‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 84 sur 107 · QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE

nous ne serions pas absolument déshérités pour cela, il suffirait de suivre l’ordre de la tradition, ordinem traditionis, transmise à ceux auxquels ils confiaient les églises. La tradition orale peut remplacer l'Écriture sainte là où clle manque, la compléter Jorsqu’elle est insuffisante, se substituer à elle auprès des illettrés : Cui ordinationi assentiunt multae gentes barbarorum, corum qui in Christum credunt, sine charta et atramento scriptam habentes per Spiritum in cordibus suis salutem et veterem traditionem diligenter custodientes (NI, 4, 2).

Un obstacle encore se dresse devant Irénée. Les gnostiques opposaient tradition à tradition. Non contents de manipuler l'Écriture sainte au gré de leurs désirs, ils se prétendaient en possession d’une tradition supérieure, la seule valable et vraie : Non enim per litteras traditam illam (traditionem), sed per vivam vocem (III, 2, 1}. À les entendre, cette tradition était demeurée secrète : #2} aûco! ous Zn çoëreu, sûr ‘Tnsoëy Déyorces by

poarnplhp 206 wabryrzis aÿc05, 221 amoszôhois var" ôlas hehahrz2var, vai abrobs dudsou, toïs élors va 20% nedopévots Tac4 napañièéva. (I, 25, 5). Et ailleurs, en exposant la carrière du Christ d’après certains gnostiques, il continue en les citant : paucos ex discipulis suis, quos scichat capaces tantorum mysteriorum, docuit haec (E, 30, 14).

L'’effort d’Irénée va donc à montrer l'insuffisance, le caractère arbitraire et fantasque, de la tradition gnostique. Chacun des hérétiques prétend posséder ‘la sagesse supérieure : hanc sapientiam unusquisque eorum esse dicit (IT, 2, 1); la tradition ecclésiastique est une, universelle et reçue par toutes les églises : SOLIDE TÉSTA V1 jposse (Exxhrsia) vai Barre 11} R1p10 000, ds Eu

abus rernuér. Kai jus dù vai Tor nhTuor diiherrot grépotu, GX Dry hs ragdèssuss vis va à ah (Xl, 10, 2). Il y a diversité de races et de langues, mais unité de tradition. La tradition gnostique mystérieuse, seulement connue d’un petit nombre d'initiés, ne peut rivaliser avec la tradition ecclésiastique ; celle-ci ressemble au soleil qui, partout le même, éclaire et réchauffe, visible à tous, il accorde ses bienfaits salutaires, sans distinction de personnes (I, 20, 2; 11,3, 1 ; IT, 24, 1 et 2L

La tradition ecclésiastique découle des apôtres, traditio ab apostolis (V, 20, 1), elle prolonge leur œuvre et leur enscigne-

ment. Peut-être y a-t-il, à côté des raisons ecclésiastiques, quelque chose qui ressemble à un peu de 'satisfaction personnelle dans le penchant d’Irénée à mettre en relief cette filiation. Il se tourne vers le passé pour en rappeler les souvenirs : il mentionne avec respect les anciens disciples des apôtres, oi mpesürepor, rüv äroorélwv pafmrai (V, 5, 1 et 36, 2), dans le traité elç émidetuwv $ 3 et 61; il est heureux et fier de se reporter à ceux qui ont vu Jean de leurs yeux, rüv ax’ div rèv Tudvvny Ewpaxérwy IV, 30; 20 I] avait le sentiment d’appartenir à cette lignée de témoins et d'être, lui aussi, un chaînon de la tradition apostolique : audivi a quodam presbytero, qui audierat ab his qui apostolos viderant (IV, 27, 1); l'on sent percer son contentement lorsqu'il raconte comment, dans sa jeunesse, il a vu Polycarpe, disciple des apôtres et confident de ceux qui avaient contemplé le Seigneur. Ces hommes, et non pas les partisans de Marcion et de Valentin, sont les représentants de la vraie tradition : saèra dtôatas del (IoAbxaproc), & ua mapa Tv érooroAwvy Epalev, & za 2x4 An gta mapadidwav, à xat pôva éortiv &An0% (III, 3, 4).

La tradition est représentée et maintenue sans doute par des individualités isolées, mais surtout par des églises. Nous arrivons à cet argument; l'Église est vraie parce qu'elle existe, sua mole stat. Comment la tradition s'est formée, comment elle subsiste, Irénée nous le raconte en détail : Traditionem itaque apostolorum in toto mundo manifestatam in omni ecclesia adest respicere omnibus qui vera velint videre, et habemus annumerare eos, qui ab apostolis instituti sunt episcopi in ecclesiis, et successores eorum usque ad nos (III, 3, 1). L'Église est le lieu de la tradition, les évêques en sont les dépositaires. Il y a, grâce à la tradition, continuité d’action, de pensée et d'esprit; l'Église d’Irénée est l’héritière directe de l'Église de la Pentecôte et des premiers temps du christianisme; une église particulière celle d'Ephèse, fondée par Paul et dirigée par Jean, demeure un témoin sincère de la tradition apostolique (III, 3, 4).

Puisque l'Église détient la pensée et l’enseignement apostoliques, elle possède aussi la règle de vérité, 6 zavwy rüs anôelae (1, 9, 4), reçue au baptème et différente des nouveautés gnostiques, son origine est vénérable et elle demeure inchangée depuis son apparition. La tradition est développée, exposée

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