QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE HI
développée chez Irénée. Il emploie deux termes différents pour désigner ceux qui remplissent une charge dans l’église, deux termes qui se trouvent déjà dans le Nouveau Testament, ër{oxoros et moco6üreooc. Il n'établit entre eux aucune différence, l’évêque, ërisxomos, Où l’ancien, npeséireooc, exercent une seule et même charge comme le montre le passage suivant : Quapropter eis qui in ecclesia sunt, presbyteris obaudire oportet, his qui successionem habent ab apostolis, sicut ostendimus; qui cum episcopatus successione charisma veritatis certum secundum placitum Patris acceperunt (IV, 26, 2). Les anciens ont seuls l'autorisation d'enseigner, distribuent les sacrements et veillent à la pureté de la foi de la communauté. Les fidèles doivent obéir aux anciens ou évêques, d'abord parce que ceux-ci sont établis pour faire régner l’ordre, ensuite parce qu’ils possèdent le charisme de la vérité. Les anciens sont les dépositaires de la doctrine apostolique : presbyteri apud quos est apostolica doctrina (IV, 32, 1).
L'Église est la source et l'organe de la vérité, par le moyen de ses représentants, anciens ou évêques. La dignité et le pouvoir qu’Irénée attribue à l'institution vont en réalité à ceux qui la dirigent. Le peuple chrétien n'a pas qualité pour parler au nom de l’Église. Il n’est point fait mention des droits de l’église locale; est-elle autonome, a-t-elle la libre disposition de soi? Ces questions n’abordent point la pensée d’Irénée non plus que celle des écrivains ecclésiastiques de ce temps.
Pour ceux qui s’écartent, Irénée trouve des reproches qu'on croirait adressés par l’Église de Rome aux dissidents d’aujourd'hui : reliquos vero, qui absistunt a principali successione, et quocunque loco colligunt, suspectos habere vel quasi haereticos et malae sententiae; vel quasi scindentes et elatos et sibi placentes ; aut rursus ut hypocritas, quaestus gratia et vanae gloriae hoc operantes. Omnes autem hi deciderunt a veritate (IV, 26,34:
Les évêques sont les successeurs des apôtres. Irénée attache le plus grand prix à cette succession apostolique qui s'applique indifféremment aux évêques ou aux anciens (III, 2, 2; IV, 26, 2; III, 2, 2). Les uns et les autres sont, à titre égal, les dépositaires de la tradition apostolique, la prédication ou l'in-
terprétation des Écritures leur est confiée; aucune trace n'apparaît encore de la distinction hiérarchique qui s’est établie plus tard. Toutefois, le mot rpeséireoo revient plus fréquemment que le mot itlouomos; de plus p256ÿrcp0s peut désigner de mauvais pasteurs, des artisans d'erreur qui s'écartent des chemins de la vérité (IV, 26, 3) désigne toujours de fidèles serviteurs de Dieu, les successeurs
, tandis que le terme éxisxomos authentiques des apôtres. Le mot risxorss est le seul employé dans la liste des évêques de Rome, il apparaît aussi seul dans le très important passage (IV, 33, 8) qui montre les caractères de la véritable doctrine et de la véritable église. Les évêques sont les successeurs des apôtres et les représentent; remplissant le même rôle, ils doivent jouir de la même autorité,
Christ est le chef des évêques comme il était le chef des apôtres, il agit par les premiers comme il a fait au moyen des seconds. Les évêques sont les gardiens de la tradition apostolique (III, 3, 1), elle n’a été communiquée qu'à eux seuls; celui qui s’écarte de cette filiation historique et spirituelle se met en dehors de l'Église. Cette idée remplit les chapitres 11, 111, iv et v du ITfe livre. S'il en était besoin, Irénée citerait les noms des évêques des grandes églises fondées par les apôtres comme il cite les noms des évêques de Rome, mais, outre que ce serait un travail considérable, ce serait aussi une peine superflue; les fauteurs d’hérésie ne peuvent faire valoir ni filiation historique, ni filiation spirituelle : Omnes enim ii (haeretici et ignorantes valde posteriores sunt quam episcopi, quibus apostoli tradiderunt ecclesias (V, 20, 1).
Les évêques enseignent et dirigent les fidèles dans la lecture de l'Ecriture sainte dont ils sont les interprètes autorisés : Post deinde et omnis sermo ei constabit, si et Scripturas diligenter legerit apud eos qui in ecclesia sunt presbyteri, apud quos cst apostolica doctrina (IV, 32, 1); ils conduisent l'Eglise en la préservant de toute erreur de doctrine car, en tant que successeurs des apôtres, ils ont reçu le saint Esprit : in ecclesia enim posuit Deus apostolos, prophetas, doctores et universam reliquam operationem Spiritus (LIT, 24, 1); poursuivant l'œuvre apostolique, ils sont au bénéfice de toute cette action du saint Esprit
qui ne sexcrce que par leur intermédiaire, L'Eglise entretient