TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE V Os
elles ne sont pas « l'événement ». Pour Irénée, Jésus-Christ n’a pas donné sa vie, il s’est abaissé. On comprend mieux ce point de vue lorsqu'on se souvient qu’'Irénée est hanté par l’arrièrepensée gnostique et que son explication revêt forcément un caractère cosmologique. Il ne se préoccupe pas tant du Christ historique que du Christ préexistant; il ne suit pas les traces de ce Jésus historique, il reste dans le domaine de la spéculation.
Il se préoccupe des souffrances du Christ, non pas tant pour en rechercher le sens et la portée, que pour en conclure que le Christ étant passible est vraiment homme, qu'il ne s’est pas contenté de revêtir une apparence d'humanité et de demeurer inaccessible à la douleur, comme le voulaient certains hérétiques. La flagellation, la couronne d'épines, la croix, le sang versé, tous ces détails de la passion sont négligés : lui, si ingénieux en d'autres endroits, n’en tire aucun parti, il semble même que sa piété n’y trouve rien. Quand le Christ crucifié prononce la parole : « Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu'ils font », Irénée y voit tout uniment une preuve de patienceiet debonté (IIF,-18,:5).
Dans son traité Ets ir!ôe&rv, Irénée donne diverses explications de la mort de Christ.
IL est mort pour notre salut : er für unsere Erlüsung starb (S 72).
Il est mort pour accomplir les prophéties; de nombreux endroits rapprochent sa'passion des passages de l'Ancien Testament, ce qui donne au raisonnement une couleur fortement judéo-chrétienne. Fa
Enfin, ce qui est plus étrange, [Irénée s'appuyant sur une citation d'un livre apocryphe portant le nom de Jérémie, déclare que le Sauveur est mort pour annoncer le salut aux défunts : Hier erklärt er auch die Ursachen seines Todes : denn sein Herabsteigen in die Hôlle war zur Errettung der Gestorbenen (S 78). |
L'œuvre de Christ est considérée à quelques reprises comme une rédemption : Oportebat enim eum, qui inciperet occidere peccatum et mortis reum redimere hominem, id ipsum fieri quod erat ille, id est hominem, qui a peccato quidem in servitium tractus fuerat, a morte vero tenebatur, ut peccatum ab homine
it4 ESSAI SUR LA THÉOLOGIE D'IRÉNÉE
interficeretur, et homo exiret a morte (III, 18, 7). Sua propria juste et benigne assumens : quantum attinet quidem ad apostasiam, juste suo sanguine redimens nos ab ea; quantum autem ad nos, qui redempti sumus, benigne (V, 2, 1).
L'idée de rédemption se rattache à celle de dette, toutes deux sont corrélatives; la notion de dette apparaît dans le passage suivant : ut remittat (Filius) nobis debita nostra, quae factorti nostro debemus Deo.… per quam (remissionem) delevit chirographum debiti nostri…. uti quemadmodum per lignum jfacti sumus debitores Deo, per lignum accipiamus nostri debiti remissionem (V, 17, 3).
En citant encore deux passages du cinquième livre, nous aurons mentionné les données principales sur ia rédemption dont la notion deviendra ainsi plus précise et plus complète : OÙ0E yao %v &Anloe oxoxx xai aiux ÈS YTAUS, dt &v Ruäs En yo9%9a70, v doyalav mhäciv rod Ad els Éaurdv àvexsoahauwboato [V, 1, 2).
Le texte qui s'étend le plus longuement sur la rédemption et qui a exercé une grande influence sur la théologie postérieure est assurément le suivant : quoniam Verbum potens et homo verus, sanguine suo rationabiliter redimens nos, redemptionem semetipsum dedit pro his, qui in captivitatem ducti sunt. Et quoniam injuste dominabatur nobis apostasia, et quum natura essemus Dei omnipotentis, alienavit nos contra naturam, suos proprios Jfaciens discipulos; potens in omnibus Dei Verbum, et non deficiens in sua justitia, juste etiam adversus ipsam conversus est apostasiam, ea quae sunt sua redimens ab ea : non cum vi, quemadmodum illa initio dominabatur nostri, ea quae non erant sua insatiabiliter rapiens; sed secundum suadelam, quemadmodum decebat Deum suadentem, et non vim inferentem, accipere quae vellet, ut neque quod est justum confringeretur, neque
antiqua plasmatio Dei deperiret. To dl oùv dluxrt lorowsauivou Aus To Kootou, «xl ôvros rhv Vuyñv dnèo roüv hustéowv Voyov xal tiv gaoka Tv ÉaUTOd Avr) Toy hueréowv oxoxwv (V, 1, 1).
La rédemption est un rachat. On ne rachète que ce qui a été vendu, aliéné ou engagé à un titre quelconque. L'on peut, dans un rachat, considérer celui qui rachète, celui qui est racheté, le prix payé et celui à qui ce prix est remis. Celui qui rachète est Jésus-Christ, le Verbe divin, l'homme est racheté par son sang
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