FONCTION DE CIRCULATION
46. Dans la théorie de l'échange et de la production précédemment exposée, une simplification a été faite, sur laquelle il y a lieu maintenant de revenir. Nous avons supposé certains entrepreneurs achetant à des propriétaires fonciers, travailleurs et capitalistes certaines quantités de services producteurs et leur vendant, suivant le mécanisme de la libre concurrence, certaines quantités de produits. L'équilibre avait lieu quand le montant des services et celui des produits en numéraire étaient égaux et se réalisait comme instantanément, entrepreneurs et producteurs disposant par hypothèse immédiatement de tous les services et de tous les produits qu'ils apportaient en échange.
En réalité, les prix se déterminent bien par la considération de ces quantités totales mais les opérations d'échange et de production, dont ils expriment la loi, se répartissent durant une certaine période de temps. Les propriétaires de services ne disposent de ceux-ci que successivement, les entrepreneurs ne disposent des produits qu’au fur et à mesure de la production.
Après Iles tâtonnements préliminaires, Féquilibre général une fois établi, la livraison des services et la livraison des produits commenceront immédiatement el continueront pendant toute la période pour laquelle cet équilibre s’est trouvé réalisé. Or, il doit arriver et il arrive effectivement que ces livraisons réciproques ne peuvent s'effectuer au même instant, que lun des échangeurs dispose de sa prestation longtemps avant ou après celui qui lui en fournira l'équivalent en produit. Certains même ne peuvent rien livrer avant la fin de la période considérée. Il en résulte qu'il faudrait attendre jusque là pour que l'équilibre de la circulation subordonné à la compensation réciproque de toutes les opérations qu'il comporte soil susceptible de se réaliser.
L'introduction de la monnaie, c'est-à-dire d'un certain capital permanent par l'intermédiaire duquel s'effectuent tous les échanges, n’a pas seulement l'avantage de supprimer les arbitrages (12); il permet aussi à l’ensemble des opérations précitées de s'effectuer successivement. Au lieu d’un équilibre général se réalisant en fin d'exercice par la compensation de toutes les opérations, il s'établit un certain nombre d'équilibres partiels et suecessifs. Chacun de ces équilibres intermédiaires ne comportant qu'une partie des opérations de l'ensemble n'aboutit pas à une compensation complète ; il laisse au suivant un solde que la monnaie comble provisoirement.
Le problème de la circulation se trouve ainsi délimité. Il suffira de considérer lun quelconque des groupes partiels en lesquels se divise le système général d'échange et de production et d'en étudier séparément les conditions d'équilibre.
Nous supposerons d'abord que Fon ait choisi comme monnaie un objet sans autre utilité propre que son rôle monétaire, puis nous en viendrons à considérer une mon-
naie formée d’une ou plusieurs marchandises cumulant leur utilité monétaire avec une autre utilité antérieure et indépendante.