‹ Essai sur la Théorie générale de la MonnaieChapitre 36 sur 82 · III. — Le Bimétallisme · texte numérisé non relu

III. — Le Bimétallisme

53. Le système bimétalliste est théoriquement caractérisé par ce fait que deux marchandises remplissent simultanément la fonction de circulation, la transformation de marchandise en monnaie et de monnaie en marchandise étant libre, pour chacune d'elles. Dans ce cas encore, la théorie de la circulation a été fournie par M. Léon Walras dans des termes qui paraissent définitifs.

Nous venons de voir que si on emploie une seule mar-

() Léon Walras. — Equations de la circulation. — Mémoire lu à la Société vaudoise des sciences naturelles le 3 Mai 1899.

hi

chandise (M) comme monnaie, il y a tout justement pour déterminer les trois inconnues qui sont :

1° La quantité de (M) demeurée marchandise;

2° La quantité de (M) devenue monnaie;

3 Le prix commun de (M) marchandise et de (M) monnaie en une autre marchandise quelconque, 3 équations exprimant :

1° Que la somme des quantités de (M) marchandise et de (M) monnaie est égale à la quantité totale de (M);

2° Comment le prix de (M) marchandise résulte de la quantité de (M) marchandise ;

3° Comment le prix de (M) monnaie résulte de la quantité de (M) monnaie.

« Que si maintenant, dit M. Léon Walras, on emploie concurremment deux marchandises (M) et (O0) comme monnaie, il n’y aura plus, pour déterminer les six inconnues, qui seront

1° La quantité de (M) marchandise ;

2° La quantité de (M) monnaie ;

3° La quantité de (O) marchandise ;

4° La quantité de (O0) monnaie ;

5° Le prix de (M) marchandise et monnaie ;

6° Le prix de (O0) marchandise et monnaie, que cinq équations exprimant :

1° Que la somme des quantités de (M) marchandise et de (M) monnaie est égale à la quantité totale de (M) ;

2° Que la somme des quantités de (O) marchandise et de (O) monnaie est égale à la quantité totale de (O) ;

3° Comment le prix de (M) marchandise résulte de la quantité de (M) marchandise ;

4 Comment le prix de (O) marchandise résulte de la quantité de (O) marchandise ;

5° Comment le prix de (M) monnaie et de (O) monnaie résultent ensemble des quantités de (M) monnaie et de (O) monnaie ;

Si on employait concurremment 3 marchandises conrme monnaie, il n'y aurait que 7 équations pour déterminer 9 inconnues.

Si on employait 4 marchandises, il n'y aurait que 9 équations pour déterminer 12 inconnues suite.

ee. Et ainsi de

Ainsi, dans le cas de l’étalon unique,le problème est complètement déterminé et se résout de lui-même sur le marché par le mécanisme de la libre concurrence. Le législateur n’a rien à faire qu'à désigner la marchandise monnaie (M), qu'à laisser transformer de la monnaie en marchandise quand la valeur de (M) marchandise est supérieure à la valeur de (M) monnaie et qu'à transformer luimême, quand on vient l’en prier, de la marchandise en monnaie dès que la valeur de (M) monnaie est supérieure à la valeur de (M) marchandise.

Au contraire, dans le cas du double étalon, le problème est incomplètement déterminé, et le législateur peut intervenir pour déterminer arbitrairement une des 6 inconnues ou pour introduire d'une manière ou d'une autre une sixième équation . Par exemple, il peut déterminer arbitrairement la quantité de (M) monnaie, ou la quantité de (O0) monnaie ou le rapport de la première quantité à la seconde, Dans ce dernier cas on aurait un bimétallisme à rapport fixe de quantités (*). Ou bien il peut déterminer arbitrairement le prix de (0) monnaie ou le prix de (M) monnaie ou le rapport du premier prix au second. Dans ce dernier cas on a le bimétallisme à rapport fixe de valeurs. C'est de ce dernier seulement que nous nous occuperons ici.

() Alfred Marshall. — On Remédies for Fluclualions in Prices. — Contemporary Review. — Mars 1887.

54. Soient donc (M) et (O) deux marchandises employées concurremment comme monnaie; soient Qx et Q leurs quantités totales respectives, Q'h et Q' les quantités demeurées sous forme de marchandise, Q'hx et Q', les quantités mises sous forme de monnaie. Soient P, et P, leurs prix en une troisième marchandise quelconque (A). Pour déterminer ces six inconnues, nous avons les cinq équations :

Qn a Q'n aa Q":

exprimant que les quantités totales de (M) et de (O) sont égales aux sommes des quantités de (M) marchandise et de (M) monnaie et des quantités de (O) marchandise et de (O0) monnaie;

Qù — Fr) OS = Feb;

exprimant comment les prix de (M) marchandise et de (O) marchandise résultent des quantités de (M) marchandise et de (O0) marchaudise.

(S) OP É OPEN MON On EN ST Sas

exprimant que la quantité de monnaie (M) et la quantité de monnaie (O) desservent ensemble la circulation. Pour achever de déterminer l'équilibre on est conduit

à poser une sixième équation, la suivante par exemple : D = ai.

exprimant que les prix des deux monnaies sont dans un

rapport fixe et prédéterminé w. Toutefois le choix de ce rapport n'est pas absolument arbitraire; la condition

imposée doit rester compatible avec les autres données du problème.

