‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 80 sur 107 · QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER

Christ se trouve déjà dans l'Ancien Testament puisque de nombreux passages parlent de lui; la prophétie et l'Évangile constituent toute l'Écriture sainte, les deux recueils sont semblables, existent l’un à côté de l’autre ayant le même auteur et manifestant la même révélation. L'ancienne alliance aussi bien que la nouvelle est utile au salut, le même Dieu a commencé son œuvre avec la première et l’a continuée avec la seconde; il ne peut y avoir chez lui interruption ou contradiction. La notion de Dieu commande la notion d'une révélation identique, semblable à elle-même et continue : Unus et idem Spiritus Dei, qui in prophetis quidem praeconavit, quis et qualis esset adventus Domini, in Senioribus autem interpretatus est bene quae bene prophetata fuerant; ipse et in apostolis annuntiavit plenitudinem temporum adoptionis venisse (III, 21, 4).

Il ne faudrait pourtant pas aller jusqu’à croire que le Nouveau Testament n'est qu’une répétition de l'Ancien. Irénée n'est pas l'inventeur de la formule fameuse : Novum T'estamentum in Vetere latet, Vetus in Novo patet, mais elle inspire tout son raisonnement. L'Ancien Testament est la préparation et le Nouveau l’accomplissement, c’est mutiler l’œuvre de Dieu que de les opposer l’un à l’autre, le premier est la racine et le second la fleur épanouie.

Conformément à ce point de vue les apôtres sont de fidèles observateurs de la loi : Sic apostoli.. religiose agebant circa dispositionem legis, quae est secundum Moysem (IT, 12, 15). Il relève volontiers ce que les deux alliances ont de commun : In lege igitur et in evangelio, quum sit primum et maximum praeceptum.… unus et idem ostenditur legis et evangelii conditor (IV, 12, 3). Elles ont le même auteur, elles sont de même nature : Utraque autem Testamenta unus et idem paterfamilias produxit, Verbum Dei, Dominus noster Jesus Christus, qui et Abrahae et Moysi, collocutus est (IV, 9, 1); la révélation qu'elles apportent ne diffère qu’en intensité : solum autem multitudine et magnitudine differunt (IV, 9, 2).

La nouvelle alliance est donc une loi comme l’ancienne, avec cette différence que, l’une étant une loi de servitude et l’autre une loi de liberté, la seconde est supérieure à la première puisque la liberté vaut mieux que la servitude; elle est en outre répandue

dans tout le monde : Major est legisdatio quae in libertatem, quam quae data est in servitutem; et ideo non in unam gentem, sed in totum mundum diffusa est (IV, 9, 2).

L'ancienne alliance a été stérile, tandis que la nouvelle, en d’autres termes l’Église, enfante beaucoup de fils ; c’est que la première avait la loi pour mari tandis que la seconde est unie à Christ {sie émdai£i S 94). Voilà un nouveau titre de dignité.

Le Nouveau Testament est mis au rang de l'Ancien, la considération dont jouit celui-ci doit rejaillir sur le recueil de la nouvelle alliance, peu importe que les limites en soient encore indécises. Le point important, c'est de transporter au Nouveau Testament l'autorité dont l'Ancien est revêtu. Les écrivains antérieurs n’avaient pas fait ce pas décisif. En réalité, le Nouveau Testament est placé au-dessus de l’Ancien; pour la forme, il est inspiré et ses paroles font autorité; pour le fond, son contenu est supérieur à celui de la loi et des prophètes.

Le livre sacré transmis par la synagogue a une origine divine, il a été littéralement inspiré d'En-Haut. L’école d'Alexandrie, grâce à sa doctrine du Logos, admettait une action générale de l'Esprit de Dieu sur l'esprit de l’homme : les nécessités polémiques interdisaient à Irénée un semblable point de vue, sa notion de l'inspiration est beaucoup plus précise et rigoureuse. Il admet la continuation des miracles, mais seulement dans l’Église et par le nom de Jésus-Christ; il rejette la continuité de l'inspiration. L'autorité de Jésus-Christ se fonde non sur sa personne et sur son œuvre, mais sur l’accomplissement des prophéties qui prouve sa mission divine; les apôtres et leurs disciples se rattachent à Jésus-Christ et sont les créateurs de l'Église. C’est le propre de l’hérésie de s’en tenir à son sentiment personnel, seuls les impies et les audacieux établissent des distinctions entre les différentes parties de l'Écriture sainte ou y font des coupures.

Les Écritures ne contiennent rien d'imparfait : Scripturae quidem perfectae sunt (11, 28, 2); l'inspiration est partout et toujours égale à elle-même, elle ne comporte pas de degrés différents.

L'inspiration se distingue de la révélation; la première con-

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