‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 9 sur 107 · SON ESSENCE ET SA PERSONNALITÉ · texte numérisé non relu

SON ESSENCE ET SA PERSONNALITÉ

Presque au début de son ouvrage, Irénée, après avoir décrit dans leurs grandes lignes les systèmes gnostiques qu’il veut combattre, passe à l'exposition de la foi catholique reçue des apôtres et de leurs disciples. Elle a pour article premier et fondamental «la foï en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, auteur du ciel, de la terre, de la mer et de tout ce qui s’y trouve » : raoà 0 tov drostéhwy ka Toy Éxelvwy paltTwv æa921260004 iv els Eva Üeôv, Ilatiox mavroxodtoox, Ty menmoinkôTa Toy oûpavèy xai sv yüv aa rèc Oaldoonç xai mäévra v ëv abvois (I, 10, 1). La suite s'écarte davantage du symbole des apôtres; ce qui concerne Jésus-Christ, le Saint-Esprit et l'Église est à la fois plus étendu et moins précis, moins codifié, que le symbole tel que nous le possédons actuellement.

La personne de Dieu est en effet à la base de toute religion. Une religion n’est à certains égards que la traduction, la mise en œuvre d'une certaine notion de la divinité; qu’on fixe l'idée de Dieu, la religion et la morale en découleront comme le

ruisseau vient de la source.

Irénée se trouvait en face d'hérétiques dont l'enseignement altérait avant tout la notion de Dieu. Avec leur Buthos, sorte de chaos, abîme primitif et ténébreux d’où sortaient les Eons et toute une hiérarchie de divinités mythologiques, ils retournaient au paganisme et faisaient courir le plus grand danger à la doctrine et à la morale chrétiennes. En dénaturant et en faussant l’idée de Dieu, la pierre angulaire était par eux minée et sur le point de s'écrouler dans le précipice d’une fantaisie toute peuplée de spéculations païennes.

Irénée affirme l'existence d'un seul Dieu, £vx 6e, ce seul Dieu est le Créateur, sùv menomxéra" vov oboxvdv, x, +. À. Ces deux points étaient précisément niés par les gnostiques qui

distinguaient le Créateur du Dieu suprême. D’après eux, celuici n'apparaît pas dans l'Ancien Testament, nous ne le connais-

sons que par le Nouveau Testament. La création, œuvre du dieu inférieur ou démiurge, est mauvaise, viciée dans son principe. La matière est le résultat d’une faute, d’un désordre, elle s'oppose à l'esprit. Ceci est platonicien et consacre le triomphe du dualisme dans l’ordre du monde. Le Dieu suprême apparaît d'un côté avec les hommes spirituels, les gnostiques ; de l’autre le démiurge avec son œuvre matérielle, inférieure et mauvaise, représente l’essai fâcheux d'une création avortée, il est l’auteur ignorant ou coupable du monde sensible. L'idée directrice d’Irénée dans sa théologie, au sens étroit du mot, est de réfuter l'erreur gnostique qui brise l’unité divine, qui rompt le lien entre l’ancienne et la nouvelle alliance et qui, de plus, creuse entre le Créateur et la créature un infranchissable abime que ne peuvent combler les émanations successives d'éons. Il ne comprend pas le besoin d'établir une échelle d'êtres entre le fini et l'infini pour les relier l’un à l'autre; il trouve, à bon droit, que la multiplication des éons ou êtres analogues est bien inutile, attendu que le fini et l'infini sont des termes qui logiquement s’excluent et que le nombre des éons demeurera toujours insuffisant ([1, 16, 1). Il donne la préférence à la doctrine ecclésiastique qui fait intervenir directement Dieu dans l'œuvre de la création et qui ne demande qu'un seul intermédiaire, Jésus-Christ, entre Dieu et l'homme.

Les gnostiques statuaient une séparation absolue entre le

Page 1