‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 43 sur 107 · DOCTRINE-DE- CHRIST · texte numérisé non relu

DOCTRINE-DE- CHRIST

Tant qu'il s'agit de Dieu, de l’homme, de l’Eglise, Irénée ne s’écarte guère des sentiers battus ; il va parfois plus loin que ses prédécesseurs et prolonge les lignes déjà tracées — c'est Le cas notamment pour la doctrine de l'Eglise — mais il n'est pas vraiment neuf. Son exposé de la doctrine de Christ renferme la partie la plus remarquable de sa théologie, la seule réellement originale. Il développe une idée dont il n’est à vrai dire pas le créateur, puisqu'il l’a empruntée à saint Paul, mais qui ne se présente guère chez les autres Pères de l'Eglise, l’idée de la « récapitulation ». Il l'applique à la personne du Christ aussi bien qu’à son œuvre. C’est à la lumière de cette pensée qu'il aborde les problèmes de la relation entre Dieu, le Créateur, et la race humaine, sa créature; entre ta révélation dans l’ancienne alliance et dans la nouvelle ; et surtout la mystérieuse question du rapport entre l’espèce et les individus qui la composent.

Il est conduit par là à donner à la personne du Christ une valeur unique et une dignité incomparable. Christ est pour lui le nœud de l’histoire en même temps qu’il déchiffre l'énigme du monde. En Christ, il voit se réunir l’homme et Dieu, l’ancienne et la nouvelle alliance, se rassembler la race humaine : Christ est l'achèvement, le couronnement de l'humanité créée, en même temps, qu'il représente toute la divinité. Sa pensée sur le Christ se résume dans le passage suivant : « Nous montrons que le Fils de Dieu n'a pas commencé, puisqu'il a toujours

' existé auprès du Père : lorsqu'il a été incarné et qu’il s'est fait homme il a résumé en Jui toutes les générations de l'espèce humaine, nous procurant ainsi le salut, afin que nous recouvrions en lui ce que nous avons perdu en Adam, d’être faits à l'image et à la ressemblance de Dieu {1) ».

Irénée avait à défendre sa notion de la personne du Christ contre les gnostiques docètes et contre les ébionites; il avait à défendre sa notion de l'œuvre du Christ contre les gnostiques dualistes et contre les ébionites pélagiens. Les assauts venus du dehors ont accentué, fortifié sa pensée qui, sans ces attaques, serait peut-être demeurée imprécise et flottante. Elle n’est pas systématisée dans un chapitre spécial de son ouvrage. Mais, bien que disséminée sur des points divers, elle se dégage très nette et très vive. Unité de Dieu et dignité de Christ, tels sont les deux piliers sur lesquels repose la conception religieuse d’Irénée, sa pensée se meut entre ces deux pôles, Dieu est le seul Dieu, Jésus-Christ est son seul révélateur; ou encore, Dieu n'est connu que par Jésus-Christ.

(1) Ostendimus enim, quia non tunc cœpit Filius Dei, exsistens semper apud Patrem ; sed quando incarnatus est, et homo factus, longam hominum expositionem in seipso recapitulavit, in compendio nobis salutem praestans, ut quod perdideramus in Adam, id est, secundum imaginem et similitudinem esse Dei, hoc in Christo Jesu reciperemus. (III, 18, 1).

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