimplevit (V, 15,2). :

La puissance divine se montre encore dans la durée de la vie humaine avant le déluge et dans l'enlèvement des hommes de Dieu qui n'ont pas traversé la mort. Dieu a pu compléter la vie du corps, pour l’aveugle-né; il a pu la prolonger, pour les patriarches; il a pu ne pas l'interrompre, pour Enoch et pour Elie ; ilen dispose en maître et en use comme il lui plaît.

Les gnostiques rejetaient la résurrection au nom de leurs prémisses philosophiques ; ils tiraient aussi des arguments de Îa nature du corps humain destiné à se dissoudre et qui ne peut, en conséquence, participer à l’immortalité. Ils s’'appuyaient sur la déclaration de saint Paul que la chair etle sang ne peuvent hériter le Royaume des Cieux. Irénée discute cette parole et les textes analogues ce qui l'amène à d'importantes déclarations.

D'après lui, Paul désigne les hommes charnels quant à leur disposition intérieure, bien loin de songer au corps, indispensable compagnon de l'âme. Il reprend la comparaison paulinienne de l'olivier sauvage amélioré par la greffe. Comme la greffe ne transforme pas le bois de l’arbre sauvage, bien que les fruits soient changés, ainsi, chez l'homme qui reçoit l'Esprit de Dieu, la chair demeure ce qu'elle était, produisant des fruits meilleurs; cet homme n'est plus seulement chair et sang, il devient spirituel {(V, 10, 2).

Puisque l’œuvre du Christ restaure l’homme et le rétablit dans son intégrité primitive, elle est une préparation à la résurrection. En s'incarnant, en revêtant notre chair et notre sang, Christ a montré que nous sommes capables d'immortalité. Son corps ressuscité participe à la vie éternelle : notre corps avec la chair et le sang qui le constituent doivent y participer également.

Le sang est personnifié dans certains passages bibliques (Genèse IV, v. 10; Luc XI, v. 50), Irénée en conclut que le sang peut recevoir le salut et la vie éternellè. Il serait difficile de pousser plus loin le réalisme.

La chair et le sang du Christ ressuscitent et participent à l’immortalité, ils garantissent donc notre propre résurrection; de plus, ils en sont le moyen en nous communiquant la vie et l'immortalité par la sainte Cène. Dans la communion, notre être physique participe à la chair et au sang de Jésus-Christ dont l’immortalité ne peut faire de doute : Si autem non salvetur haec |caro), videlicet nec Dominus sanguine suo redemit nos ; neque calix eucharistiae communicatio sanguinis ejus est, neque panis quem frangimus, communicatio corporis ejus est. (Via a)

La résurrection de la chair est chose possible, raisonnable ; elle esten outre nécessaire par suite de la bonté de Dieu. Si le Dieu tout-puissant refusait à l'homme l'immortalité que son corps ne possède pas, ce serait par mauvaise volonté ou par jalousie, ce qui est incompatible avec l'idée de Dieu. En un sens, la mort n'est pas un mal, car elle nous fait connaître notre faiblesse etelle nous incline à aimer Dieu ; mais elle doit être suivie de la résurreetion, car le corps est une partie essentielle de l’homme qui,

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