Imaginons, en effet, que la marchandise (M) soit d’abord seule monnaie ; son prix 7, sera dans ce cas fourni par l'équation

Qrn = Pal mt) AE Q: SE Q:pr 66 QE h

Il est évident que (M) desservant seul alors la cirenlation toute entière, le prix 7, sera le plus élevé de tous ceux que peut atteindre la marchandise (M) considérée. La marchandise (O0) n'ayant plus dans ce cas qu’une utilité de consommation, aura un prix pl, exprimé en (A), inférieur à tous ceux qu'elle pourrait atteindre si une portion en était divertie pour les usages monétaires. Il

résulte de cette double observation que le rapport Le Tim

dont le numérateur et le dénominateur sont respectivement maximum et minimum, exprime lui-même un minimum au dessous duquel ne saurait être fixé le rapport o.

On démontrerait de même, en considérant le cas où la marchandise (O) fournirait seule l’instrument monétaire,

que les prix * et pn étant respectivement maximum et minimum, le rapport 7 exprime un maximum au-dessus duquel ne saurait être fixé le rapport w.

Toutes les valeurs imaginables du rapport w se trouvent donc réparties par ces deux limites,inférieure et supérieure, Po:

en trois régions: 1° les valeurs inférieures à —; 2° les va- Tan

leurs supérieures à —; 3° les valeurs comprises entre ces in

limites. Considérons successivement les cas où le législa-

teur aurait adopté une valeur de w appartenant à chacun

de ces intervalles. Les quantités totales existant de (M) et

nice

de (0) sont supposées constantes et représentées par Q, et Q,: les quantités affectées -— avant tout équilibre et, si l’on veut, au hasard — à la consommation d’une part, à l'usage monétaire d'autre part, sont respectivement représentées par Q', et Q", Q' et Q",

Po:

tm

A. Soit d'abord 6 <

Conformément aux hypothèses précédentes, il s'établira sur le marché de (M) et de (O0) marchandises un certain prix d'équilibre pour chacune d'elles, résultant des quantités Q', et Q, affectées d’abord à la consommation. Ces prix seront déterminés par les équations.

9) \ oO —= Ep) ( % =. F,(p'o)

Sur le marché monétaire s’établiront, de mème, provisoirement, certains prix 7’, et 7”, résultant des quantités Q", et Q",, affectées à l'usage monétaire, conformément aux équations :

Il ll [4 72 À os Nm at \o mn + Qt = Qu + Qpr+Qcpe+...- Cp Qp:

| ais = ls

Dans cet état, l'équilibre général de la circulation, ‘aractérisé par l'égalité, pour chaque marchandise, de son prix monnaie et de son prix marchandise, tendra naturellement à se réaliser sous la seule influence de l’intérêt des différents individus. Si pour (M), par exemple, le prix

monnaie est supérieur au prix marchandise, les porteurs de (M) transformeront de la marchandise en monnaie et cette transformation, élevant le prix de la marchandise et abaissant celui de la monnaie, acheminera le marché vers

l'équilibre. Une transformation inverse aurait le même résultat si le prix marchandise était d’abord supérieur au prix monnaie. Des transports analogues s’effectueront pour la marchandise (O0) jusqu’à ce que, finalement, se trouvent vérifiées les égalités :

(11) ( Pu—=Tm

ee) DR

Or, il est facile de montrer que cette dernière égalité est incompatible avec notre hypothèse relative à la détermination du rapport w. Quel que soit, en effet, le prix 7”, de (M) lorsqu'une portion de (O) contribue à desservir la circulation ce prix ne peut qu'être inférieur au prix fn Qu'atteindrait la marchandise (M) si elle remplissait seule le rôle de monnaie. Le prix monétaire de (O0), égal par hypothèse à w7”,, sera donc inférieur à w7,. D'autre part, le prix p de (O0) marchandise ne saurait être inférieur au prix p, qu'il atteindrait si toute la quantité de (O) était affectée à l’usage de marchandise. Il résulte de cette double considération que l’on doit avoir simulta+ nément les deux inégalités

1/4 To UMTS

De 1

De la première on déduit a fortiori, puisque « est

Po

Tin,

la suivante :

supposé inférieur à Ro Po

On voit ainsi que le prix de (O0) marchandise étant forcément supérieur à p, et le prix de (O0) monnaie inférieur à p,, ces deux prix ne pourront jamais devenir égaux. Tant qu'il restera de la marchandise (O0) à l'état de monnaie les porteurs de cette monnaie auront intérêt

à la transformer en marchandise et l'équilibre ne s’établira finalement que lorsque la marchandise (M), ayant complètement chassé sa concurrente du marché monétaire, restera seule affectée à l’usage de monnaie.

D'où la conclusion, en substituant aux lettres (O) et (M) les marchandises les plus communément employées :

Lorsque le rapport monétaire est inférieur au rapport des valeurs que prendraient l'or s’il n'était que marchandise et l'argent s’il était seul monnaie, le bimétallisme se résout en monométallisme-argent.

5 * TK, B.—Soitensecond lieu v>—

Pn

Un raisonnement parallèle au précédent nous conduirait, mutatis mutandis, à cette conclusion qu'il suffira d’énoncer :

Lorsque le rapport monétaire est supérieur au rapport des valeurs que prendraient l'or s'il remplissait seul la fonction monétaire et l'argent s’il n'était que marchandise, le bimétallisme se résout en monométallisme-or.

Page 1