‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 91 sur 107 · QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE III

lège apostolique et des disciples de la première communauté chrétienne : quum remisissent summi sacerdotes Petrum et Joannem, et reversi essent ad reliquos coapostolos et discipulos Domini, id est in ecclesiam (II, 12, 5). Nous verrons dans la suite par quels organes elle rend ses oracles.

Les hérétiques suivent leurs pensées propres et aboutissent ainsi à une incroyable diversité d'opinions qui se contredisent les unes les autres; ils n’ont pas une foi ferme et assurée. Toute opinion particulière est bannie de l’Église, tout ce qui menace l'unité disparaît, les hérésies sont vaincues et il ne reste rien pour l'esprit de parti; l'Église est le triomphe du général sur le particulier, de la collectivité sur l'individu. La pensée individuelle, le subjectivisme, sont vigoureusement combattus, témoin le passage suivant : Secundum hunc igitur sermonem apud neminem erit regula veritatis, sed omnes discipuli omnibus imputabunt, quoniam quemadmodum unusquisque sentiebat, et quemadmodum capicbät, sic et sermo ad eum factus est. Superfluus autem et inutilis adventus Domini parebit, si quidem venil permissurus et servaturus uniuscujusque olim insitam de Deo opinionem (IT, 12, 6). L'opinion particulière, insita opinio, rend inutile la venue de Jésus-Christ; le docteur sous la plume duquel se trouve cette affirmation est bien dans la ligne de l'Église catholique.

L'Église, répandue dans le monde, forme un seul corps et la diversité des éléments qui la composent n'empêche point la solidité de l’ensemble. Cette conception ne manque pas d’attrait pour un tempérament administrateur et pour une âme d’évêque qui souhaite naturellement un seul troupeau sous un seul berger. L'Église est saisie comme un établissement visible avec son organisation et sa règle de foi ; celui qui adhère à cet établissement est assuré de son salut, celui qui s'en écarte va à la condamnation; on aperçoit ici ce que Schleiermacher considère comme le signe spécial de l'Église catholique : elle fait dépendre le salut non de l’union avec Christ, mais de l’union avec l'Église.

Le Christ ne se trouve que dans l'Église et il y est nécessairement ; elle a le dépôt de la foi et une âme ne devient croyante que par son moyen: quam (fidem) perceptam ab ecclesia custodimus VIT, 24, 1).

Les fidèles marchent suivant la volonté divine, non parce qu’ils sont transformés intérieurement, mais parce qu'ils acceptent la saine doctrine. Les œuvres de la foi sont ecclésiastiques et mises sous la garantie de l'établissement religieux, nous tombons dans le légalisme.

Le christianisme, ayant un caractère légal, deviendra forcément sacerdotal; déjà Irénée assimile les disciples aux lévites de l'ancienne alliance : Discipulis Domini leviticam substantiam habentibus ; et les apôtres aux sacrificateurs : Sacerdotes autem sunt omnes Domini apostoli (IV, 8, 3); le christianisme n'’apporte rien de spécifiquement nouveau, il se verse dans les moules de l'institution mosaïque.

L'Église est une, mais ellese compose de nombreux éléments ; 1l s’en trouve de prépondérants, à qui, en cas de conflit, il faudra donner la préférence, ce sont ceux qui jouissent du privilège de l'ancienneté.

Page 1