‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 48 sur 107 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE I

L'importance de la doctrine de l’incarnation apparaitra plus clairement si, par quelques citations, nous résumons quelles sont ses conséquences :

1° Grâce à elle, nous recouvrons ce que nous a fait perdre la chute, savoir la ressemblance divine : incarnatus est... ut quod perdideramus in Adam, id est, secundum imaginem et similitudinem esse Dei, hoc in Christo Jesu reciperemus (II, LOL}

2° La communion avec Dieu est rétablie : Verbum caro factum..… omnibus restituens eam, quae est ad Deum communionem IS 87

3° Nous possédons à nouveau la filialité divine et l'adoption: Propter hoc enim Verbum Dei homo ; et qui Filius Dei est, Jilius hominis factus est, commixtus Verbo Dei, ut adoptionem percipiens fiat filius Dei (NII, 19, 1).

4° La rédemption de la chair nous est assurée : S: enim non haberet caro salvari, nequaquam Verbum Dei caro factum esset ER NE

5° Enfin, par l’incarnation, arrive au jour une nouvelle race, une seconde humanité : filius altissimi Dei Patris omnium, qui operatus est incarnationem ejus et novam ostendit generationem INENTES :

L’incarnation joue donc un rôle capital dans la christologie et dans la sotériologie d’Irénée. Cette doctrine occupe une place autrement importante que celle de la rédemption.

Elle forme assurément la clef de voûte de tout l’enseignement sur la personne et sur l'œuvre du Christ. Tourmentés par la question morale, le fait du péché et la réconciliation avec Dieu, des théologiens postérieurs étudièrent les conséquences du drame du Calvaire. Pour eux, l'œuvre salutaire de Dieu culmine en Golgotha, elle se résume dans la croix but et terme de la vie de Jésus-Christ; Irénée voit l’abaissement, l’humiliation et le sacrifice du Fils de Dieu, au point de départ de son existence terrestre. Le besoin religieux d’adoration et d'amour, le besoin moral de pardon et de sainteté sont les mêmes que chez tous les grands serviteurs de Dieu, mais ces mêmes besoins s'attachent à d’autres instants de la vie du Sauveur ct à d’autres éléments de sa personne. L’incarnation nous procure tous les

e É ARR ESSAI SUR LA THÉOLOGIE D'IRÉNÉE

bienfaits ‘spirituels, toutes les grâces que d’autres dérivent de la croix.

L'incarnation permet à Irénée d'éviter les deux écueils de l'ébionisme et du gnosticisme. Grâce à elle, il maintient la dignité du christianisme et de son fondateur aussi bien que la réalité historique de la personne du Christ : il place humanité du Christ en face de sa divinité sans concilier, il est vrai, mais aussi sans sacrifier aucun des deux éléments. [1 ne songe même pas à les unir ou à les fondre dans une formule intellectuelle. Les termes chers à la théologie postérieure : humanité, divinité, nature, substance, hypostase, ne se rencontrent pas chez lui, pas du moins dans le sens qu’ils ont revêtu ensuite. Il affirme des réalités religieuses négligées, omises, combattues ou niées par les hérétiques de droite et de gauche; il veut les sauvegarder et non pas en faire la synthèse.

L'incarnation est l’arrivée de Jésus-Christ sur la terre, son entrée dans la race humaine, son apparition dans l'histoire ; peut-on le saisir en dehors et au-dessus de l'histoire? quelles sont les origines de sa personne mystérieuse ?

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