DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE V ÿ
dans son Ctre entier, est corps, âme et esprit; que l’un de ces trois éléments disparaisse et l'homme n'existe plus. Les deux éléments, la chair et l'âme, pris dans leur union étroite et indissoluble, reçoivent l'Esprit de Dieu, revétent un caractère spirituel et participent à la rédemption : Incorporales autem spiritus non erunt homines spirituales ; sed substantia nostra, id est, animae et carnis adunatio assumens Spiritum Dei, spiritualem hominem perficit. (V,8, 2).
En résumé, la résurrection de la chair est indiscutable pour des raisons philosophiques et pour des raisons historiques.
Le corps appartient à l’homme, au même titre que l’âme. Il n’est pas une enveloppe périssable, destinée à être dépouillée le plus tôt possible, il est aussi nécessaire que sa contre-partie. Chaque corps humain est la demeure de l'âme qui lui est destinée et il est approprié à cet âme. Le corps est fait pour l'âme, comme l’âme pour le corps. Dans la vie de l’au-delà, l’homme conservera le souvenir de sa vie terrestre et aussi l'empreinte qu'il possédait ici-bas — character, figura.
Cette notion très réaliste se rapproche de celle de Tertullien et diffère considérablement du point de vue des Alexandrins qui spiritualisent la résurrection à la façon des gnostiques. Irénée attribue au corps ressuscité une existence pour ainsi dire matérielle et sensible : quae enim nova resurgit caro, ipsa est quae et novum percepit poculum (V, 33,1).
La résurrection de la chair est certaine par suite de la résurrection de Jésus-Christ. Elle est entendue dans le sens qui vient d’étre indiqué, elle se trouve confirmée par le relèvement du Christ d’entre les morts. Cette preuve historique et analogique est moins longuement développée que la précédente.
Telle est, pour [rénée, l'histoire de l’homme, de ses origines, de sa déchéance, de son relèvement et de la fin qui lui est réservée, On voit quel est son principal souci, combien grand est son effort pour maintenir l’unité et l'intégralité de la personne humaine. Encore que ses tentatives aboutissent parfois à des conclusions singulières, comme pour la résurrection, ou fâcheuses, comme pour sa notion du péché, il faut reconnaître qu’il a lutté avec les armes qu’il a crues les meilleures.
Le moment est venu de passer à la doctrine centrale, capitale,
de son ouvrage, comme d’ailleurs de toute exposition ou défense de la foi chrétienne, si toutefois est vraie cette parole du plus grand théologien des temps modernes, Schleiermacher, que toutes les hérésies se ramènent à la personne ou à l’œuvre de Jésus-Christ.
RROISIÈME PARTIE