‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 47 sur 107 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE II OI · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE II OI

a là une solide réalité, le corps du Sauveur appartient bien à notre race : Sic igitur Verbum Dei homo factus est. si autem non factus caro, parebat quasi caro... quod autem parebat, hoc et erat (III, 18,7).

Les gnostiques s’emploient à combler l'abime qui sépare l'infini du fini par la chaîne des éons, par une hiérarchie d'êtres fantastiques ou mythologiques; Irénée y place le Verbe de Dieu incarné. Jésus-Christ suffit à relier l’homme à Dieu et il le relie pleinement, complètement, substantiellement. Tels sont la portée et le but de l’incarnation. Elle n’est pas une spéculation, elle est une affirmation de la piété. Et nous sommes bien loin des savantes théories des conciles du iv® et du ve siècles, bien loin des subtilités dialectiques des Pères de Chalcédoine, nous nous trouvons devant l'enseignement tout pratique d’une âme profondément religieuse.

Le Verbe a été fait chair, il a reçu de Marie un organisme terrestre et a ainsi abaissé Dieu jusqu’à l'homme, afin de supprimer l’incommensurable distance qui les séparait et de rétablir union, plus encore la communion, entre eux: Domino effundente Spiritum Patris in adunitionem et communionem Dei et hominis, ad homines quidem deponente Deum per Spiritum, ad Deum autem rursus imponente hominem per suam incarna- DONEMIN GE, Da

Ce bienfait est celui qui frappe et transporte de prime abord; de l’incarnation en détoule un autre, peut-être moins visible, mais aussi grand et très propre à nous toucher par ses conséquences.

Le Verbe de Dieu a été fait chair afin que notre chair fût vivifiée par lui. L'incarnation prend sa racine dans l'éternité, dans le monde invisible ; elle se manifeste dans le monde sensible et dans le temps par le don de Jésus-Christ; ce côté de l'œuvre de Dieu regarde le passé. Irénée se tourne ensuite vers l'avenir et après avoir posé la question : Pourquoi le Fils de Dieu est-il devenu homme? il donne la réponse : Afin que nous devenions fils de Dieu. L'incarnation prépare l'adoption, et en vérité cela est bien juste : puisque le Verbe entre dans la race humaine, s’incorpore à l'humanité, celle-ci doit participer à la divinité et s'élever jusqu'à elle : radra Aéyer mods vobs pi dséauévous Ty dwos2v

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Il faut aller plus loin encore. L’adoption est la conséquence de l’incarnation ; elle n’est pas complète sans la rédemption de notre corps. Celui qui accepte la vie éternelle participe du même coup à l’incorruptibilité du Verbe; la chair mortelle et coupable reçoit l’immortalité. Puisque ceux qui ne reconnaissent pas Emmanuel, né d’une vierge, sont privés de son bienfait, la vie éternelle, ne reçoivent pas le Verbe incorruptible, persévèrent dans la chair mortelle et sont débiteurs de la mort, ne recevant pas l’antidote ou remède de la vie (antidotum vitae, l'équivalent du viouaxoy äfavastias) (III, 19, 1); il est évident que ceux qui occupent la situation opposée jouissent des bienfaits énumérés ci-dessus.

On comprend pourquoi Irénée combat avec une telle vigueur le docétime gnostique; il veut montrer la régénération de la chair et la doctrine de l’incarnation est merveilleusement favorable à sa thèse. [1 la pousse si loin que, dans son exposé de la foi catholique, il montre la chair admise dans les lieux célestes en la personne de Jésus-Christ : xa Tv EVOXOXOY Eis TOÙS 00 24V00S avaknbiy toù yannpuévos Xotozod ’Inooù vod xvoioo uwv ([, 10, 1). L’incarnation du Verbe garantit le salut de l’être tout entier, du corps aussi bien que de l’âme. Les ultra spiritualistes qui dédie gnent le corps pour des raisons dogmatiques ou philosophiques sont les ouvriers d’une œuvre mauvaise : ils tracent des limites à la puissance divine et à l’action rédemptrice, ils méconnaissent l'étendue de l'action salutaire du Fils de Dieu, retranchent une province de son patrimoine et, en diminuant sa sphère d'influence, ôtent quelque chose à sa gloire : Vani autem omnimodo, qui universam dispositionem Dei contemnunt, et carnis salutem negant et regenerationem ejus spernunt, dicentes non eam capacem esse incorruptibilitatis. Si autem non salvetur haec, videlicet nec Dominus sanguine suo redemit nos (V, 2, 2). Il n'y a donc pas à s’y tromper, rejeter le salut du corps, c’est rejeter l’incarnation, c'est-à-dire rejeter tout le plan divin.

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