‹ Essai sur la Théorie générale de la MonnaieChapitre 35 sur 82 · II. - Le Monométaliisme · texte numérisé non relu

II. - Le Monométaliisme

50. On appelle monométallisme le système dans lequel la monnaie n’est plus une marchandise sans utilité propre mais où elle est au contraire formée d’une marchandise — or où argent — qui satisfait simultanément un besoin indépendant du besoin monétaire. La théorie de la circulation a été fournie dans ce cas par M. Léon Walras, dans des termes auxquels nous n’aurons presque rien à changer.

Supposons, dit-il (*)}, qu'on prenne pour monnaie une marchandise (M) qui existe en quantité totale Q Une quantité Q', demeurera sous forme de marchandise tandis

() Léon Walras. — Eléments d'Economie polilique pure, 4 édition, 33e lecon.

qu'une quantité Q", sera mise sous forme de monnaie, le prix de (M) en (A) s’élevant de pu à P.

Nous devons avoir, dans ce cas, pour déterminer les trois inconnues qui sont :

1° la quantité de (M) demeurée marchandise ;

2° la quantité de (M) devenue monnaie;

3 le prix commun de (M) marchandise et de (M) monnaie en (À);

trois équations exprimant,

1° que la somme des quantités de (M) marchandise et de (M) monnaie est égale à la quantité totale de (M) ;

2° comment le prix de (M) marchandise résulte de la quantité de (M) marchandise ;

3° comment le prix de (M) monnaie dépend de la quantité de (M) monnaie.

La première de ces équations étant immédiate, il s’agit seulement de poser les deux dernières. Pour écrire comment le prix de (M) marchandise résulte de la quantité de (M) marchandise, reportons-nous à la théorie de l'échange. A l’état d'équilibre cette quantité (M) se trouve répartie entre les individus (1) (2) (3) ....…. de telle sorte que l’on ait :

Pim(Q'iym) - Prn({am) P3mm('3,m)

be = ET = © TU Pisal isa) Do,al Jon) sal Isa)

sous la condition :

JA | Jam t d'y en eee 0,

Entre ces 0 +1 équations, il suffira d'éliminer les 9 quantités individuelles possédées pour obtenir finalement une équation de condition entre P, et Q'; que nous supposerons mise sous la forme explicite :

Pour exprimer d'autre part comment le prix de (M) monnaie résulte de la quantité de (M) monnaie, reprenons l'équation générale de a circulation (47) Elle devient dans le cas présent :

\ °p k te .…. 7 (4 (Q4 + Q:pr + Q.p. + ….! L SR Ne — Q RS

Les équations 13) et (4) jointes à la condition

6) Q', > 0% — Qu

déterminent Q', Q'n et P,. Le problème se trouve ainsi complètement déterminé.

51. Si l’on suppose le partage de Q, en Q', et Q", s'effectuant par tâtonnements entre deux marchés difiérents, il faut admettre qu’il peut se faire des transports de quantité du marché de (M) marchandise au marché de (M) monnaie et réciproquement, de manière à amener l'égalité de leurs prix. En un mot,il faut admettre la liberté de la frappe et on arrive à cette formule :

Dans le cas d'un étalon unique, le prix commun et identique en une autre marchandise quelconque, de la marchandise monnaie comme marchandise et comme monnaie s'établit par monnayage où par démonétisation selon que le prix de la monnaïe est supérieur au prix de la marchandise et réciproquement.

L'attribution à la marchandise (M) du rôle monétaire a sur son prix un effet qu'il faut signaler. Si l’on admet en effet comme nous l'avons supposé que la quantité totale Q, reste constante, l'emploi d'une partie de cette quantité aux usages monétaires diminue d'autant celle qui reste affectée à sa consommation comme mar-

chandise. La moyenne des besoins finaux non satisfaits et par conséquent le prix de la marchandise (M) doivent s'élever.

L'attribution à une marchandise du rôle de monnaie élève son prix de marchandise et monnaie au-dessus de son prix de marchandise non monnaie.

52. La théorie quantitative est-elle applicable au cas d'une monnaie marchandise et à quelles conditions? Pour résoudre ce problème reprenons les formules d'équilibre du paragraphe précédent. Dans. l'égalité (5) remplacons Q'n et Q'n par leur valeur tirée des équations (3) et (4) il vient, en désignant par F la fonction inverse de la fonction % :

(6) Q, — 2 à F2) di vi (Q. ee Q:Pr Ù Que +... + er)

Si l’on pouvait écrire K 7 F(P,,) = — ( ) BE K désignant une constante quelconque, on serait autorisé, mais dans ce cas seulement à remplacer l’équation (6) par la suivante :

an 1% SRE P:0S =K + Q:+ Qpr + Qpe- She at Qu Fe h Ska

De celle-ci on concluerait immédiatement que, toutes choses égales d’ailleurs, le prix de la monnaie est inversement proportionnel à la quantité totale de la marchandise (M) et que, par conséquent, les prix de toutes choses en (M) sont eux-mêmes directement proportionnels à cette quantité totale Q,.

Si maintenant, analysant la condition (7), nous cherchons à quelle hypothèse elle correspond, nous apercevons sans difficulté que cette hypothèse est précisément celle que nous avons du précédemment introduire dans la théorie quantitative du numéraire. Supposons, en effet, que la fonction d'intensité du besoin de la marchandise (M), en tant que marchandise, ait pour les

se Le nn r 7.

différents individus la forme générale —,r désignant

Im une constante. Nous avons vu (35) que la moyenne harmonique des intensités individuelles du besoin restant, à l’état d'équilibre, prend dans ce cas la forme simple

R Mh.o» = Q m L'expression générale du prix de (M) marchandise : Mh.os MR:

devient alors : Does Q'uMh.e:

.- : R En désignant par K le rapport NT dont les deux L °0a

termes sont supposés constant, on obtient finalement la relation (7) d’abord supposée. |

Il résulte de là que si la loi de décroissance de l’intensité du besoin de (M) marchandise était bien la loi de proportionnalité inverse par rapport à la quantité existante, la théorie quantitative s’appliquerait à tout accroissement du stock total de (M) marchandise et monnaie. En particulier, si (M) était simultanément choisi comme marchandise et monnaie, à toute variation de la quantité totale existante Correspondrait, toutes choses égales d’ailleurs,

une variation proportionnelle de tous les prix exprimés en (M) et l'équilibre de la circulation subsisterait. Le besoin d'or ou d’argent en tant que marchandises décroit-il suivant la loi supposée? Pourrait-on trouver quelque autre produit jouissant plus évidemment de cette propriété? Estil même souhaitable que la monnaie obéisse rigoureusement à la loi de quantité ? Autant de questions qu'il n’appartient pas à l’Economique rationnelle de solutionner : elle les renvoie à l'étude de l’'Economique expérimentale ou de la politique économique. Il lui suffit d’avoir déterminé à quelles conditions nécessaires et suffisantes la loi de proportionnalité des prix à la quantité de monnaie est susceptible de recevoir son application. Après plusieurs tentatives en des sens divers, M. Walras en arrive dans son plus récent travail (*) à la même conclusion que nous: « la loi de quantité, dit-il, est plus ou moins vraie suivant que les fonctions de demande de la marchandise monnaie sont plus ou moins inverses des prix. »

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