FORMATION ET ÉTENDUE DU RECUEIL
L'ouvrage d'Irénée renferme des données trés importantes concernant la formation du Nouveau Testament ; il n’est pas nécessaire de les reproduire îci, elles intéressent surtout l’histoire du Canon. Il est plus conforme au but de ce travail de montrer la place que tient l'Écriture sainte dans l'élaboration de la doctrine,
Irénée, écrivant vers 190, connaissait le Nouveau Testament, mais non pas tel que nous le possédons aujourd’hui; de plus, il employait et mettait sur le même plan que les livres du Nouveau Testament actuel des écrits que nous ne reconnaissons pas comme canoniques, c’est ainsi que le Pasteur d'Hermas, est cité et introduit par la formule : 22265 0% res À, jongi, ñ Déyouss, Scriptura quae dicit (JV, 20, 2). Nulle part, il ne songe à former une liste des livres du Nouveau Testament comme le fait vers l’an 200 son contemporain, l'auteur du canon de Muratori; il cite les écrits sans fixer les limites du recueil. Il vit au moment où la liste des écrits du Nouveau Testament va prendre corps et, s’il contribue à l’établir, il ne cherche pas à la dresser.
C’est dans le troisième livre de son ouvrage qu'il traite en détail les questions touchant l'Église, la tradition et l’Écriture sainte. Le passage III, 11, 8 est célébre dans l'histoire du Canon; il renferme une curieuse conception de l’histoire évan-
gélique et montre que, par analogie avec la création terrestre, il ne peut y avoir ni plus ni moins que quatre évangiles : Neue autem plura numero quam haec sunt, neque rursus pauciora capit esse evangelia. Quoniam enim quatuor regiones mundi sunt in quo sumus, et quatuor principales spiritus, et disseminala est ecclesia Super omnem terram, columna autem et firmamentum ecclesiae est evangelium et spiritus vitae ; consequens est, quatuor habere eam columnas, undique flantes incorruptibilitatem et vivificantes homines.
Irénée se laisse guider dans ses citations par un certain sentiment religieux et ecclésiastique, plutôt que par des principes où la critique aurait la moindre part. Bien qu'il ne délimite pas le Nouveau Testament, il en prépare la formation en excluant les évangiles apocryphes qui avaient cours alors. D'autres écrivains, contemporains ou postérieurs, Hégésippe, Tertullien, Clément, Origène, emploient les évangiles extra-canoniques, sinon comme autorités de premier ordre du moins à titre documentaire ou d'appoint; Irénée ne veut que quatre évangiles et accentue la tendance qui existait déjà en faveur de nos évangiles canoniques.
Il place les écrits évangéliques à côté de ceux de l'Ancien Testament en leur donnant même valeur et même autorité. Ainsi, il cite Matthieu, Marc, Luc, Jean, les épîtres aux Romains et aux Galates, en même temps que les écrits de l’ancienne alliance et sans établir aucune distinction (III, 16). Il introduit des passages du Nouveau Testament en employant la même formule que pour l'Ancien. Il va jusqu’à mettre les apôtres au-dessus des prophètes d'Israël puisque, d’après I Corinthiens XII, 28, les apôtres viennent avant les prophètes dans l’ordre des dignités
I estime que les passages du Nouveau Testament, ont par eux-mêmes une force probante et n’ont pas besoin d’être confirmés par des citations de l'Ancien, ce qui marque une nouvelle étape dans la formation du Canon de la nouvelle alliance, Le recueil se compose de deux éléments : tà sdxyyehtua ua) tà àmoovoka (1, 3, 6); les écrits évangéliques et les écrits apostoliques.
L'Écriture sainte, Ancien et Nouveau Testament, apparaît à Irénée sinon comme l'unique, du moins comme la principale