‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 82 sur 107 · LA TRADITION · texte numérisé non relu

LA TRADITION

L'Écriture sainte, disait Glapion, le moine confesseur de Charles-Quint, est comme un nez de cire, chacun le tord ainsi qu'il l'entend. Encore que cette comparaison soit à la fois extrême et irrévérencieuse, elle renferme une part de vérité; l'Écriture sainte n’acquiert toute sa valeur que lorsqu'elle est fidèlement interprétée. Qui donc interprètera le recueil sacré ? En présence des fantaisies gnostiques, où trouver la règle sûre qui donnera la véritable intelligence des écrits sacrés ?

Irénée sentait vivement le besoin de trouver le sens juste des livres divins et pour l’obtenir il se tourne vers latradition.

La tradition comprend des éléments divers : la coutume, l'influence d'autrefois, le passé avec son prestige, l'empire qu'il exerce sur les esprits, l'expérience qu’il apporte; dans le cas présent elle se confond avec l'Église. Lorsque l'Écriture sainte laisse le champ libre à des interprétations diverses, que dira la tradition? Elle est une et cependant multiple, permanente et pourtant variable ; la tradition est par nature élastique, comme Protée elle revêt mille formes et, sous ses multiples apparences, elle demeure fidèle à elle-même. La tradition est une force avec laquelle il faut partout compter; elle a pour elle les tempéraments conservateurs, tous ceux qui s’inspirent du passé, elle représente un héritage. Elle n’est pas nécessairement opposée à l'esprit de progrès mais, lorsqu'elle règne sans contrepoids, elle amène les hommes à regarder en arrière au lieu de tourner leurs yeux en avant.

IBES Corps organisés sont volontiers conservateurs et c'est

Page 1