‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 51 sur 107 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE Ill · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE Ill

mixtio (V, 6, 1), la personne du Christ n'est pas à ses yeux un assemblage d'éléments plus ou moins hétérogènes et irréducübles, une sorte de composé réfractaire à toute unité profonde, comme les pieds de la statue de Nébucadnetsar; elle est un renouvellement en même temps qu’un résumé de notre espèce qu’elle rassemble et régénère tout à la fois. La personne du Christ n’est pas un mélange d'éléments humains et d'élément divin, pour autant qu'ont peut les opposer l’un à l’autre; ces éléments se fondent, s’abiment, disparaissent dans un être nouveau, autre, synthèse de l'humain et du divin.

À cet égard, la pen$ée d’Irénée, quelquefois indécise, n’est jamais fuyante, mais au contraire pleine de souplesse; elle ressemble à une chaîne de collines dont les contours ne sont pas nettement arrêtés et d’où la pensée peut descendre vers la théorie des deux natures, avec toutes ses difficultés et toutes ses abstractions, ou bien vers une conception plus humaine et plus compréhensible : celle de la réalisation dans notre race de l’idée que Dieu s'était proposée lors de la création.

La limite qui sépare Dieu de la créature reste toujours imprécise. C’est un avantage de sa psychologie si peu arrêtée de permettre l'union de la nature humaine à la nature divine, grâce à des formules très compréhensives; ce qui, dans l'homme primitif, était une virtualité enrayée par le péché devient une actualité en Jésus-Christ. L'idée se transforme en réalité, l'union du Logos avec la nature humäine donne à celle-ci la pleine vérité divine à laquelle elle était destinée et elle donne en même temps à l’idée divine la réalité humaine. L'incarnation réalise la ressemblance divine dans notre nature, et c’est tout le Christ.

Il possède donc, dans l’unité profonde de sa personne, l’humanité et la divinité, non point accolées ou juxtaposées mais fondues dans leurs parties les plus intimes. Le Christ a été homme pour passer par la tentation; il est le Verbe de Dieu pour obtenir la glorification : Gsrso yào iv avbownos, ‘va retour, oÿtwe xx) Adyos, vx GobasÜn * houydtovros pèv toÿ Adyou Ev tr netpateo- Oar... #a) sTavpodsbat ral dmobvéazeuw * auyyivopévou D D avoue Ev Th vuxäv xa brouévetw xal yonorsseobar vai dvlorashaur xal àvakauôäveoat NS SCENE

Que devient le Verbe pendant la tentation ? il n’est pas sup-

primé, il est seulement inactif, requiescente quidem Verbo, dit la traduction latine, il est pour ainsi dire à l’état latent. Toutefois cette disparition n'est que pour un temps, l'homme doit céder la place au Verbe glorifié dans l'éclat duquel il s'évanouit plus ou moins, absorpto autem homine in eo quod vincit et sustinet… et resurgit et assumitur. Il semble qu'ici, à l'encontre de ce qui vient d’être dit, la divinité et l'humanité sont bien coexistantes mais non pas coactives, chacune joue successivement son rôle ; l'humanité de Christ comprise entre l'éternité antérieure à l’incarnation et l'éternité postérieure à la résurrection est en quelque sorte noyée dans un éclat de gloire. Il faut tout le sens religieux d’Irénée, tout l'intérêt pratique que présente à ses yeux la vie terrestre du Sauveur, pour retenir aussi énergiquement qu'il le fait sa pleine humanité, et encore n'y parvient-il qu'à grand peine.

Un peu plus loin il écrit: Diligenter igiturs ignificavit Spirilus sanctus per ea, quae dicta sunt, generationem ejus (Filii), quae est ex virgine, et substantiam, quoniam Deus (III, 21, 4). La génération du Christ est de la Vierge, mais sa substance est de Dieu. Au point de vue historique il est le fils de Marie, au point de vue éternel il est Dieu, et comme ce qui est éternel l'emporte sur ce qui est transitoire, la divinité risque de l'emporter sur l'humanité.

De même, dans le traité Ets ir!dsêw, nous lisons que le Christ est Esprit de Dieu tandis que son corps n’est que l'ombre de sa personne : denn wie der Schatten vom Kürper entstammt, so ist auch der Kôrper Christi von seinem Geiste entstammt (S 71).

Irénée ne se rend pas très bien compte de la. nécessité d'une âme humaine dans la personne du Christ, de là une tendance au docétisme qui demeure toute logique et bien inconsciente.

Mais jusqu'ici nous n'avons pas le mot décisif. Pour l'obtenir, il faut quitter le terrain philosophique et entrer dans le domaine religieux. Voici ce que nous y entendons : Peccata igitur remittens, hominem quidem curavit, semetipsum autem manifeste ostendit quis esset. Si enim nemo potest remittere peccata, nisi solus Deus; remittebat autem haec Dominus et curabat homines : manifestum, quoniam ipse erat Verbum Dei, Filius hominis factus, a Patre potestatem remissionis peccatorum accipiens,

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