L'ŒUVRE DU CHRIST
Dans l'Église catholique du moyen âge, le salut consistait en deux choses, la délivrance de l'enfer et la certitude du paradis, avec le rétablissement de la ressemblance divine chez l'homme. Aujourd’hui, le salut consiste surtout dans un bien intérieur, un don et dans une transformation morale dont Christ est l'agent. Il est le Rédempteur et le Sauveur. Irénée n’emploie pas souvent les mots Rédempteur ou Sauveur; lorsque ces termes viennent sous sa plume, c’est presque toujours à l’occasion de la controverse gnostique. Irénée n’attache pas indissolublement à la personne de Jésus-Christ la notion de salut ou de rédemption. Il considère l'homme comme déchu, tombé, livré au péché et à la mort, séparé de Dieu; dans cette variété de malheurs on ne trouve guère la notion spéciale de perdition. Les autres sont équivalentes, dira-t-on? Oui, à certains égards, mais elles sont moins pleines et moins énergiques, elles ne correspondent pas à l’idée de révolte et de ruine telle qu'elle est entrée dans notre conscience religieuse. Rétablissement de la ressemblance avec Dieu, adoption, victoire sur la mort, communication de vie éternelle, tels sont les termes qui reviennent le plus souvent pour désigner l’œuvre de Jésus-Christ. La pensée fondamentale est exposée en ces termes : Jesus Christus Dominus noster, propter immensam suam dilectionem, factus est quod sumus nos, uti nos perficeret esse quod est ipse (V. Praefatio). Nous retrouvons ici l'idée de l’incarnation. Tandis qu'aujourd’hui la piété met, avec saint Paul, l'accent sur la mort rédemptrice de Jésus-Christ, la piété de l’évêque lyonnais revient au dépouillement de Jésus-Christ et à son entrée dans le monde. Nous voyons l’abaissement au terme de la carrière terrestre, lui