QUATRIÈME PARTIE. —- CHAPITRE PREMIER
source de la vérité religieuse. L'Ancien Testament, arrêté et clos, constituait l'autorité suprême. Jésus et les apôtres l'avaient cité comme l'autorité indiscutable et souveraine, l'Église marcha sur leurs traces. Il est la parole de Dieu même, les prophètes étaient inspirés et ont annoncé les messages dont Dieu les avait chargés. Les saintes Écritures sont dues à l'inspiration divine : at à youpai ôvrws etat 2voo0nsav, Scripturae vere divinae creditae sunt, dit-il (III, 21, 2), en racontant la légende de la traduction des Septante dont tous les traducteurs, bien que séparés, auraient employé les mêmes termes pour rendre les mêmes récits; le texte hébreu de l'Ancien Testament et la traduction grecque sont également garantis d'En Haut.
Un tel recueil peut-être cité dans les questions litigieuses comme un juge sans appel. Parmi les nombreux griefs invoqués contre les gnostiques, figure le peu d’estime où ils tiennent l'Ancien Testament; cette attitude est commune à tous les hérétiques, gnostiques, ébionites ou autres, dont « tous les efforts tendent à étouffer la vérité divine et à ruiner le témoignage des prophètes émané de Dieu » (1). Lorsqu'il fait le portrait du disciple de vérité, Irénée montre tout ce qu'il doit fuir, puis il ajoute, et dans sa pensée, c’est le trait final qui amène le tableau à sa perfection : « Celui-ci ne blasphème point le Père et n’annule point son dessein, il honore les patriarches et les prophètes, les reconnaissant pour envoyés de Dieu qui a inspiré leurs prophéties » (2).°
A l’occasion de sa polémique contre les gnostiques, Irénée expose ses vues concernant l'Écriture sainte. Il les accuse de rejeter l'Ancien Testament qui est digne de tout respect et de toute considération, il leur reproche de trahir le Nouveau par des interprétations fausses ou capricieuses. Les hérétiques s’appuient sur les évangiles pour établir leurs erreurs : les ébionites ne se servent que de Matthieu ; Marcion découpe dans Luc les
(1) Tantam dispositionem Dei dissolventes quantum ad ipsos est; frustrantes prophetarun testimonium, quod operatus est Deus (20):
(2) Hic igitur... neque Patrem suum blasphemans, neque dispositiones ejus frustrans, neque Patres accusans, neque prophetas exhonorans, aut ab alio Deo dicens eos, aut iterum ex alia et alia substantia fuisse prophe-
tias (IV, 33, 15).
passages qui lui conviennent; d'autres ne reçoivent que Marc ; ceux qui divisent la personne de Jésus-Christ enseignent que l'homme Jésus seul a souffert et que le Christ divin qui reposait sur lui n'a point participé à la passion; les Valentiniens se servent de l'évangile de Jean pour appuyer leurs rêveries métaphysiques. Bien plus, emportés par leur audace, exsistentes extra omnem timorem, ceux-ci prétendent posséder un plus grand nombre d’évangiles que les quatre canoniques et en user si librement qu'ils en forment un à leur usage particulier : plura habere gloriantur, quam sint ipsa evangelia (IT, 11, 9). Irénée n'admet qu'un seul évangile, sous une quadruple forme, dû à une même inspiration et qui nous est apporté par les quatre écrivains sacrés : 6 Adyoc.. Édwxey fiv tetoduoooov Tù edayyéhtov, ëv) 0 mveïuuzt ouveyôuevov, Verbum... dedit nobis quadriforme evangelium, quod uno spiritu continetur (IIÏ, 11, 8i.
Avec tous ses contemporains, Irénée considère l'Ancien Testament comme la parole de Dieu, aussi bien la traduction des Septante que le texte hébreu, ce qui entraîne l'admission des apocryphes dans le Canon. Ils sont cités à plusieurs reprises dans son grand ouvrage, de même que dans le traité sis ir'derérv, La légende relative aux Septante lui est une preuve de l'inspiration divine : Convenientibus autem ipsis (septuaginta seniores) in unum apud Ptolemaeum, et comparantibus suas interpretationes, Deus glorificatus est, et Scripturae vere divinae creditae sunt, omnibus eadem et eisdem verbis et eisdem nominibus, recitantibus ab initio usque ad finem, ubi et praesentes gentes cognoscerent, quoniam per adspirationem Dei interpretatae sunt Scripturae (III, 21,2).
Les Écritures sont le fondement de la foi: Firma est autem et non ficta et sola vera, quae secundum nos est fides, manifestam ostensionem habens ex his Scripturis (VII, 21, 3). Le Nouveau Testament s'ajoute à l'Ancien, il a comme lui une autorité normative. Les écrits de l’ancienne alliance sont dus à une inspiration divine; les évangiles ont une origine semblable puisqu'ils sont des écrits apostoliques et que les apôtres ont été inspirés de Dieu, la révélation donnée aux apôtres et aux prophètes est déposée dans leurs écrits.
Le Christ, les apôtres et les premiers chrétiens ont admis