L'INCARNATION
Les écrivains grecs postérieurs ont employé le mot ivavhowurrst qui correspond exactement au terme incarnatio; Irénée se sert des substantifs 549%, sépxwou et du verbe oupxow ([, 10, 1, ITT, 18,3; 19, 1, etc.). La traduction latine rend les expressions grecques par caro, incarnatio, incarnatus sum. Les expressions du texte grec sont naïves et peu philosophiques, la pensée d’[rénée dépasse de beaucoup sa terminologie un peu pauvre; ses successeurs devaient élargir le vocabulaire, il suffit de parcourir les symboles de Nicée et de Constantinople pour s'en convaincre : à Ty hjustéouv owrrnoïay zate0ovra na ouoxwévra za ivavowrisav-z dit le symbole de Nicée.
Jrénée attache une importance capitale au fait de l’incarnation. Il est expressément formulé dans sa définition de la foi catholique : sv oxpxwbéura Üréo tic huetépus owrnotas ([, 10, 1). Tertullien mentionne l’incarnation dans la règle de foi des ouvrages Adversus Praxeam et De praescriptiontbus, mais non dans celle du De velandis virginibus, I. Origène, dans la longue et raffinée profession de foi du De principiis, l'encadre dans le passage suivant : nOvissimis temporibus se ipsum exinaniens, homo factus, incarnatus est cum Deus esset, et homo factus mansit quod erat Deus.
Cette doctrine a une importance toute pratique, on ne saurait trop le souligner, le Christ s'est incarné en vue de notre salut, tous les passages qui traitent ce sujet le montrent avec évidence. Voici probablement le plus important : Haerere itaque fecit et adunivit, quemadmodum praediximus, hominem Deo. Si enim homo non vicisset inimicum hominis, non juste victus esset ini-
micus. Rursus autem, nisi Deus donasset salutem, non firmiter haberemus eam. Et nisi homo counitus fuisset Deo, non potuisset particeps fiert incorruptibilitatis. Oportuerat enim mediatorem Dei et hominum per suam ad utrosque domesticitatem in amicitiam et concordiam utrosque reducere et facere, ut et Deus assumeret hominem, et homo se dederet Deo. Qua enim ratione filiorum adoptionis ejus particeps esse possemus, nisi per Filium eam, quae est ad ipsum, recepissemus ab eo communionem; nisi Verbum ejus communicasset nobis, caro factum? (NII, 18,7). Telles sont les raisons nécessaires et suffisantes de l’incarnation. Si Jésus-Christ ne réunit pas, #vwsev, adunivit, l'homme et Dieu dans sa personne, le salut demeure illusoire ou plutôt il est impossibie. Il faut que l'ennemi de l’homme soit vaincu par l'homme, il faut également que notre salut nous soit garanti par un Dieu. Cette théorie est aussi belle qu’elle est profonde et compréhensive : l'ennemi de l’homme vaincu par l'homme, c'est le côté moral avec la solidarité; le salut garanti par Dieu, c’est le côté religieux, le don céleste gratuit avec l’adoration.
L'incarnation est la venue en chair du Verbe divin, celui qui était Fils de Dieu est fait fils de l’homme. Elle est le passage de l'infini de Dieu dans le fini de l'homme. Elle renverse l’axiome homo non capax Dei et lui substitue la thèse opposée. Elle est un grand miracle, elle est le miracle. Celui-là étant admis, les autres en découlent comme des corollaires. La naissance miraculeuse paraît indispensable à Irénée pour maintenir cette origine divine. Ceux qui rejettent la naissance miraculeuse se mettent en dehors du christianisme ; ils méconnaissent un caractère essentiel de son fondateur. Il est assez curieux de voir les Ebionites rejeter la naissance miraculeuse, sans attaquer ou même mentionner la résurrection; c'est que le débat était parfaitement circonscrit et se poursuivait sur le terrain des origines, et non pas de l'issue ou de la destinée du Christ. Aujour. d’hui les termes sont renversés.
Le Verbe de Dieu était préexistant, il se manifeste en revétant une chair humaine; il possède un corps d'homme et reproduit la forme donnée à Adam,lors de sa création : antiquam plasmationem Adae. OS vas %v ados odpux vai aiua Esynxwe, d &v
Hs Éényopdauro, st pi Thv doyalav mAdoiv vod ’Adau (V, 1, 2). Il y