‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 93 sur 107 · QUATRIÈME PARTIE, — CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, — CHAPITRE HI

in hac tali volumine omnium ecclesiarum enumerare successiones ; maximae et antiquissimae et omnibus cognitae, a gloriosissimis duobus apostolis Petro et Paulo Romae fundatae et constitutae ecclesiae, eam vor habet ab apostolis traditionem et annuntiatam hominibus fidem, per successiones episcoporum pervenientem usque ad nos indicantes, confundimus omnes eos, qui quoque modo, vel per sibiplacentiam vel vanam gloriam vel per caecitatem et malam sententiam praeterquam oportet colligunt. Ad hanc enim ecclesiam propter potentiorem principalitatem necesse est omnem convenire ecclesiam, hoc est, eos qui sunt undique fideles, in qua semper ab his, qui sunt undique, conservata est ea quae est ab apostolis traditio {TIT, 3, 2).

Irénée se tourne donc vers Rome. Cette église jouit d'un passé incomparable. Il serait long de rechercher les titres de gloire des églises et de décider entre elles à qui doit revenir la palme, si, parmi les étoiles de première grandeur, il ne s’en trouvait une qui brille d’un éclat sans égal. Les expressions se pressent sous la plume d’Irénée pour dire la supériorité de Rome. Par ses origines, par son histoire, par sa puissance actuelle, elle attire les yeux de tous et s'impose à l’ensemble des églises.

La question d’origine est capitale : kabemus annumerare eos, qui ab apostolis instituti sunt episcopi in ecclestis, et successores eorum usque ad nos (III, 3, 1}. Toutes les églises sont en principe mises sur le même pied, car il ne s’agit pas tant des églises que des évêques, ce sont eux qui forment la chaîne. On tient compte des évêques établis par les apôtres, et non pas des églises qu’ils ont fondées; au point de vue de la succession apostolique, l'église n’est rien, l’évêque est tout.

Comme cette tâche serait immense, quoniam valde longum est, qu'elle embrasserait un nombre d’églises considérables, in hoc tali volumine omnium ecclesiarum enumerare successiones, il suffira de regarder vers l’église de Rome. Elle porte les caractères suivants : elle est très grande, maximae, très ancienne, antiquissimae, très connue, omnibus cognitae, fondée d’abord, puis organisée par les deux plus illustres apôtres, Pierre et Paul, elle est détentrice de la foi et de la tradition, enfin elle possède une suite d’évêques qui se rattachent à ses deux émi-

nents fondateurs. Aucune autre ne peut se comparer à elle, elle a un patrimoine qui ne trouve pas d’équivalent, elle demeure unique à tous égards. Aussi possède-t-elle ce qu’'Irénée appelle «potentiorem principalitatem » un terme qui a soulevé bien des difficultés. On n’est même pas sûr de la leçon latine et l’on ne peut s'empêcher de s'écrier avec un commentateur : Znvidia temporum utinam ne lextum Îrenaei graecum nobis eripuerit! Plût au ciel que la jalousie du temps ne nous eût pas enlevé le texte grec d'Irénée! Il est difficile de savoir au juste ce qu’est cette « potentiorem principalitatem » que les auteurs catholiques se plaisent à traduire par « primauté ». Quelle que soit la chose qu'il entende par là, primauté, puissance supérieure, dignité principale, il veut en tout cas lui assignèr le premier rang; dans sa pensée, toute église doit regarder vers Rome, dépôt de la tradition apostolique. Enfin la situation politique contribuait puissamment à faire de cette ville le centre ou la tête de l'Église (1).

La pensée d’Irénée devient prophétique. Elle fournit tous les éléments nécessaires pour justifier les prétentions romaines. L'église de Rome possède une dignité intrinsèque à laquelle aucune autre ne peut prétendre; comme l'église n'est rien au point de vue de la succession apostolique et que l'évêque est tout, les attributs inhérents au siège passeront à celui qui l’occupe. Ce passage forme comme tout un arsenal destiné à appuyer l'ambition des évêques de Rome, il est une merveilleuse théorie de l'autorité et des droits romains. Ce serait chose bien curieuse et instructive de suivre son emploi et de constater son influence dans les âges postérieurs.

Nous avons désormais une tête. L'Église a extérieurement l'allure d’une république, cette république tend à la monarchie. Une communauté s'élève qui se distingue des autres par son origine et par son importance; elle jouera le rôle d’arbitre dans les cas litigieux, elle prendra l'habitude de faire comparaître

(1) Lire dans le premier volume de l'Histoire des Dogmes de Harnack, p. 405 de la première édition, un exposé très complet et intéressant des raisons de la suprématie romaine sous le titre : Katholisch und Rômisch. Ces raisons, Calvin les avait déjà indiquées dans un vigoureux passage qui renferme tout un programme (Institution IV, 6, 16).

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