‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 95 sur 107 · ÉPISCOPAT · texte numérisé non relu

ÉPISCOPAT

Entre autres choses que l'Évangile a faites nouvelles, il faut

compter la mise sur le même rang de tous les fidèles. L° Évangile a effacé de multiples préjugés, parmi lesquels le clérica-

lisme n’est pas le moins considérable. Les fidèles, tous les fidèles, forment une nation sainte, un sacerdoce royal, tous sont égaux et frères, possèdent les mêmes droits et participent également aux privilèges de la nouvelle alliance. Point de caste spéciale, point de prérogatives attachées à une fonction ecclésiastique, quelle qu’elle soit. C'est une donnée fondamentale des écrits du Nouveau Testament.

Cette pensée se trouve aussi dans Irénée. Toute une série de passages vient l’appuyer. Il admet le sacerdoce universel, tous les fidèles peuvent au même titre s'approcher de Dieu : quae (gloria) postea revelabitur his qui diligunt Deum (IV, 20, 8).

Les hommes spirituels sont ceux qui ont le don de prophétiser et de parler en langues : multos audivimus fratres in ecclesia, prophetica habentes charismata, et per Spiritum universis linguis loquentes.. quos et spirituales apostolus vocat (V, 6, 1); or l’on sait combien la prophétie était opposée à l'esprit ecclésiastique, ou du moins hiérarchique et administratif.

Dans le célèbre chapitre xxx du IVe livre, tout entier consacré à décrire le caractère et l'attitude du disciple spirituel, rien ne permet de supposer que ce disciple ne soit pas un membre quelconque de l’église, dépourvu de toute charge ou fonction, et cependant ce disciple spirituel juge, examine et décide en toute souveraineté : examinabit, judicabit, etc. Certaines aflirmations vont plus loin encore : omnes enim justi sacerdotalem habent ordinem; nüc Baothebce Glxaros ieparixtv Eyes raëiv (IV, 8, 3).

A ne considérer que ces passages, il semblerait qu'Irénée admet pleinement le sacerdoce universel et qu’il n’est pas possible de le compter au nombre des docteurs qui divisent le peuple chrétien en deux parties d’inégale dignité : les laïques et le clergé. Cette distinction règne cependant et efface la notion du sacerdoce universel. La haute importance qu’Irénée attachait à l'Ancien Testament, son désir de trouver dans le peuple juif l’image de l’Église, l'amenait à transporter l'organisation judaïque au sein de la nouvelle alliance : nous avons déjà vu qu'il assimile les disciples aux lévites de l’ancienne loi : discipulis leviticam substantiam habentibus.

Déjà à la fin du premier siècle, on commençait à établir une distinction entre xXñpos et Aais, cette distinction est admise et

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