‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 65 sur 107 · TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE V

ou par sa vie; la pensée est parfaitement limpide et les passages cités sont unanimes à cet égard. A qui l'homme est-il racheté? Nous le voyons racheté de la mort (III, 18, 7), de Dapostasie (V2, 1 et. V, 1, [), et enfin de la captivité ou de la servitude (111, 18, 7 et V, 1, 1). Ces termes peuvent aisément se ramener à l'unité; ils représentent les faces diverses du pouvoir des ténèbres. L’apostasie est identifiée avec Satan, elle n’est pas un simple éloignement de Dieu, elle personnifie le Tentateur puisqu'elle exerce sur nous une domination injuste : dominabatur nobis apostasia.

Un autre passage (V, 17, 3)nous représente comme les débiteurs de Dieu et nous montre le péché comme une dette acquittée, remise par la croix.

Si l’on presse rigoureusement la notion de rédemption-rachat, on arrive ici à une contradiction, on se trouve dans une impasse. D’après certain passage, nous étions les débiteurs de Dieu, par conséquent c'est à lui qu'a été payée notre dette; d’après d’autres, nous sommes affranchis de la servitude, de l’apostasie et dela mort, toutes puissances sataniques, en un mot, nous sommes libérés à l'égard du diable, c’est à lui qu'a été versé le prix de notre rançon.

La difficulté disparait si l’on analyse le fait du péché et que l'on quitte le terrain rigoureusement dialectique. On a remarqué que le péché est à la fois dette, maladie et esclavage : dette visà-vis de Dieu, maladie qui conduit à la mort spirituelle, esclavage à l'égard du mal pris dans son principe. Jésus-Christ vient dissoudre ces liens divers, il libère de la dette, guérit de la maladie et affranchit de l'esclavage. Irénée s'efforce de mettre en lumière cette triple activité sans la concilier logiquement, il cherche à embrasser les différents éléments de la vérité religieuse sans les ramener à Punité. Jésus-Christ nous rachète de la mort, de l'apostasie et de la servitude, en même temps qu’il remet la dette contractée envers Dieu.

Nous trouvons la notion la plus complète de la rédemption dans le passage V, 1, 1, cité à la page précédente.

En analysant ce texte remarquable, nous voyons d’abord que la rédemption est légitime, basée sur la nature des choses et, pour ainsi dire, fondée sur le droit naturel, tandis que la capti-

vité de l’homme ou le péché sont injustes, contre nature, et résultent d’un acte de fourberie et de violence. Par nature nous étions à Dieu, que nous ne lui appartenions pas est contre nature. La rédemption est un retour à la véritable destinée, c'est l’ordre succédant au désordre. Voilà pour l'homme.

Quels sont les procédés des deux puissances adverses, le Verbe de Dieu et le démon, apostasia? Le séducteur s’est emparé de l’homme par fraude et par violence, il n'a aucun droit sur lui, pas même le droit de conquête; sa domination est l'injustice souveraine ayant à l'origine la ruse et la rapine. En présence d'une telle situation, Dieu serait autorisé à user de son irrésistible puissance. Il aurait le droit d’arracher l’homme de haute lutte à un esclavage aussi intolérable qu'injustifié. La parfaite justice apparaît accompagnée de mansuétude, le Verbe de Dieu n’use pas de sa force invincible. Le tentateur a agi avec fraude et violence, le Verbe divin demeure juste vis-àvis de la suprême injustice, il consent à racheter des biens qui lui appartiennent et qui étaient inaliénables, il emploie la persuasion comme il convient à un Dieu qui procède avec douceur, et, pour prix du rachat, il donne son sang. La rédemption manifeste la justice et la persuasion divines s’exerçant en faveur de l’humanité, elle manifeste aussi l'injustice et la violence du diable.

En droit, le démon n’a aucun pouvoir sur l’homme qui dépend uniquement de Dieu; il possède cependant une domination de fait; l'œuvre de Jésus-Christ est précisément d'anéantir cette illégitime puissance. La rédemption est juste, raisonnable, rationabiliter redimens, juste non cum vi, le diable est un usurpateur, #njuste dominabatur, contra naiuram, ea quae non erant sua insabiabiliter rapiens ; d'un côté se trouve la justice absolue, de l’autre l'injustice absolue.

L'idée de substitution n’est même pas absente, elle se trouve dans le texte grec du passage où elle apparaît avec les prépositions Ümèp et àvri : Covros av Luyñv brio Tov à petéowy doywv a ti cdpna Tv Éxutod avr) tv huetéowv axoxwv. Si l’on entrevoit l’idée de substitution, celle d'expiation n'apparaît guère, le péché n’a pas chez Irénée la gravité qu'il revêt chez saint Paul ; un droit est perdu et il faut le recouvrer, il faut vaincre un adversaire, mettre en fuite un ennemi : hunc {Filium) destruxisse

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