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FONCTION D'ÉPARGNE

58. La monnaie ne remplit pas seulement la fonction d'intermédiaire dans les opérations d'échange : elle joue un rôle analogue dans les opérations de capitalisation. L'équilibre général de la capitalisation, avons-nous vu, résulte de l'égalité entre la somme épargnée par les différents individus d’un système économique et la somme des capitaux neufs produits par les entrepreneurs de ce système. Or, ici comme en matière d'échange et de production les opérations d'épargne et de fabrication des capitaux, appelées à s’équilibrer, ne sont pas simultanées. L'emploi d’un intermédiaire s'impose pour compenser provisoirement, par une série d’équilibres secondaires et successifs, l’avance ou le retard que peuvent présenter transitoirement ces opérations les unes par rapport aux autres.

De nouveaux termes doivent donc être introduits dans nos équations de la circulation. Il faut ajouter à l’encaisse désirée la quantité de monnaie nécessaire pour payer les services employés à la production des capitaux neufs pendant la période d'équilibre de la circulation consi-

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dérée. L’apparence de nos formules ne changera pas,

mais il restera entendu que les quantités Q:,Q,,Qx..... des Service MAP) K)-A LEE , qui figurent au premier

membre de l’équation (1) d'équilibre de la circulation, comprennent non seulement les quantités employées à la fabrication des produits, mais aussi les quantités employées à la fabrication des capitaux neufs. Cette extension ne comporte aucune difficulté. On voit par là que le rôle de la monnaie dans la capitalisation ne diffère pas essentiellement de son rôle dans l’échange. Cette fonction nouvelle a seulement pour effet d'augmenter dans de larges proportions la demande de monnaie.

Remarquons que la monnaie ainsi demandée par les producteurs de capitaux neufs représente en réalité l'épargne des consommateurs pendant la période considérée. Seulement comme cette épargne ne se trouvera définitivement réalisée et disponible qu’en fin d'exercice, les entrepreneurs de capitaux sont obligés d’en faire l'avance pour le paiement de leurs frais de production. La fonction d'épargne de la monnaie n’est pas autre chose que sa fonction de circulation appliquée à la production et à l'échange des capitaux.

59. M. Vilfredo Pareto insiste quelque part ( sur la distinction à faire entre la quantité de monnaie demandée et la somme totale des dépenses de production. € Un entrepreneur, dit-il, qui construit un canal avancera par exemple en une année dix millions de salaires aux ouvriers et cela en n'’employant qu'un million de capital monnaie circulante. » Le fait est exact, mais à une condition, c'est que l'entrepreneur reçoive en cours de travaux des accomptes sur le prix du canal terminé. A cette condition,

() Vilfredo Pareto. — Cours d'Économie politique. T. I. ? 296.

les opérations d’un système économique quelconque se répartissent, au point de vue de la circulation, en un certain nombre de phases secondaires et plus courtes pour chacune desquelles s'établit l'équilibre de la circulation. Cet équilibre étant établi pour un mois, par exemple, doit se réaliser par la commune échéance des effets de commerce, des salaires, des engagements de bourse, etc. Dans la réalité, les états statiques successifs ne sont pas aussi nettement distingués. Les salaires sont payés plus fréquemment ; les engagements commerciaux s'étendent le plus souvent à trois mois et même davantage; les liquidations de fin de mois ne sont pas les seules à considérer en Bourse. Il se produit ainsi des empiètements de chaque période circulatoire sur la suivante, qui compliquent le problème. Une étude dynamique, qui sera sans nul doute achevée quelque jour, devrait tenir compte de tous ces détails que néglige une première approximation rationnelle des phénomènes de circulation.

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